La France empêtrée dans la guerre d’Indochine

La bataille de Diên Biên Phu (13 mars au 7 mai 1954) est entrée dans la postérité pour avoir été la dernière bataille de la guerre d’Indochine qui sévit, elle, de décembre 1946 au mois de mai 1954.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le Viêt Minh (bras armé du parti communiste vietnamien) dirigé par Hô Chi Minh soulève une partie de la population et réclame la fin de la présence Française au Vietnam. Malgré l’envoi d’un corps expéditionnaire toujours plus nombreux, la France perd pied peu à peu.

Portrait de Nguyễn Ái Quốc plus connu sous le nom de Hồ Chí Minh. Photo de 1946

Le sacrifice des fils de la France sont vains, et, à la fin de l’année 1952, ce sont même des portions du territoire du Laos (un allié de la France dans la lutte contre les communistes) qui sont occupées par le Viêt Minh.

La France ne se fait pas d’illusion sur l’issue du conflit et les généraux ne cherchent qu’à créer les conditions militaires qui permettront d’arriver à une solution politique honorable. Par ailleurs, la France doit également pacifier la Cochinchine (sud du Vietnam) et attend que l’armée nationale vietnamienne (opposée aux communistes) prenne le relais pour lutter contre les hommes d’Hô Chi Minh.

Le choix de Diên Biên Phu

Après avoir renforcé les défenses de la région de Hanoï afin de lancer des offensives contre les communistes retranchés dans la jungle impénétrable du nord ouest du Vietnam, le commandement Français opte pour une stratégie audacieuse qui avait fait ses preuves lors de la bataille de Na San.

Situation dans le nord du Vietnam à la veille de la bataille de Diên Biên Phu

Il est en effet décidé de créer une enclave dans la jungle en plein territoire ennemi. Cette base ravitaillée par transport aérien sera très fortement défendue par une artillerie conséquente (mortier, mitrailleuses lourdes, et quantité énorme de munition).

Vue aérienne du site en 1953

Dans le nord ouest du Vietnam, à proximité des frontières laotiennes et chinoises se trouve une petite plaine au milieu de laquelle se trouve le village de Diên Biên Phu. Longue de 17 kilomètres et large de 7 kilomètres, traversée par une rivière, seul endroit plat à des centaines de kilomètres à la ronde et possédant un petit aérodrome construit par les japonais lors de la seconde guerre mondiale la zone semble bien répondre au cahier des charges fixé par le haut commandement militaire.

Fortification de la cuvette de Diên Biên Phu

Le 20 novembre 1953, l’opération Castor est lancée et deux bataillons de parachutistes (6ème bataillon de parachutistes coloniaux (6ème BPC) et le deuxième bataillon du 1er régiment de chasseurs parachutistes(II/1er RCP) s’emparent de la vallée de Diên Biên Phu alors occupée par un détachement Viêt Minh.

D’autres unités parachutistes sont larguées dans les heures qui suivent (1er BPC, 8ème BPC (bataillon de parachutistes de choc, 1er BEP (bataillon étranger parachutiste) et le 5ème BPVN (bataillon de parachutistes vietnamiens) pour sécuriser la zone.

Le camp retranché de Diên Biên Phu et les premiers assauts des communistes

Après la remise en état de la piste d’atterrissage, seront acheminés sur place des hommes, du matériel, de l’artillerie lourde et des munitions. Ce pont aérien fonctionnera pendant des mois pour ravitailler et renforcer le camps retranché. Les unités parachutistes seront, elles, peu à peu remplacées par des unités d’infanterie. Seul le 1er BEP et le 8ème BPC resteront jusqu’à la fin des combats.

Les soldats Français érigent plusieurs points d’appuis (chacun baptisé d’un nom de femme par le colonel de Castries qui dirige le camp : Gabrielle, Isabelle, Claudine, etc…), installent des mines, posent des kilomètres de fil de fer barbelé et creusent un réseau de tranchées.

Troupes aéroportées larguées à Dien Bien Phu

Tout le dispositif est créé de manière à pouvoir défendre la piste d’atterrissage d’où viennent les renforts et le ravitaillement.

Le Viêt Minh n’est pas en reste et il fait acheminer, à travers la jungle, des canons qui seront installés sur toutes les collines qui entourent la plaine où se trouve l’armée Française. Ces pièces d’artilleries seront installées dans des grottes ce qui les rendra insensibles à l’artillerie Française.

Arrivée de troupes françaises dans le camp retranché

Très vite les soldats Français sont encerclés par les troupes du général Giap. Mais cet état de fait ne perturbe pas l’état major Français qui s’attendait à se retrouver dans cette situation et reste dans l’attente d’un assaut massif.

Les premiers combats

Après quelques accrochages, la véritable attaque des communistes est lancée le 13 mars vers 17h15. C’est le point d’appui Béatrice qui est pris pour cible en premier après une préparation d’artillerie massive.

Les légionnaires (III/13ème DBLE) ne sont pas pris par surprise car les services de renseignement français avaient prévu le lieu et l’heure de l’attaque mais la force de frappe de l’artillerie Viet Minh est bien supérieure à ce qui était anticipé.

Soldat français sous le feu du Viet Minh

La Légion est pilonnée par des obus pendant plusieurs heures, et, leurs abris, non conçus pour résister à des munitions de gros calibre, sont anéantis. Le chef de bataillon (Pégot) est tué par un obus dans les premières minutes du combat, et les frappes vietnamiennes coupent également les communications ce qui empêche les défenseurs de Béatrice de riposter convenablement avec leur propre artillerie.

Au bout de quelques heures la pluie d’obus s’arrête, et, privés de chefs et de contact avec les autres points d’appuis, les légionnaires doivent faire face à une véritable marée humaine de soldats fanatisés (certains se font exploser sur les barbelés pour permettre à leur camarades de passer derrière eux).

Le point d’appui Béatrice tombe peu avant minuit après des heures de combat au corps à corps. Les grosses pièces d’artillerie que le Viet Minh a été capable d’installer autour de Diên Biên Phu font des dégâts considérables.

Soldats français dans les tranchées de Diên Biên Phu

Malgré les bombardement aériens et les attaques en piqué des chasseurs de l’aéronavale, l’artillerie française ne sera jamais en mesure de faire taire les canons ennemis.

Le 14 au soir, vers 20h, c’est le point d’appui Gabrielle qui est pris pour cible. La méthode est la même, grosse préparation d’artillerie suivie d’assauts répétés de l’infanterie. Les troupes françaises repoussent plusieurs vagues ce qui pousse le général Giap à ordonner le repli vers le milieu de la nuit pour faire place à une nouvelle phase de bombardement. Des troupes fraiches sont alors lancées à l’assaut des positions françaises qui finissent par êtres submergées et doivent abandonner le point d’appui.

Une contre attaque est lancée par le 1er bataillon étranger parachutiste accompagné du 1er régiment de chasseur à cheval (blindés) et du 5ème BPVN (parachutistes vietnamiens engagés dans l’armée française) parachutés en renfort dans l’après midi.

Les soldats du 5ème BPVN montrent peu d’entrain au combat ce qui leur sera reproché à l’issu du combat. Le chef de corps prend des décisions radicales et rétrogrades au rang de simple soldat les officiers ayant fait preuve de faiblesse au combat. Purgé de ses éléments défaillants, le 5ème BPVN poursuivra le combat jusqu’à la fin de la bataille de Diên Biên Phu.

La piste d’atterrissage détruite par l’artillerie ennemie

Souffrant de lourdes pertes, le Viet Minh décide de suspendre ses assaut pour réorganiser ses unités, refaire le plein de munition et creuser des tranchées pour s’approcher au plus près des points d’appui français.

Cependant, l’accalmie ne concerne pas les canons de l’artillerie vietnamienne qui continuent de cracher des obus sur les positions de l’armée française. Très vite, la piste d’atterrissage devient inutilisable rendant impossible le ravitaillement et l’évacuation des blessés.

Le colonel Bigeard à Diên Biên Phu

Le dernier avion décolle le 27 mars, et les soldats français ne peuvent désormais plus compter que sur leurs maigres stocks de munitions et sur les quelques vivres parachutés de temps à autres aux abords de leur campement.

Bien que sans commune mesure avec les assauts menés au début de la bataille, de nombreux accrochage ont lieu ce qui éclaircit toujours un peu plus les rangs de l’armée française. Des opérations pour saboter la DCA ennemie sont également menées mais connaissent un succès mitigé car seulement quelques armes lourdes seront détruites et ce au prix de nombreuses pertes humaines.

Les positions françaises grignotées

Après une période de relative accalmie (lors de laquelle l’armée française à malgré tout perdu beaucoup d’hommes), les attaques du Viet Minh reprennent le 30 mars.

De nouveau, une forte préparation d’artillerie précède un assaut massif qui sera lancé sur les collines formant la défense nord-est et est du centre de résistance principal (point d’appui Éliane et Dominique). Très vite les troupes françaises sont submergées et les points d’appui tombent à l’exception d’Éliane 2 et d’Éliane 4.

Soldats du viêt minh se lance à l’assaut des positions françaises

La faible résistance opposée aux vietnamiens par le 3eme Régiment de Tirailleur Algériens (RTA) sur Dominique 2 et du 4eme Régiment de Tirailleur Marocains (RTM) feront polémique, le lieutenant-colonel Langlais remettant en cause la valeur des troupes nord-africaines présentes à Diên Biên Phu. Le fait que de nombreux membres de ces unités désertent et se réfugient sur les bords de la rivière traversant la plaine (Nam Youm) refusant de livrer combat jusqu’à la fin de la bataille n’arrange rien et fera dire à certains que seuls les paras et la Légion se sont battus à Diên Biên Phu.

Éliane 2 qui a résisté farouchement aux assauts communiste fut activement soutenu par l’artillerie d’Isabelle ce qui lui permit de tenir malgré des pertes énormes, des dizaines de cadavres jonchant les abris.

Le lendemain une contre attaque française est lancée qui permettra de reprendre les points d’appui Dominique 2 (repris par le 8eme BPC) et Éliane 1 (6eme BPC) mais le succès est de courte durée. En effet, les deux unités ne peuvent pas être relevées et à cause de nombreux blessés dans leurs rangs, les positions sont rapidement abandonnées.

Le chef Viet Minh, le général Giap, poursuit quant à lui ses assauts sur Eliane 2 avant de renoncer le 4 avril car subissant de très lourdes pertes. Cet échec provoquera une vague d’épuration parmi les unités vietnamienne dont beaucoup de cadres incompétent (ou jugé comme tel) seront éliminés.

Une situation sans issue

Du côté français, la situation empire de jour en jour, une colonne terrestre de secours est envoyée mais la tentative échoue. D’autre part, c’est la mousson à cette période de l’année, il y a donc un brouillard permanent qui diminue drastiquement l’efficacité des bombardiers et des chasseurs (avions qui devaient parcourir plus de 600 km depuis Hanoi et dont l’efficacité était déjà limitée par la quantité de carburant qu’ils pouvaient emporter). De plus les attaques du Viet Minh débutent souvent une fois la nuit tombée ce qui rend l’aviation quasiment inutile.

La dizaine de chars léger (M24 Chaffee) disponibles ne sont pas adaptés pour la défense des positions et finissent donc pas être sabotés pour éviter qu’ils ne tombent aux mains des ennemis. N’ayant plus la maitrise de la situation, l’armée française n’a plus l’initiative et ne peut désormais qu’agir en réaction en lançant des contres-attaques qui sont souvent vouées à l’échec faute d’effectifs suffisants.

Ce sont souvent les paras qui sont chargés des contres attaques pour prendre les positions adverses. Armés de lance flammes, ces assaut ne dépassent jamais les colines, et, faute de ravitaillement et de soutient d’artillerie efficace, sont limitées dans le temps. Souvent à court de munition une fois un point d’appui atteint, les soldats se lancent dans un combat à l’arme blanche et à la grenade qui tourne fréquemment à la boucherie.

Les effectifs Français fondent comme neige au soleil et il n’est pas rare que certains soldats meurent d’épuisement car ils n’ont pas la possibilité de se reposer. Malgré l’enfer qu’ils vivent ils font malgré tout preuve d’un courage exemplaire. En effet, même les blessés se portent volontaire pour retourner au combat et c’est en entonnant la Marseillaise qu’ils livrent bataille !

Soldat blessé pendant la bataille de Diên Biên Phu

L’armée de l’air commence elle aussi à manquer d’effectifs pour approvisionner le camp de Diên Biên Phu, et doit utiliser des avions fournis par l’US Air Force qui apporte un léger soutient matériel à la France (les Américains ne rentreront jamais directement dans le conflit et se bornerons à cette aide aérienne).

Des centaines de volontaires « pour l’honneur »

Pour faire face aux pertes importantes, les Français organisent des recrutements de volontaires à Hanoï afin de la parachuter par la suite sur Diên Biên Phu. À ce moment là, tout le monde sait que la situation est catastrophique et que la chute du camp est imminente.

Malgré tout, des centaines de soldats Français, dont certains n’ont jamais sauté en parachute de leur vie, répondent à l’appel de l’armée et brulent d’en découdre « pour aider les copains » où « pour l’honneur ».

Le chef Viet Minh, le général Giap, poursuit quant à lui ses assauts sur Éliane 2 avant de renoncer le 4 avril car subissant de très lourdes pertes.

Cet échec provoquera une vague d’épuration parmi les unités vietnamienne dont beaucoup de cadres incompétent (ou jugé comme tel) seront éliminés.Début mai, l’attente prend fin, c’est l’assaut final qui débute.

L’assaut final

La zone contrôlée par les forces Française se réduit comme peau de chagrin et la majorité du ravitaillement aéroporté atterrit en territoire ennemi ce qui fragilise encore plus la position des soldats qui manquent à la fois de munitions, d’armes, de matériel médical et de nourriture.

Des centaines de blessés sont entassés dans des postes de secours en attendant l’issue du conflit. Les moins mal en point, ceux qui peuvent encore tenir une arme, se portent souvent volontaire pour retourner au combat et faire face à l’assaut final du Viêt Minh qui débute le 1er mai.

Après une préparation d’artillerie massive durant plus de trois heures, trois divisions Viêt Minh sont lancées sur les dernières positions Françaises lorsque la nuit tombe.

L’artillerie Française, qui manque cruellement de munitions ne peut pas répliquer et de son coté l’infanterie n’a pas les effectifs suffisants pour faire face à cette vague humaine qui se déverse dans le camp retranché. Éliane 1 tombe dans la nuit du 1er mai et seuls quelques soldats survivront. Dominique 3 et Huguette 5 tombent également la nuit suivante.

Sur ordre du commandant des forces Françaises en Indochine, un dernier bataillon de parachutiste est envoyé en renfort « pour l’honneur » (sic).

Le 1er BPC dirigé par le commandant de Bazin de Bezons est parachuté de nuit, de manière fractionnée entre le 2 et le 4 mai. Ce seront les derniers renforts envoyés pour la défense du camp retranché. Désormais, la seule aide apportée se bornera au largage de fusées éclairantes pour soutenir les soldats au sol qui se battent quasiment tous au corps à corps…

Le point d’appui Huguette 4 tombe dans la nuit du 4 mai tandis qu’Eliane 2 résiste toujours aux assauts communistes. Ce n’est cependant que partie remise car le 6 mai, une charge de deux tonnes de TNT placée dans une sape creusée sous la colline vaporise le point d’appui désormais réduit en cendre.

La chute du camp retranché

Le 7 mai au matin, les derniers points d’appui situés à l’est de la rivière Nam Youm sont conquis par les forces du Viêt Minh.

Le général de Castries, chef du camp retranché, converse par radio avec son supérieur le général Cogny (situé à Hanoï) et les conversations enregistrées qui nous sont parvenues traduisent à la foi sa lucidité devant la situation dans laquelle il est embarqué mais aussi sa détermination à aller jusqu’au bout.

Le général de Castries à Diên Biên Phu

À 10h du matin, le 7 mai, la conversation suivante est enregistrée : « Allô ! Castries ? – Allô ! mon général ça va mal, je suis attaqué sur trois faces, je perds sans cesse des points d’appui. Sur la face est, le quatrième vient de tomber il y a quelques minutes. Je vais tâcher de tenir sur la rive est de la rivière »

Le général de Castries fait ensuite l’inventaire de ses effectifs « Sur tel point d’appui, au bataillon légionnaire de parachutistes, il reste une compagnie, et par compagnie il faut maintenant comprendre soixante à quatre-vingts hommes. De même pour les bataillons de parachutistes et pour les tirailleurs. Je n’ai plus assez de forces pour contre-attaquer. Il me reste quelques centaines d’obus. Je n’ai presque plus d’autres munitions. Je vais essayer de tenter une sortie à la faveur de la nuit. Je garderai un rideau de troupe pour donner le change aux Viets et je resterai avec les blessés. »

Le général Cogny touché par la situation des soldats sur place n’a pas d’autre choix que d’approuver les intentions du général de Castries et lui annonce qu’il va continuer à envoyer des munitions et des vivres.

De Castries clôt la conversation en disant : « Voilà, mon général, ce que j’avais à vous dire… avant la fin ».

Quelques heures plus tard, vers 15 heures, une nouvelle communication radio annonce que les communistes entourent le centre de résistance principale ou se trouve le poste de commandement du général de Castries.

À 16h40, le général de Castries communique pour la dernière fois avec son supérieur. « La situation est extrêmement grave. Les combats sont confus et se livrent partout, les Viets encerclent tous les points d’appui. Je sens que la fin approche, mais nous nous battrons jusqu’au bout ».

Ce à quoi Cogny répond : « Bien compris, vous vous battrez jusqu’à la fin. Pas question de hisser le drapeau blanc sur Diên Biên Phu après votre héroïque résistance. »

Castries clot alors la conversation : « Bien compris. Nous détruirons les canons, les chars et tout le matériel de radio. Le poste des porteurs (la radiotéléphonie souvent appelée courants porteurs) sera détruit à 17h30. Nous nous battrons jusqu’au bout, au revoir mon général. Vive la France ».

C’est sur ces mots héroïques que le général de Castries met fin à la conversation avec Hanoï qu’il ne recontactera plus par la suite.

Quelques kilomètres plus au sud, le point d’appui Isabelle est toujours en contacte avec Hanoï jusqu’au milieu de la nuit. Le général de Castries avait ordonné aux artilleurs d’Isabelle de bombarder son poste de commandement dans le cas ou il serait capturé et occupé par les Viets. Les ordres sont exécutés par les soldats pendant la soirée.

Dans le même temps, le colonel Lalande rassemble les dernières troupes à sa disposition et en état de combattre (environ 1500 hommes) pour tenter de se frayer un chemin vers le sud à travers la jungle. Ils tentent d’avancer autant qu’ils peuvent et ce sont des combats d’une violence inouïe, à la grenade et au couteau, qui s’engagent mais après avoir avancé d’une centaine de mètres ils sont contraints de faire demi-tour car talonnés par les communistes.

À 1h50 du matin, le dernier message d’un sergent radio est reçu par un avion : « Dans deux minutes je ne pourrai plus communiquer avec vous. Nous faisons tout sauter.»

Des combats sporadiques se déroulent toujours dans quelques tranchées occupées par des hommes qui refusent de se rendre, mais ils ne se battent désormais plus que pour la gloire, la défaite étant inéluctable.

57 jours et 57 nuits de combats ininterrompu après le début de la bataille, le camp retranché de Diên Biên Phu tombe.

Le drapeau du Viêt Minh flotte sur Diên Biên Phu

Quelques 150 soldats ayant réussi à s’échapper dans la jungle après la chute du camp sont récupéré par une colonne de secours de 2000 hommes.

Pour l’essentiel appartenant à la tribu Hmong (tribu qui a combattu aux côtés des Français lors de la guerre d’Indochine, un petit peu à l’image des Harkis en Algérie), ces soldats devaient venir en aide aux Français encore présent et tenter une percée pour leur permettre de se sortir des griffes du Viêt Minh. Malheureusement, ils arriveront quelques jours après la reddition de Diên Biên Phu et ne pourrons que récupérer les quelques rescapés.

Une guerre qui n’intéresse pas la métropole

En France la guerre d’Indochine ne mobilise pas les foules. La population Française sur place est très faible. En effet, lors de la seconde guerre mondiale cette zone qui fut sous contrôle des japonais avait vu toute l’administration coloniale purement et simplement éliminée et la guerre d’Indochine qui a commencé au lendemain du conflit mondial a fini de persuader la plupart des européens de rentrer en métropole.

La population ne se sent pas concernée outre mesure par cette guerre qui se passe de l’autre côté du globe ce qui donne aux soldats le sentiment d’être abandonnés.

De plus, des campagnes de sabotage du matériel envoyés aux combattants de Diên Biên Phu sont menées par la CGT qui est soutenue par les partis d’extrême gauche ce qui ajoute au sentiment d’abandon des militaires.

L’horreur des camps de concentration vietnamiens

Lors de cette bataille près de 2300 soldats Français ont trouvés la mort (sur un total d’environ 14 000 hommes qui ont participé à la bataille) et plus de 5000 sont blessés. Du coté vietnamien, ce sont près de 80 000 hommes qui ont été déployés pour environs 8000 tués et 15 000 blessés.

Prisonniers français de Diên Biên Phu

Les survivants Français (11 721 hommes) furent faits prisonniers et internés dans des « camps de rééducation » (lire ici camps de concentration) où les conditions de vie étaient absolument infernales.

À titre de comparaison, le taux de mortalité des prisonniers de guerre Français en Allemagne était de 2% pendant la seconde guerre mondiale. Il atteignait 37% pour les prisonniers allemands en Union Soviétique alors que celui des Français prisonniers du Viêt Minh fut de 59% et même de 72% pour les survivants de Diên Biên Phu.

Il y avait la une volonté d’exterminer par la faim ou les mauvais traitements ceux qu’ils n’avaient pu tuer au combat.

Prisonniers français des camps de concentration du viêt minh

Par ailleurs, la « rééducation » des soldats pour leur inculquer de force les principes du marxisme léninisme fut confiée au Dich-Van. Cette unité en charge de l’endoctrinement et de l’action psychologique à l’encontre de l’ennemi met en œuvre des actions de formation et de rééducation ainsi que celle de la persuasion morale auprès des prisonniers de guerre en appliquant un principe simple : exclure tout esprit d’humanité.

Les instances dirigeantes du Viêt Minh avaient estimé la durée nécessaire à la rééducation à 12 ou 18 mois pour un militaire du rang, 18 ou 24 mois pour un sous-officier et à 2 ou 3 ans pour un officier. Ces exigences ont dû être revues à la baisse en raison du taux de mortalité scandaleux des soldats qui avaient en moyenne une espérance de vie qui ne dépassait pas les six mois.

Le colonel Eric Weinberger, ancien déporté à Buchenwald lors de la seconde guerre mondiale et prisonnier du Viêt Minh en Indochine fait le témoignage suivant : « J’ai eu l’occasion de comparer les méthodes des nazis et des viets. Juifs, Tziganes, résistants de tous bords, s’ils nous réduisaient en une sous-humanité, les nazis ne cherchaient pas à nous convertir. Par la faim, les privations, les viets nous amenaient au même état que les nazis mais ils exigeaient en plus que nous adhérions à leur système, en reniant toutes nos valeurs, notre foi en la justice, en notre pays ».

N’oublions jamais ces soldats qui ont donné leur vie pour l’honneur de la France !

Pour en savoir plus sur la bataille de Diên Biên Phu :

Dien Bien Phu, Pierre Schoendoerffer (1994)

Les Chemins de Diên Biên Phu, Franck Mirmont (2015)

Avec Bigeard de Tu Lê à Diên Biên Phu, Guy Leonetti (2019)

Une femme à Diên Biên Phu, Geneviève de Galard (2003)

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