Série galerie des batailles (Château de Versailles) 23/33 : bataille de Fontenoy (11 mai 1745)

Louis XV à la bataille de fontenoy
Représentation de la bataille de Fontenoy (11 mai 1745). Tableau d’Horace Vernet exposé dans la galerie des batailles du château de Versailles.

La mort de l’empereur du Saint-Empire fait naître de nouvelles tensions en Europe

La bataille de Fontenoy s’inscrit dans la guerre de succession d’Autriche qui se déroule de 1740 à 1748 et oppose deux coalitions : d’une part la Prusse, la Bavière et la France et d’autre part, l’Autriche, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et la Russie.

Quand, Charles VI de Habsbourg, l’empereur du Saint-Empire et archiduc d’Autriche meurt en 1740, il n’a aucun enfant mâle. Ayant prévu cette situation, il a fait signer aux autres états européens la « pragmatique sanction » pour qu’une de ses filles puisse lui succéder à la tête de l’Autriche.

C’est donc Marie-Thérèse d’Autriche qui succède à son père et elle pense pouvoir faire élire son mari François-Etienne de Lorraine comme empereur du Saint-Empire (dignité exclusivement réservée aux hommes).

Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche

Le trône du Saint-Empire occupé traditionnellement par la tête de la maison Habsbourg est donc l’objet d’une élection qui sera cette fois contestée.

La Prusse de Frédéric II, allié le plus fidèle de l’Autriche, exige la Silésie (Sud ouest de la Pologne d’aujourd’hui) en contrepartie de son vote à l’élection impériale. Puis sans déclaration de guerre, les prussiens, dont l’armée est petite mais très bien entraînée et très bien équipée avec des fusils modernes (ils permettent de tirer 5 coups par minute contre 3 pour les fusils autrichiens), envahissent et occupent la Silésie en décembre 1740.

La cour d’Autriche est sous le choc, Marie-Thérèse demande l’intervention du roi d’Angleterre, George II, qui est également électeur de Hanovre. Mais l’Anglais, sous la pression de son premier ministre, refuse.

Portrait de Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand

La France qui voit là une occasion d’affaiblir les Habsbourg, son ennemi traditionnel depuis quelques siècles, saisi l’opportunité et Louis XV décide de soutenir les prétentions du duc de Bavière au trône impérial mais laisse à Marie-Thérèse son domaine autrichien héréditaire.

Une alliance est signée entre la France, la Bavière et l’Espagne à Nyphembourg le 28 mai 1741 et ils seront rejoint par la Prusse, la Saxe, l’électeur palatin et l’électeur de Cologne en juin de la même année.

Pour faire face à cette alliance franco-prussienne, la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies, opposants de longue date à l’hégémonie française en Europe entrent en guerre aux côtés de l’Autriche.

L’Europe s’enflamme

Les combat s’engagent sur plusieurs fronts :

– en Silésie, d’où tout à commencé, les prussiens battent les autrichiens lors de la bataille de Mollwitz puis les armées françaises profitent des déboires des soldats de Marie-Thérèse d’Autriche pour envahir la Bohème. Constatant les succès des soldats de Louis XV, les prussiens qui avaient entamés un processus de paix avec l’Autriche repassent à l’attaque et prennent la place forte d’Olmütz fin décembre 1741 puis battent de nouveau les autrichiens lors de la bataille de Chotusitz le 17 mai 1742. Cette victoire pousse l’archiduchesse d’Autriche à négocier une paix séparée avec Frédéric II de Prusse. La Prusse abandonne donc la France qui se retrouve impliquée dans une guerre causée et voulue par Frédéric II.

– en Bohème où les troupes franco-bavaroises parviennent à prendre Prague. L’électeur de Bavière en profite pour se faire couronner roi de Bohème puis est élu empereur du Saint-Empire sous le nom de Charles VII en janvier 1742. Après la paix signée avec les prussiens en mai 1742, l’Autriche se concentre sur la libération de Prague. Une force de 28 000 hommes met le siège à la ville et les franco-bavarois se retrouvent rapidement en mauvaise posture. L’arrivée d’une armée française de secours menée par Maurice de Saxe (maréchal général des armées du roi de France Louis XV) force l’Autriche à disperser ses forces et permet à une partie des soldats français assiégés de s’échapper du piège autrichien. Ces derniers reprennent Prague le 26 décembre 1742 et Marie-Thérèse sera couronnée reine de Bohème en mai de l’année suivante mettant fin à l’usurpation de l’électeur de Bavière.

Portrait de Maurice de Saxe
Portrait du maréchal Maurice de Saxe. Peinture réalisée par Quentin de la Tour exposée au musée de la vie romantique, Paris

– en Italie, où les espagnols battent les britanniques sur les mers puis débarquent dans le nord de la péninsule en 1741 avec pour objectif le milanais et le duché de Parme. Les espagnols voient leurs plans contrariés par les hommes de Charles Emmanuel III roi de Sardaigne et duc de Savoie et du Piémont, qui, se sentant menacé par l’arrivée espagnole, à noué une alliance avec l’Autriche en 1742. Ils sont en effet chassés de Modène puis les renforts envoyés depuis Barcelone sont bloqués à Nice par les armées savoyardes. Les espagnols, bloqués en France, décident de passer par les Alpes pour atteindre le Piémont mais arrivés à Briançon, ils changent d’objectif et se dirigent vers Chambéry en empruntant le col du Galibier. Après avoir changé de main plusieurs fois, ce sont finalement les espagnols qui s’installent à Chambéry et l’infant d’Espagne Philippe (second fils de Philippe V d’Espagne et de sa seconde épouse Élisabeth Farnèse) reçoit l’allégeance de la noblesse de Savoie. Les espagnols occuperont la région jusqu’en 1749.

La France abandonnée par ses alliés

A partir de 1743, les opération se déroulent principalement en Allemagne où les autrichiens parviennent à soumettre la Bavière ce qui laisse la France seule sur le front nord face à l’Autriche, la Grande Bretagne et les Provinces-Unies. Les autrichiens avancent leurs pions et la France essuie une défaite face aux troupes anglo-autrichiennes le 27 juin 1743 lors de la bataille de Dettingen.

Devant cette avancée des autrichiens, Frédéric II s’inquiète pour ses conquêtes du début de la guerre. La Prusse rentre donc de nouveau en guerre aux cotés de la France et de l’Espagne et elle envoie 80 000 soldats envahir la Bohème en août 1744. Prague tombe en seulement deux semaines.

Peinture dépeignant l’avancée de l’infanterie Prussienne lors de la bataille de Hohenfriedberg

Quand l’électeur de Bavière meurt l’année suivante, son successeur Maximilien III préfère faire la paix avec l’Autriche et renonce au trône impérial. L’armée prussienne continue néanmoins d’avancer et elle bat par deux fois les troupes de Marie-Thérèse à Hohenfriedberg puis à Soor. La Prusse décide alors de signer un traité de paix qui lui confirme la possession de la Silésie et en contrepartie Frédéric II reconnaît l’époux de Marie-Thérèse, François de Lorraine comme nouvel empereur après son élection le 13 septembre 1745. La Prusse, qui a eu ce qu’elle désirait abandonne une nouvelle fois ses alliés.

Le vent tourne en faveur de la France

Dans les Pays-Bas autrichiens (nouvelle appellation des Pays-Bas espagnols, aujourd’hui la Belgique), les affrontements tournent enfin en faveur des Français qui prennent coup sur coup Courtrai, Menin, Knocke, Furnes et Ypres en à peine deux mois de mai à juin 1744. Une attaque des autrichiens sur l’Alsace empêche les Français de pousser plus loin leur avantage, mais ce n’est que partie remise.

En effet, l’année suivante, les opérations reprennent dès le printemps avec le siège de Tournai défendue par une garnison hollandaise. Le maréchal de Saxe qui est à la tête des armées française organise une diversion lancée en direction de Mons. Tombant dans le piège du maréchal de Saxe, les armées coalisées (Grande Bretagne, Hanovre, Autriche et Province Unies) rassemblent à la hâte leurs troupes à Bruxelles et les dirigent vers Mons avant de se rendre compte du subterfuge et de se diriger finalement vers Tournai. Mais le piège à permis de gagner suffisamment de temps pour que les troupes française aient le temps de préparer l’arrivée de l’armée ennemie.

La bataille de Fontenoy

Le roi de France, Louis XV, arrive le 8 mai 1745 et se place à la tête de l’armée. Il établit ses quartiers dans le château de Curgies sur la rive gauche de l’Escaut à quelques kilomètres de Fontenoy.

Le maréchal de Saxe ordonne la fortification de la rive droite de l’Escaut et l’édification de redoutes en prévision de l’arrivée des armées ennemies.

Disposant de 45 000 hommes et 45 canons contre les 60 000 coalisés épaulés de 80 canons, Maurice de Saxe se sait en infériorité numérique. Il affecte donc les 5e et 6e bataillons du régiment des Gardes Françaises (soldats affiliés à la maison du roi) et un bataillon des Gardes Suisses à la défense du pont qui mène à Tournai affin d’assurer la retraite et la sûreté du roi en cas de défaite.

Les quatre autres bataillons des Gardes Françaises et deux des Gardes Suisses ainsi que le régiment suisse de Courten (régiment d’infanterie suisse du Royaume de France) son installés au centre de son dispositif en une seule ligne.

Le 11 mai, dès 5h du matin, de violents tirs d’artillerie résonnent dans la campagne mais les premières attaques ne débutent que quatre heures plus tard à cause d’un épais brouillard.

messieurs les anglais tirez les premiers. Bataille de Fontenoy 1745
Bataille de Fontenoy. Lord Charles Hay et le Comte d’Enteroches : Messieurs les anglais tirez les premiers Peinture de Felix Philippoteaux

Voyant l’inefficacité des bombardement d’artillerie à cause des défenses mises en place, le duc de Cumberland qui commande les troupes coalisés prend la décision de percer l’armée française en son centre, là ou se trouvent les Gardes Françaises. Il forme une colonne de 16 000 hommes qui sont repoussés par deux fois par l’infanterie française et son artillerie. Les pertes sont terribles des deux cotés (c’est d’ailleurs au cours de cette bataille qu’aurait été prononcé la fameuse phrase « Messieurs les anglais tirez les premiers ») et face aux salves meurtrières des fusils britanniques l’infanterie française commence à céder quand Maurice de Saxe décide de lancer une violente contre attaque qui stoppe la progression des ennemis.

L’artillerie française fait des ravages dans les colonnes ennemies qui s’éclaircissent au fil de la bataille ce qui ravive le moral des troupes qui fondent sur les anglais pour briser leur organisation. La cavalerie française termine le travail et l’armée coalisée se disloque. Vers 14h, la bataille prend fin avec la fuite de l’armée coalisée qui se repli par la suite vers Ath.

Les troupes coalisés perdent près de 10 000 hommes au total tandis que les français malgré leur infériorité numérique déplorent la perte d’environ 6000 soldats. C’est à l’occasion de cette victoire Française que Louis XV déclare à son fils de 15 ans, le dauphin, également présent sur le champ de bataille : « Le sang de nos ennemis c’est toujours le sang des hommes, la vraie gloire c’est de l’épargner ».

bataille de fontenoy 1745
Maurice de Saxe et Louis XV au cours de la bataille de Fontenoy, le 11 mai 1745. Peinture de Pierre Lenfant.

Cette victoire éclatante de Maurice de Saxe permettra à la France de pousser son avantage et de conquérir la totalité des Pays-Bas autrichiens dans les deux ans qui suivent.

Suite de la guerre de succession d’Autriche avec le prochain tableau de la galerie des batailles qui dépeint la bataille de Lauffeld (1747).

Pour en savoir plus :

– La France des Lumières 1715-1789 collection Belin Histoire de France
– Des batailles et des hommes : Fontenoy écrit par Denis Gandhilon

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