Série galerie des batailles (Château de Versailles) 22/33 : bataille de Denain (24 juillet 1712)

Représentation de la bataille de Denain (1712). Peinture de Jean Alaux exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

Bourbon et Habsbourg s’affrontent pour le trône espagnol

La bataille de Denain s’inscrit dans le cadre de la guerre de succession d’Espagne qui voit s’affronter entre 1701 et 1714 les Bourbon et les Habsbourg, deux dynasties apparentées au roi d’Espagne, Charles II, qui meurt sans descendance.

Philippe V d'Espagne, petit fils de Louis XIV de France
Philippe V d’Espagne dit el Animoso (le Brave). Peinture de Jean Ranc exposée au musée du Prado à Madrid.

C’est Philippe, duc d’Anjou, le petit fils de Louis XIV qui est désigné par le testament du défunt roi d’Espagne pour lui succéder, mais ce n’est pas du goût des autres puissances européennes. Ces dernières forment une coalition contre la France qui doit se mesurer, de nouveau, à toutes les puissances d’Europe (Angleterre, Provinces Unies, Saint-Empire, Savoie, Portugal auxquels il faut ajouter des provinces espagnoles rebelles qui n’acceptent pas le choix de Charles II de désigner un Bourbon pour lui succéder).

Pour avoir plus de détails sur les causes et les premiers affrontements de la guerre de succession d’Espagne n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur l’article traitant du tableau précédent de la galerie des batailles du château de Versailles : bataille de Villaviciosa.

Les premières victoires françaises sèment le doute dans les rangs de le coalition

Quasiment seule, la France éprouve beaucoup de difficultés à contenir les attaques sur toute ses frontières au début du conflit, mais elle parvient néanmoins à retourner la situation. En Espagne tout d’abord où le duc de Vendôme chasse de la péninsules ibérique les troupes du Saint-Empire et de l’Angleterre lors de la bataille de Villaviciosa en décembre 1710, puis ensuite dans le nord de la France où les coalisés, occupant les Pays-Bas espagnols, menacent directement la nation.

Bataille de Villaviciosa
Victoire franco-espagnole de Villaviciosa en décembre 1710

Profitant des victoires du duc de Vendôme en Espagne, Louis XIV décide de reprendre l’initiative au nord de la France et le général Claude Louis Hector de Villars qui commande les armées française passe à l’offensive en mai 1712. Les troupes anglaises et néerlandaises sont installées entre Douai et Marchiennes (Nord), et avec les troupes autrichiennes, ils disposent de 400 000 hommes face auxquels le général de Villars ne peut opposer que 200 000 soldats répartis entre Arras et Cambrai.

Maréchal de Villars
Portrait du maréchal de Villars réalisée en 1704 par Hyacinthe Rigaud. Tableau exposé au château de Vaux-le-Vicomte.

En juin, les coalisés menés par Eugène de Savoie avancent et s’emparent du village de Le Quesnoy. Les anglais, suivant les ordres secrets de Londres, profiteront du siège auquel ils participent pour trahir leurs alliés austro-hollandais. Fidèle à une tradition pluriséculaire, ils fuient le continent dès que le vent tourne et évitent ainsi le combat avec l’armée française.

Denain, point de friction principal entre les deux armées

Les Français campent sur leurs positions ce qui donne l’opportunité à Eugène de Savoie qui dirige les troupes coalisées d’ériger une ceinture de fortification autour de Denain où sont regroupées ses soldats.

À Versailles, le roi s’impatiente, le général de Villars décide donc de passer à l’assaut. Les troupes françaises sont regroupées à Mazinghien (Nord) et elles se dirigent dans le plus grand secret vers le camp fortifié de Denain. La cavalerie légère est envoyée le long de la Selle afin de sécuriser l’accès aux ponts qui enjambent la rivière.

Le moulin d’Haspres est capturé dans la soirée du 23 juillet 1712 et empêche la traversée du pont aux coalisés, il sert par ailleurs de poste d’observation de la vallée environnante. Dans la nuit une petite troupe se met en marche vers Landrecies (Nord) où se trouve le prince Eugène afin de faire diversion et obliger les coalisés à alléger leur aile droite. La ruse fonctionne.

La bataille de Denain

Au petit matin du 24 juillet 1712, Villars dirige sont armée de 100 000 hommes répartis en trois colonnes en direction de Denain. À 7h du matin, l’infanterie française se trouve à Neuville-sur-Escaut puis franchi le fleuve de l’Escaut à la grande surprise des coalisés qui ne s’attendaient pas à trouver les troupes de Louis XIV aussi proche de leurs positions.

Le comte d’Albermale qui à sous sont commandement 120 000 hommes fait prévenir Eugène de Savoie, mais ce dernier ne s’en inquiète pas.

En début d’après midi, l’armée française passe à l’assaut et les sapeurs, hache à la main s’attaquent aux palissades ennemies. L’infanterie les suit et se rue, baïonnette au canon, sur les coalisés. Pris de panique ces derniers s’enfuient et tentent de traverser le fleuve mais le pont, encombré par cette foule, s’écroule sous leur poids entraînant la noyade de centaines de fantassins. Le campement de Denain passe alors sous contrôle français.

Eugène de Savoie, prenant finalement la menace au sérieux se décide à venir en aide au comte d’Albermale. Il essaye de franchir l’Escaut au niveau de Prouvy mais les hommes du princes de Tingry repoussent les autrichiens et les empêchent de passer jusqu’à la tombée du jour. La nuit arrivée, les français font sauter le pont, et, Eugène, bloqué par le fleuve ne peut lancer de contre attaque contre le camp de Denain qui reste aux mains des français. La bataille terminée, les français n’ont perdu qu’à peine 2000 hommes tandis que les coalisés déplorent la perte de plus de 6500 soldats.

La France sort victorieuse de la guerre de succession d’Espagne

Suite à cette victoire éclatante, les troupes de Louis XIV poursuivent leur offensive sur le front Est et elles passent le Rhin et occupent Fribourg en Brisgau.

Le coût de la guerre pèse de plus en plus lourd sur les coalisés. Par ailleurs, au cours de la guerre, l’empereur du Saint-Empire, Joseph Ier, meurt, léguant ainsi la couronne à son frère cadet qui briguait déjà le trône espagnol. Charles VI de Habsbourg à donc l’opportunité de reconstituer l’empire de son aïeul Charles Quint. C’est inconcevable pour les anglais qui trahissent définitivement leurs alliés et proposent la paix au roi Soleil.

Les préliminaires de la paix sont conclus à Londres entre la France et l’Angleterre, puis tous les belligérants se réunissent au congrès d’Utrecht à partir de janvier 1712. Les combats ne cessent définitivement qu’après une ultime campagne victorieuse de Louis XIV en Allemagne en 1713.

Ouverture du traité d’Utrecht en janvier 1712

Le traité d’Utrecht est signé en 1713. Philippe V conserve la couronne d’Espagne mais renonce à ses droits sur le trône de France pour lui et tous ses descendants (close qui agite encore aujourd’hui les milieux royalistes car contraire aux lois fondamentales du royaume de France). L’Espagne perd le royaume de Naples et le milanais au profit de l’Autriche ainsi que Gibraltar et Minorque au profit de l’Angleterre.

La France conserve ses conquêtes obtenues lors des guerres précédentes (Flandres française, Roussillon, Lille, Artois, Alsace et Franche-Comté) mais doit abandonner l’Acadie, Terre-Neuve et la baie d’Hudson à la Grande-Bretagne. La France doit également céder quelques terres à la Savoie mais récupère en échange la vallée de Barcelonnette (Provence).

Le traité de Rastatt signé entre la France et l’Autriche le 6 mars 1714 met un terme définitif à cette guerre de succession d’Espagne. Ce traité sera d’ailleurs rédigé en Français, confirmant le rôle international de la langue française et en faisant une langue diplomatique jusqu’à nos jours.

Un équilibre géopolitique européen profondément modifié

Cette guerre à permis à la Grande-Bretagne de s’affirmer en tant qu’une des puissances majeures d’Europe et confirme sa mainmise sur les mers. Son commerce florissant et son économie robuste lui donneront l’opportunité par la suite de financer de multiples coalitions (contre la France principalement) et de recruter de nombreux mercenaires (en Allemagne surtout) ce qui lui permettra de mener ses guerres contre la France par procuration dans le siècle à venir.

L’Espagne qui rompt définitivement ses liens avec l’Autriche (passé commun de deux siècles) devient désormais une puissance secondaire en Europe malgré la conservation de son empire colonial colossal.

L’Europe après la Paix de 1714 (l’Espagne et le Duché de Savoie sont de couleurs distinctes)

La France demeure la puissance principale en Europe mais son aura en prend un coup. Malgré des victoires éclatantes dans la deuxième moitié du conflit, les échecs du début de cette guerre de succession lui ont fait perdre sa réputation d’armée invincible sur terre et ses finances durement touchées ne lui permettent pas de se reconstituer une flotte digne de ce nom. La suprématie sur les mers est perdue au profit de la Grande Bretagne qui prospère en profitant des guerres incessantes des puissances continentales, appuyant tantôt l’une tantôt l’autre pour servir ses intérêts.

L’Autriche si elle voit la couronne d’Espagne lui échapper sort malgré tout renforcée de ce conflit grâce à un accroissement territorial important.

Ce conflit long de 12 ans à donc profondément modifié l’équilibre géopolitique européen et la montée en puissance de la Grande Bretagne présentera un nouveau danger pour la France et son empire colonial.

Pour en savoir plus :

– La guerre de succession d’Espagne : la fin tragique du Grand Siècle de Clément Oury (2020)

– 1629 – 1715 les roi absolus, collection Belin Histoire (2014)

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