Série galerie des batailles (château de Versailles) 26/33 : bataille de Fleurus (1794)

Victoire Française du général Jourdan lors de la bataille de Fleurus (1794)  contre l’armée autrichienne menée par les princes de Cobourg et d’Orange. A gauche de Jourdan, Saint-Just en mission, à droite Marceau, Kléber et Championnet.. Tableau réalisé par Jean Baptiste Mauzaisse.

La France frappée par la révolution de 1789

En cette dernière décennie du XVIIIe siècle, la France est bouleversée au plus profond d’elle même. En effet, la révolution française de 1789 impose au Roi et au royaume des réformes institutionnelles radicales. Dans un premier temps, les voisins et adversaires européens de la France voient d’un bon œil cette révolution qui permet d’affaiblir Louis XVI alors à la tête du plus puissant royaume d’Europe. Par ailleurs, le régime de monarchie parlementaire mis en place à la suite de la révolution existe déjà dans bon nombre de pays européens et n’a somme toute rien de bien révolutionnaire.

Prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. Peintre inconnu

Les anglais voyant là un adversaire de taille amoindri, ils peuvent désormais avoir une main mise totale sur les mers (la Marine Royale a été laissée à l’abandon suite à la révolution) et le commerce avec les Indes. Même chose pour les autrichiens qui peuvent désormais se focaliser sur les problèmes que leur posent les ottomans et les polonais sans avoir à se soucier de la France. Il n’y a guère que Catherine II, impératrice de Russie, qui soutient les émigrés français et prône même une croisade contre les « anarchistes de Paris ».

En 1791, tout change. En effet, placé sous surveillance étroite et sentant sa vie et celle de sa famille en danger, Louis XVI décide de fuir Paris. La famille royale est arrêtée à Varennes le 22 juin 1791 et le jour même l’Assemblée constituante décide de suspendre le roi. Une nouvelle constitution qui limite grandement les prérogatives royales est écrite et imposée à Louis XVI.

Arrestation de Louis XVI à Varennes le 22 juin 1791, estampe de Jean Louis Prieur

Cette révolution et les réformes institutionnelles radicales qui en découlent ne font cependant pas que des heureux dans l’Hexagone et ce même dans les couches les plus populaires de la société qui sont très attachées à la personne du roi.

Quoi de mieux donc qu’un ennemi commun pour ressouder le peuple et lui faire oublier la crise économique qui frappe durement la France depuis quelques années ? Par ailleurs, les Girondins qui constituent alors une part importante des députés, sont favorables à une guerre contre le Saint-Empire pour exporter leurs idées révolutionnaires et « libérer les peuples du joug des souverains ».

La république déclare la guerre à l’Europe

Le 20 avril 1792 la guerre est déclarée au roi de Bohème-Hongrie et une première offensive française est lancée sur les Pays-Bas autrichiens à la fin du mois. C’est un échec absolu. Le général Dillon qui commandait les troupes française est massacrée par ses propres soldats qui le soupçonnait de trahison, et l’armée impériale met le siège devant Lille. La débâcle est totale et l’Assemblée législative déclare la patrie en danger.

En parallèle le duc de Brunswick qui commande les armées autrichienne et prussienne menace les parisiens de destruction s’ils s’en prennent à la famille royale française ce qui n’a pour effet que de mettre de l’huile sur le feu de la fureur révolutionnaire. Le 10 août 1792 les révolutionnaires les plus radicaux se jettent sur le palais des Tuileries où sont retenus Louis XVI et sa famille. Le roi refuse d’utiliser les canons contre son peuple et les gardes suisses présent pour sa défense sont massacrés par les insurgés. Dans le même temps, l’assemblée législative à majorité jacobine vote l’institution d’une convention nationale et la suspension du roi. Suite à cette seconde révolution, Louis XVI et sa famille sont transférés dans la Tour du Temple.

Bataille de Valmy le 20 septembre 1792. Peinture réalisée par Horace Vernet.

Le 19 août Brunswick pénètre en France, prend Longwy puis Verdun. Les armées françaises complètement désorganisées suite à la révolution sont désemparées. L’avancée des troupes impériales est cependant stoppée à Valmy (20 septembre 1792). Cette canonnade ne fait que peu de dégâts de part et d’autre mais elle pousse les impériaux à reculer et la France récupère Longwy et Verdun. Le lendemain, la république est proclamée.

Cette guerre qui ressemble désormais de plus en plus à une guerre idéologique pousse la république à lancer des offensives tous azimutes : au sud Nice et la Savoie sont pris pour cible tandis qu’au nord une offensive est lancée sur le Rhin, la Suisse et dans les Pays-Bas autrichiens.

Cette agressivité de la république française, les annexions de territoire ainsi que l’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793 poussent les États européens à réagir.

1793 : la France face à la première coalition

La Grande-Bretagne qui voyait au départ d’un bon œil cette révolution ne peut pas accepter l’intégration de la Belgique à la France mais c’est surtout l’annexion d’Anvers (port important et grande place financière) qui leur pose problème. L’ambassadeur français à Londres est expulsé le 27 janvier 1793 et le 1er février la convention déclare la guerre à la Grande Bretagne et aux Provinces Unies.

Les anglais incapables de déployer une armée terrestre digne de ce nom comptent sur leur marine pour asphyxier la république et profitent des revenus de leur commerce florissant pour financer les puissances continentales afin qu’elles lèvent des armées contre la France.

La première coalition regroupe l’Espagne, la Russie, la Prusse, les Provinces Unies, le Saint-Empire, le Portugal ainsi que les états italiens le tout financé en grande partie par la Grande Bretagne. Pour faire face à cette coalition européenne, la convention ordonne la levée en masse de 300 000 hommes (célibataires ou veufs âges de 18 à 25 ans). Cette levée en masse provoque de nombreux troubles dans plusieurs régions de France mais c’est en Vendée qu’ils sont les plus important et causeront une véritable guerre civile dans l’ouest du pays.

Massacres commis par les soldats républicains en Vendée. Les colonnes infernales de Turreau firent près de 50 000 morts sur un total d’environ 250 000 morts vendéens lors des guerres de Vendée.

La république doit donc se battre sur deux fronts, un premier front intérieur face aux vendéens et un second extérieur face à toutes les monarchies européennes.

Cette année 1793 est catastrophique pour la république. En effet, les armées françaises reculent sur tous les fronts : la Belgique est perdue, les impériaux franchissent le Rhin et assiègent Mayence, Valenciennes tombe aux mains des autrichiens, Dunkerque est occupée, les piémontais envahissent la Savoie et les espagnols se dirigent vers Perpignan et Bayonne.

Réunis à Anvers, les coalisés se mettent d’accord pour rétablir la monarchie en France sans oublier cependant lui retirer de nombreux territoires considérés comme des indemnités territoriales.

Un sursaut d’orgueil mais également le manque de coordination des coalisés permet cependant à la France d’écarter le danger d’une invasion. Dunkerque est libérée puis c’est au tour de la Savoie qui est reconquise par Kellerman et de Toulon où Dugommier, assisté de Napoléon Bonaparte, expulse les anglais. À la fin de l’année 1793, le territoire français est complètement libéré.

La bataille de Fleurus

Profitant des dissensions au sein de la coalition (la Prusse l’Autriche et la Russie s’opposent à propos du partage de la Pologne), la France repasse à l’offensive en 1794.

Dans le nord de la France, la république dispose de trois armées : l’armée du Nord commandée par Pichegru, l’armée des Ardennes et l’armée de la Moselle commandées par Jourdan. Pichegru bat deux fois le feld-maréchal prussien Frédéric de Saxe-Cobourg qui commande les armées impériales à Tourcoing (18 mai 1794) puis à Ypres.

Dans le même temps, les troupes de Jourdan réussissent à franchir la Sambre au niveau de Charleroi qui tombe aux mains des Français le 25 juin 1794 après une semaine de siège. Malgré ses deux défaites récentes, Saxe-Cobourg à la tête de 70 000 hommes (principalement des soldats autrichiens) va à la rencontre de l’armée française qui se positionne sur les hauteurs de Fleurus.

La bataille de Fleurus remportée contre les autrichiens en 1794.

La bataille comment le 26 juin 1794 (8 messidor an II). Le général prussien fait l’erreur de lancer une attaque sur toute la largeur du front. Si le premier assaut des coalisés fait des dégâts considérables dans les rangs de l’armée française, les soldats résistent. Les colonnes infatigables de l’armée française reviennent sans cesse à la charge et dépités de ne pas pouvoir briser l’ennemi, le prince de Saxe-Cobourg ordonne finalement la retraite à la nuit tombée. Les coalisés laissent plus de 5000 morts et blessés sur le champs de bataille mais leur armée se retire en bon ordre en direction de Bruxelles.

Suite à cette victoire, l’armée de Jourdan prend le nom de Sambre et Meuse pour commémorer sa victoire décisive lors de la bataille de Fleurus. Cette bataille aura vu la première utilisation d’un ballon d’observation pour repérer les mouvements des troupes coalisées pendant le combat.

La compagnie d’aérostiers transporte le ballon lors de la bataille de Fleurus

Si la France à désormais écarté la menace d’une invasion, la guerre ne s’arrête pas pour autant. En effet, grisé par cette victoire, le Commité de Salut public (plus particulièrement Lazare Carnot qui est en charge de la guerre) décide de refuser une paix prématurée et profite de son avantage pour porter les frontière de la France sur le Rhin, sa « frontière naturelle ».

Seule contre tous, la France devra affronter coalitions sur coalitions pendant les vingt années suivantes.

Pour en savoir plus sur la bataille de Fleurus :

La bataille de Fleurus, 26 juin 1794 écrit par Alain Arcq (2007). Collection les batailles oubliées.

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2 commentaires

  1. Faisant un travail de rechercher personnelle sur le nucléaire je trouve par hasard votre article sur Marie Curie. Je cherchais à savoir si elle avait subi des problèmes de santé suite aux irradiations reçues durant ses études savantes. Ce que vous expliquez simplement.
    J’aime donc vos articles et votre site, fort bien illustré. J’apprécierais aussi de savoir qui vous êtes.
    Encore merci.
    bien cordialement PY Legros

    1. Author

      Oui en effet, elle est morte d’une leucémie après avoir été exposée aux radiations de manière intense et sans la moindre protection vu qu’a l’époque on ne connaissait pas les dangers de la radioactivité. ( par contre vous avez posté sous le mauvais article 😉 )

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