Série galerie des batailles (Château de Versailles) 16/33 : bataille de Rocroi (19 mai 1643)

Le Duc d’Enghien à la bataille de Rocroi. Peinture de François Joseph Heim exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

La guerre de Trente Ans ravage l’Europe

La bataille de Rocroi est l’une des principales batailles de la guerre de Trente Ans (1618 – 1648). Cette guerre qui sur fond, une nouvelle fois, d’affrontements religieux entre protestants et catholiques ravage le Saint Empire et fera des millions de morts (les sources varient sur le sujet mais on compte environ 1,5 millions de morts parmi les militaires et bien plus parmi les civils pour un total d’environ 5 millions de morts).

Lors de cette guerre meurtrière qui affaiblira durablement les états allemands, s’opposent d’un coté les Habsbourg (d’Espagne et du Saint Empire) soutenus par le pape et de l’autre coté les états allemands protestants du Saint-Empire (Palatinat du Rhin, Saxe, Brandebourg-Prusse) eux même soutenus par les puissances protestantes voisines comme les Provinces Unies, le Danemark et la Suède.

La France attentiste au départ de la guerre, fournissant surtout un soutient financier et n’intervenant qu’en périphérie du conflit, s’engage militairement aux cotés des rebelles protestants à partir de 1635. Bien que catholique, la France de Louis XIII voit là une opportunité d’affaiblir les Habsbourg et du même coup de desserrer l’étau dans lequel elle était enfermée (les Habsbourg contrôlaient à la fois l’Espagne et le Saint Empire).

Mort de Richelieu, les espagnols saisissent l’occasion

Quelques mois avant cette bataille décisive, le cardinal de Richelieu, l’homme fort du royaume et principal ministre de Louis XIII, meurt (4 décembre 1642). Profitant de cette perte considérable pour la France, les espagnols envahissent le nord du pays depuis les Flandres et assiègent le fort de Rocroi (dans les Ardennes actuelles) qui abrite environ 400 soldats.

Armand Jean du Plessis de Richelieu. Peinture de Philippe de Champaigne

Les espagnols, commandés par Francisco de Melo peuvent compter sur une armée de 27 000 hommes (18 000 soldats d’infanterie et 9000 cavaliers) pour leur faire face, Louis de Bourbon-Condé, duc d’Enghien (connu plus tard sous le nom de Grand Condé) regroupe sous son commandement l’armée de Picardie, l’armée de Champagne et l’armée de Bourgogne.

Ces trois armées qui protégeaient les frontières nord-est de la France permettent au jeune commandant (Condé n’a que 21 ans) de rassembler 22 000 hommes (15 000 soldats d’infanterie et 7000 cavaliers).

Le roi de France, Louis XIII en costume de sacre. Peinture de Philippe de Champaigne.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, après Richelieu, c’est le roi, Louis XIII qui meurt le 14 mai 1643. Pour ne pas entamer le moral de ses troupes, le duc d’Enghien dissimule la nouvelle à ses soldats.

L’armée française face aux invincibles tercios

Le jour suivant, l’armée française se déploie sur une clairière située sur plateau entouré de forêts à quelques kilomètres du camp ennemi. Les chemins menant au plateau sont faciles à défendre (chemins de forêt étroits dans lesquels il est impossible de se déployer pour faire face à un assaut) et Francisco de Melo pourrait tout à fait poursuivre le siège tout en barrant le passage à l’armée française.

Cependant, se sachant en supériorité numérique, l’espagnol décide d’aller à la rencontre des Français et dispose ses troupes en carrés massifs (les Tercios, composés de 3000 soldats professionnels et très entraînés : piquiers, escrimeurs et arquebusiers.

Les tercios sont réputés invincibles depuis un siècle) et laisse un détachement en arrière pour bloquer toute retraite de l’armée française. Quelques échanges de tirs d’artilleries ont lieu mais les combats ne s’engagent réellement que le lendemain.

La cavalerie française supérieure aux espagnols

Dans la nuit, le duc d’Enghien apprend que les espagnols vont recevoir le renfort de Jean de Beck (gouverneur et capitaine général du duché du Luxembourg) et de ses 4000 hommes. Souffrant déjà d’une infériorité numérique, le chef français ne peut attendre plus longtemps et l’armée se met en mouvement au lever du jour !

Le duc d’Enghien prend le commandement de l’aile droite secondé par Jean de Gassion (maréchal de camp de la cavalerie légère), l’aile gauche sera dirigée par le maréchal François de l’Hospital tandis que le centre composé principalement de l’infanterie et de l’artillerie aura pour chef Roger de Bossost, compte d’Espenan.

Face au duc d’Enghien se trouve l’aile gauche espagnole commandée par le duc d’Albuquerque, Francisco Fernandez de la Cueva. Les troupes de se dernier sont culbutées au premier choc par la charge de cavalerie française et poursuivant son mouvement tournant elle le met totalement en déroute.

Le Duc d’Enghien à la bataille de Rocroi. Peinture de Sauveur Le Conte exposée au musée Condé de Chantilly

Gassion poursuit Albuquerque et Enghien se retourne pour charger l’infanterie ennemie regroupée au centre. Centre où les choses sont compliquées pour l’armée française. En effet, les tercios espagnols, rompus au combat, sont en passe d’enfoncer l’infanterie française. Cette dernière ne doit son salut qu’à la présence des troupes de réserve qui enrayent l’avancée espagnole.

Pendant ce temps là, l’aile gauche française est totalement enfoncée par les espagnols qui profitent d’une charge de cavalerie mal négociée pour mettre en grande difficulté les troupes du maréchal de l’Hospital.

Arrivant sur ces entrefaites au centre de la ligne ennemie, Enghien plutôt que de porter secours à l’Hospital décide de passer derrière l’infanterie ennemie pour charger la cavalerie de l’aile droite espagnole ainsi que la réserve qui se disloquent complètement.

Les tercios toujours debout

Gasson ayant terminé de disperser l’aile gauche espagnole il ne reste désormais plus que le centre espagnol et ses terribles tercios qui combattent encore.

En effet, au milieu des cadavres qui jonchent le champ de bataille et des fuyards qui tentent désespérément de s’échapper se dresse l’élite de l’infanterie espagnole. Environ cinq mille soldats d’élite, commandés par Paul-Bernard de Fontaine (un général Lorrain de 67 ans porté en litière car souffrant de la goutte), font face à l’armée française qui les encercle sans sourciller.

Rocroi, le dernier tercio. Illustration d’Augusto Ferrer Dalmau

Par trois fois, le duc d’Enghien tente de briser le dernier carré espagnol par des charges de cavalerie qui s’écrasent sur les pics et les mousquets des tercios. Le duc achève de regrouper ses troupes et son artillerie ne laissant plus aucune chance à l’infanterie lourde espagnole d’autant que de Fontaine vient de rendre l’âme au pied de son fauteuil.

Cavalerie française qui charge un tercio espagnol. Illustration d’Ugo Pinson

Sans chef et sans perspective de s’en sortir, les espagnols sont prêt à se rendre. Cependant, ultime retournement de situation, lorsque le duc d’Enghien s’avance pour accepter la reddition de l’infanterie ennemie, celle-ci, croyant à la préparation d’une nouvelle charge ouvre le feu sur le jeune général. Hurlant à la trahison, les français encerclent les tercios et lancent un assaut général qui brisera enfin les carrés adverses.

Une victoire française sans appel lors de la bataille de Rocroi

Si une partie de la cavalerie de Francisco de Melo réussit à fuir le champ de bataille ce n’est pas le cas de l’infanterie qui est laminée. En plus des 6000 prisonniers, les espagnols comptent plus de 6000 morts dans leurs rangs tandis que les français ont perdus environ 4000 hommes (morts et blessés confondus).

Cette victoire sans appel, permet au duc d’Enghien de se tailler une réputation de premier ordre mais elle met surtout un terme à l’invincibilité des tercios espagnols qui perdent leur suprématie sur les champs de bataille. La cavalerie française tiens désormais, pour un temps, le haut du pavé sur la scène militaire européenne.

Gravure représentant la victoire française de Rocroi

Grace à cette victoire face aux troupes espagnoles (la première en cent ans), le règne du tout jeune Louis XIV qui n’a que quatre ans démarre en fanfare.

Les futurs succès militaires français face à l’Espagne et au Saint-Empire permettront à la France de dicter les termes des traités de Westphalie qui mettront fin à la guerre en 1648.

Pour en savoir un peu plus sur la bataille de Rocroi :

– Rocroi 1643, collection des batailles et des hommes (2013)

– Le mardi de Rocroi de Marc Blancpain (1991)

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2 commentaires

  1. Bonjour,

    je remarque que le Comte de Fontaine est censé être octogénaire lors de la bataille de Rocroi, mais s’il est né en 1576, il a 67 ans en 1643.

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