Série Galerie des batailles (château de Versailles) 5/33 : la bataille de Bouvines.

Victoire de Philippe Auguste lors de la bataille de Bouvines le 27 juillet 1214
Victoire de Philippe Auguste lors de la bataille de Bouvines le 27 juillet 1214. Peinture d’Horace Vernet exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles

La bataille de Bouvines se déroule le dimanche 27 juillet 1214 à Bouvines (département du Nord proche de la frontière avec la Belgique). Cet affrontement s’inscrit dans le conflit qui oppose les Capétiens (dynastie régnant en France) aux Plantagenêts (dynastie Française d’Anjou régnant également en Angleterre).

Rivalité entre Capétiens et Plantagenêts

Ce conflit qui commence en 1159 et se termine en 1259 est vu par beaucoup d’historiens comme la première guerre de cent ans. Au début du XIIIe siècle, Philippe II Auguste (le Roi de France) confisque l’ensemble des fiefs de Jean sans Terre situés sur le royaume de France car ce dernier à refusé de donner la justice à l’un de ses vassaux. Jean sans Terre, bien que Roi d’Angleterre est vassal du Roi de France pour les territoires situés sur le continent. Il est donc soumis à l’autorité du Roi de France et lui doit fidélité et hommage.

Conquêtes de Philippe II Auguste. La Bretagne bien que n’étant pas une possession des Plantagenêts est sous leur influence.

Comme on peut le voir sur la carte, ça représente une partie énorme de la France actuelle et une surface bien plus grande que celle du domaine royal Français situé directement sous l’autorité du Roi de France.

Le Dauphin Louis humilie Jean sans terre et Philippe Auguste marche à la rencontre de l’empereur

En 1214, Philippe Auguste doit faire face à de multiples menaces, en effet Jean sans Terre réussit à former une coalition importante qui regroupe notamment le comte de Flandre, le comte de Hollande, le comte de Boulogne, le Duc de Lorraine, Guillaume de Longue épée (Demi frère du Roi d’Angleterre) et surtout l’Empereur romain germanique Otton IV.

Le Roi d’Angleterre débarque facilement (la flotte Française avait été anéantie l’année précédente) sur la côte Atlantique (La Rochelle) et la coalition menée par Otton IV attaque par le Nord du royaume.

Pour faire face à ces deux armées, Philippe décide de scinder ses forces en deux. Il récupère l’oriflamme de Saint Denis (drapeau de bataille des rois de France conservé à la basilique de Saint-Denis en temps de paix) et décide d’aller faire face à l’Empereur au nord. Son fils Louis (futur Louis VIII le Lion) prendra la tête d’une armée de 14 000 hommes pour aller à la rencontre de Jean sans Terre.

Suite à la victoire éclatante de Louis le 2 juillet lors de la bataille de la Roche aux Moines le Roi de France décide de prendre les choses en main et d’aller au devant d’Otton avant qu’il ne reçoive des renforts de ses vassaux. La fuite lâche de Jean sans Terre donnera naissance à l’expression filer à l’anglaise.

Affrontement entre Louis le Lion et Jean sans Terre lors de la bataille de la Roche aux Moines
Affrontement entre Louis le Lion et Jean sans Terre lors de la bataille de la Roche aux Moines. Illustration tirées des chroniques de Saint-Denis (XIVe siècle)

Philippe Auguste dispose d’environ 6000 hommes (dont 1300 chevaliers et le reste de piétons) et voit s’opposer à lui les forces de l’Empereur qui peut aligner 10 000 soldats (environ 1200 chevaliers). L’armée royale est composée de chevaliers et de milices communales qui combattent pour la première fois sous l’emblème royal de la fleur de lys ce qui donne un caractère national inédit à cet affrontement qui sera vu par la suite comme un acte fondateur de la France.

L’affrontement du dimanche de Bouvines

Les deux armées se retrouvent en vue l’une de l’autre à quelques kilomètres de distance. Philippe, dont l’armée est établie à Tournai, refuse de verser le sang un dimanche, jour de prière. Il est para ailleurs conscient de son infériorité numérique et décide de se replier vers Lille le 27 au matin. Respect scrupuleux des traditions chrétiennes ou manœuvre tactique pour pousser l’empereur à attaquer, la question n’est toujours pas tranchée. Otton, déjà excommunié par le Pape Innocent III, ne se soucie guère que ce soit un dimanche et voit là une occasion d’anéantir l’armée adverse. Il lance ses troupes sur l’arrière garde Française. L’armée royale fait volte-face et un combat brutal s’engage. La bataille de Bouvines à commencée.

La zone de combat est assez petite ce qui empêche l’Empereur de faire valoir son avantage numérique. Les premières forces à engager le combat sont celles menées par Eudes de Bourgogne et le moine Hospitalier Frère Guérin. Leurs hommes sont situé sur l’aile droite française qui est constituée principalement de chevaliers Bourguignons et Champenois. Le comte de Flandre qui est situé sur l’aile gauche d’Otton IV leur fait face.

commémoration du septième centenaire de la victoire de Bouvines
Illustration du supplément illustré du Petit Journal pour la commémoration du septième centenaire de la victoire de Bouvines

Les deux souverains se trouvent au centre du dispositif, ayant chacun pour but de capturer ou tuer son adversaire. Les chevaliers Français lancent une charge aussi brutale qu’épique sur l’Empereur qui est désarçonné par Enguerrand de Courcy (cousin du Roi) et cerné par les soldats Français. Au même moment, Philippe Auguste se retrouve également à terre et à la merci des fantassins Allemands, il ne doit son salut qu’à ses chevaliers qui, au lieu de capturer l’Empereur, viennent lui porter secours.

L’oriflamme de Saint Denis est agité, le Roi ne subira pas l’affront d’une capture.

La bataille se poursuit plusieurs heures avant que le comte de Flandre ne tombe à terre et soit capturé suite à des charges répétées de l’aile droite de l’armée royale. Otton, blessé, combat toujours au milieu de ses fantassins et manque de mourir avant de, finalement, prendre la fuite avec le reste de ses hommes.

Philippe Auguste à Bouvines
Philippe Auguste à Bouvines. Enluminure tirée des « Grandes Chroniques de France » du XIII-XIVe siècle.

Il ne reste que Guillaume de Longue épée et Renaud de Dammartin (comte de Boulogne), ainsi que leurs meilleurs chevaliers qui combattent encore. L’infanterie coalisée (mercenaires brabançon) est organisée en cercle de piquiers et recueille les chevaliers qui repartent régulièrement à la charge. Les fantassins sont finalement massacrés et Renaud de Dammartin doit se rendre tout comme Guillaume de Longue épée qui avait été blessé par Philippe de Dreux l’évêque de Beauvais. Pour l’anecdote, ce dernier ne portait pas d’épée mais une lourde masse pour éviter de verser le sang des chrétiens.

Mathieu II de Montmorency avec 12 étendards impériaux capturés à l'ennemi lors de la bataille de Bouvines
Mathieu II de Montmorency avec 12 étendards impériaux capturés à l’ennemi lors de la bataille de Bouvines. Illustration de Pierre Joubert.

170 chevaliers coalisés sont mort au combat, 128 sont capturés et rançonnés et les pertes en fantassins se chiffrent au dessus des 1000 hommes tandis que les pertes Françaises sont minimes.

La victoire de Philippe Auguste est totale !

Conséquences de la bataille

Otton de retour sur ses terres est destitué de son titre d’empereur. Le comte de Flandre est emprisonné au Château du Louvre pendant 15 ans et Jean sans Terre qui a fuit piteusement en Angleterre doit signer le traité de Chinon qui officialise le rattachement de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Touraine et de la Bretagne au royaume de France.

Le comte de Flandre et le comte de Boulogne captifs
Le comte de Flandre et le comte de Boulogne captifs après la victoire de Philippe Auguste à Bouvines. Enluminure du XIVe siècle.

Par ailleurs afin de conserver sa couronne et sa tête, Jean est obligé de signer la Magna Carta qui lui fait perdre une partie de son pouvoir au profit des barons Anglais. Philippe Auguste voit lui son pouvoir renforcé et prend l’ascendant sur les grands seigneurs Français. La victoire est fêtée dans tout le royaume (surtout la partie Nord (Nord, Champagne, Bourgogne)) qui a fourni la quasi totalité des effectifs de l’Ost Royal. Des festivités de 6 jours sont organisées à son retour à Paris.

Le Roi capétien s’impose comme le grand seigneur de son temps et cette bataille fera office d’acte fondateur pour la France. En effet, les grands seigneurs Français et les milices communales ont fait front ensemble pour repousser une force étrangère supérieure en nombre. Si jusqu’alors on parlait du Royaume des Francs, on pourra désormais utiliser l’appellation de Royaume de France. La fleur de lys (drapeau bleu fleurdelisé) deviendra le symbole de la royauté capétienne du bas moyen âge.


Pour en savoir plus sur la bataille de Bouvines et sur Philippe Auguste

– Magazine Guerre et Histoire numéro 35 (février 2017) : « Bouvines : Acte de naissance de la France »

– 1180 – 1328 l’âge d’or capétien. Collection Belin Histoire.

– le dimanche de Bouvines, Georges Duby (1985)

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