Série galerie des batailles (Château de Versailles) 18/33 : Bataille des Dunes (14 juin 1658)

Turenne à la bataille des Dunes en 1658
Turenne à la bataille des Dunes en 1658. Peinture de Charles-Philippe Larivière exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

France – Espagne : la guerre continue

Lors de l’article précédent de cette série sur la galerie des batailles du château de Versailles, nous nous étions quittés sur une victoire spectaculaire de la France sur les troupes espagnoles à Lens.

Si cette victoire mit fin à la guerre de Trente Ans, le conflit perdure entre la France et l’Espagne. Louis II de Bourbon, prince de Condé, menait les troupes royales françaises à la victoire malgré une nette infériorité numérique mais dix ans plus tard, lors de la bataille des Dunes, il est passé à l’ennemi et commande cette fois l’armée espagnole ! Que s’est-il donc passé ?!

Portrait de Louis II de Bourbon, prince de Condé
Portrait de Louis II de Bourbon, prince de Condé, dit « le Grand Condé ». Peinture de Juste d’Egmont exposée au musée Condé de Chantilly.

Comme vous le savez tous, à la mort de Louis XIII, son fils, Louis Dieudonné qui deviendra Louis XIV n’a que 4 ans. Sa mère, Anne d’Autriche, qui contrairement à ce que son nom laisse penser est espagnole, exerce la régence aidée en cela par le cardinal Mazarin qu’elle nomme principal ministre d’État.

Bien qu’elle même espagnole, la reine mère qui fut un temps favorable à un rapprochement de la France avec les Habsbourg fait volte face car, aidée par Mazarin, elle se rend bien compte que ça entraînerait une perte de souveraineté pour le futur Roi Soleil. Le conflit franco espagnol se poursuit donc après la victoire de Lens en 1648.

La Fronde parlementaire

Cette guerre n’est malheureusement pas le seul soucis qu’il lui faut gérer. En effet, en depuis début 1648 la France s’agite et une révolte fini par éclater : la Fronde. Ce n’est cette fois pas une révolte paysanne comme la France en a tant connue mais ce sont les élites qui se soulèvent.

Portrait d'Anne d'Autriche
Portrait d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV. Peinture de Rubens exposée au musée du Louvre

C’est tout d’abord une révolte contre la pression fiscale en effet, entre 1600 et 1650, les impôts ont quintuplés pour faire face aux dépenses de la guerre de Trente Ans. Ces nouvelles taxes sont quasiment exclusivement dirigées vers les membres les plus riches de la société (Nobles et bourgeois) tandis que les plus pauvre bénéficient eux d’une diminution des impôts (de la taille notamment).

Le Parlement de Paris dont les membres sont directement concernés est donc vent debout contre cette réforme et est largement soutenu par les parisiens.

Il faut ajouter une réforme de la monarchie à l’encontre des officiers parlementaires qui voient leurs revenus diminuer mais aussi la mise en place toujours plus importante de la centralisation des pouvoirs dans les mains du Roi.

Changements initiés par Louis XIII et Richelieu que poursuivra Mazarin et mènera à l’apogée de l’absolutisme avec le règne de Louis XIV.

La Fronde est donc dans un premier temps parlementaire. Le 13 mai 1648, le parlement de Paris veut imposer des réformes de ce qu’il appelle des abus de l’État et constitue, à l’initiative du conseiller Pierre Broussel, une Chambre qui aura pour mission de décider de la réforme à venir de l’État.

Début juillet, cette Chambre impose à Anne d’Autriche une charte de 27 articles qui donne au parlement de nouvelles prérogatives comme le droit de valider tout nouvel impôt. Sur ces entrefaites, l’armée française remporte la bataille de Lens, et, débarrassé d’une menace extérieure, Anne d’Autriche en profite pour faire emprisonner plusieurs parlementaires dont Pierre Broussel (très populaire car connu pour son intégrité. Chose extrêmement rare au XVIIe, siècle tout comme au XXIe…).

Le président Molé saisi par les factieux au temps des guerres de la Fronde
Le président Molé saisi par les factieux au temps des guerres de la Fronde. Peinture de François-André Vincent

En apprenant ça, les parisiens, poussés par les milices bourgeoises, se révoltent et dressent des barricades autour du Palais-Royal (26-28 août) et incendient plusieurs bâtiments. Les prisonniers sont relâchés, mais Anne d’Autriche et ses enfants s’enfuient de Paris dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649.

La cour s’installe temporairement à Saint Germain en Lay et Condé vient offrir son aide à la Reine : « Je ne saurais souffrir l’insolence de ces bourgeois qui veulent gouverner l’État, je m’appelle Louis de Bourbon… » L’armée royale dirigée par Condé qui dispose d’environ 8000 hommes et met le siège devant Paris.

Le parlement prononce le bannissement de Mazarin le 8 janvier et confie le commandement des troupes de la capitale au prince de Conti (frère de Condé) qui sera désigné généralissime de la Fronde.

Les vivres n’arrivent plus dans la capitale et les rares affrontements tournent rapidement à l’avantage des troupes royales. Les parlementaires se divisent en deux groupes, les ultras et les légalistes. Ce sont finalement ces derniers, les plus modérés, qui, ne voulant pas se laisser déborder par l’agitation populaire qui déboucherai sur une révolution (comme ce fut le cas en Angleterre où le roi Charles Ier fut décapité et où la monarchie absolue à évolué vers une monarchie parlementaire) décide de négocier avec la régente.

Par ailleurs on reproche aux ultras, leur proximité avec l’Espagne qui profite des agitations qui secouent la France pour reprendre pied.

La Fronde des Princes succède à la Fronde parlementaire

La paix signée avec les frondeurs le 1er avril 1649 est fragile d’autant que Mazarin qui offre des postes à d’anciens frondeurs se met Condé à dos. Ce dernier espérait récupérer quelque chose de son soutient au Roi mais Mazarin qui à peur qu’il ne devienne trop puissant déçoit les espoirs du duc d’Enghien.

Le cardinal et Anne d’Autriche rejoignent Paris en octobre sous les acclamations de la foule mais en lieu et place de la Fronde parlementaire c’est désormais à la Fronde des Princes que la monarchie doit faire face.

L’emprisonnement des princes de Condé et de Conti ainsi que de leur beau-frère, le duc de Longueville, qui complotaient contre le pouvoir royal, le 18 janvier 1650 est un coup de tonnerre.

mazarinade
Exemple d’une mazarinade

Tandis que la famille Bourbon est emprisonnée à Vincennes, leurs provinces se révoltent et la France sombre dans une guerre civile sanglante.

Les mazarinades (pamphlet critiquant Mazarin) qui circulent dans le royaume traînent le cardinal dans la boue et ne font que renforcer le chaos ambiant aggravé par l’intervention des espagnols.

Petit à petit, le parti du Roi arrive à rassembler certains frondeurs (comme Turenne par exemple), qui, mécontents de l’alliance de Condé avec l’Espagne, font défection.

Le 7 septembre 1651, Louis XIV est déclaré majeur et l’autorité royale se restaure peu à peu et les territoires contrôlés par la Fronde sont reconquis.

Condé passe au service de l’Espagne

Le Roi rentre finalement à Paris le 21 octobre 1652 et prononce une amnistie générale tandis que Condé accompagné des frondeurs les plus pugnaces se met au service de la couronne d’Espagne. Mazarin fera son retour à Paris en janvier de l’année suivante. Désormais, la guerre franco-espagnole verra s’affronter deux généraux français : Turenne qui commandera les armées de Louis XIV et Condé celles du roi d’Espagne.

Louis XIV en Jupiter vainqueur de la Fronde
Louis XIV en Jupiter vainqueur de la Fronde. Peinture de Charles Poerson exposée au château de Versailles

En août 1654, les deux hommes s’affrontent une première fois devant Arras alors que Turenne vient secourir les troupes françaises assiégées dans la ville par Condé. Turenne est victorieux mais Condé prendra sa revanche deux ans après à Valenciennes.

Le 23 mars 1657, une fois n’est pas coutume dans l’histoire de France, une alliance est nouée avec l’Angleterre contre l’Espagne. Les places fortes du nord de la France sont prises pour cible, et si Cambrai résiste aux armées françaises, Mardyck et Montmédy tombent.

La bataille des Dunes : l’Espagne reléguée au second rang des puissances européennes

Turenne marche alors sur Dunkerque et entame un siège le 15 mai 1658. Pour secourir la ville une armée espagnole dirigée par l’archiduc Juan José d’Autriche et par Condé arrive sur place le 13 juin.

Turenne déploie 15 000 hommes (6000 cavaliers) face à environ 14 000 espagnols (7000 cavaliers) qui après une longue marche n’ont que peu de temps pour se préparer à l’affrontement.

Vue panoramique de la bataille des Dunes
Vue panoramique de la bataille des Dunes. Peinture de Jean-Antoine-Siméon Fort.

La bataille à lieu le 14 juin dans les dunes de Leffrinckkouke.

Les troupes de l’archiduc sont enfoncées en un instant par les franco-anglais mais l’aile gauche espagnole commandée par Condé qui charge sabre au clair donne du fil a retordre aux français. Turenne aidé par les navires anglais qui sont à portée parvient à mettre fin à la résistance des gardes suisses de Condé.

Les franco-anglais déplorent la perte d’environ 400 soldats tandis que les espagnols en perdent, eux, près de 5000 (dont 4000 prisonniers). Dunkerque est cédée aux anglais qui la revendront à Louis XIV en 1662.

Après cette nouvelle victoire éclatante face aux espagnols, les négociations de paix qui avaient commencées dès juillet 1656 aboutissent enfin et le traité des Pyrénées est signé le 7 novembre 1659.

Cette victoire signe la prédominance définitive des Bourbons sur les Habsbourg. La France obtient par ailleurs plusieurs territoires comme l’Artois, le Roussillon mais aussi quelques places fortes en Flandre et en Lorraine.

Réception du Grand Condé à Versailles
Réception du Grand Condé à Versailles par le Roi Louis XIV

Le Grand Condé demandera et obtiendra le pardon de Louis XIV le 27 janvier 1660 à Aix-en-Provence. Il demeurera loyal au Roi Soleil jusqu’à sa mort.


Pour en savoir plus :

Les rois absolus 1629-1715 collection Belin Histoire

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