Série galerie des batailles (Château de Versailles) 24/33 : bataille de Lauffeld (ou Lawfeld) (2 juillet 1747).

Représentation de la victoire de Lauffeld (2 juillet 1747). Peinture d’Auguste Couder exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

La France enchaine les victoires en Europe mais le Canada est sous pression

Après la victoire de la France à Fontenoy (voir l’article précédent de la série sur la galerie des batailles qui traite en détaille du début de la guerre) contre la coalition européenne (Grande Bretagne, Autriche, Saint-Empire et Province-Unies principalement auxquels il faut ajouter quelques alliés mineurs), la guerre de succession d’Autriche fait toujours rage en Europe.

Battue à Fontenoy l’armée coalisée se replie à Ath ce qui laisse l’opportunité aux hommes de Maurice de Saxe (maréchal général de l’armée de France sous Louis XV) d’avancer dans les Pays-Bas autrichiens (plus ou moins la Belgique actuelle). La France bat de nouveau les coalisés lors de la bataille de Melle le 9 juillet 1745 (les coalisés perdent un quart de leurs effectifs) puis s’empare ensuite de Gand (15 juillet), Audenarde (21 juillet), Ostende (24 août) et Nieuport (6 septembre) puis chasse les coalisés réfugiés à Ath le 8 octobre.

siège de tournai
Siège de Tournai pendant la guerre de succession d’Autriche. Assiégée à partir du 30 avril, la ville tombe le 22 mai.

De l’autre côté de l’Atlantique, les opérations ne sont pas aussi heureuses. En effet, une opération anglaise partie de Nouvelle-Angleterre s’empare de Louisbourg (île fortifiée défendant l’entrée du Canada français) et malgré les effort de la Marine Royale, l’île ne sera pas reprise. Le Canada réussira néanmoins à se défendre avec succès face aux attaques anglaises jusqu’à la fin de la guerre.

Victoires militaires mais finances au plus bas

A partir de 1746, l’armée français commandée par Maurice de Saxe accompagné de 120 000 soldats reprend ses opérations dans le Brabant où c’est tout d’abord Bruxelles qui tombe le 22 février après un siège d’un mois puis c’est au tour de Malines et d’Anvers qui ne résistent guère aux troupes françaises. Le Brabant conquis, l’armée de Maurice de Saxe passe dans le Hainaut et continue d’avancer à marche forcée face à des anglo-autrichiens complètement déboussolés. Mons est conquise le 11 juillet puis c’est au tour de Saint-Ghislain et de Charleroi de tomber et enfin Namur qui est prise le 30 septembre 1746.

bataille de rocourt
Victoire Française de Rocourt face à la coalition (11 octobre 1746). Peinture de Pierre Nicolas l’enfant exposée au château de Versailles.

Maurice de Saxe dirige ensuite ses soldats en direction de Rocourt (environs de Liège) et tombe face à une armée coalisée dirigée par Charles-Alexandre de Lorraine (Frère de l’empereur du Saint-Empire) forte de 90 000 hommes. Maurice de Saxe est une nouvelle fois vainqueur à Rocourt ce qui permis aux français de renforcer leur influence sur Liège et met fin au contrôle de l’Autriche sur la région pour le reste de la guerre.

Malgré les succès militaires, les finances de la France sont au plus bas. En effet, le contrôle des mers des britanniques et des néerlandais ainsi que le blocus imposé étouffe l’économie française. Cela étant, la France n’est pas la seule à souffrir de la durée de cette guerre, en effet les autres puissances continentales (Autriche, Saint-Empire et Savoie-Sardaigne) sont également au bord du gouffre et elles continuent à se battre contre la France seulement grâce aux subsides britanniques qui leurs permettent de recruter de nouveaux soldats.

La France poursuit malgré tout ses opérations en territoire ennemi et son contrôle sur les Pays-Bas autrichiens met les Provinces-Unies directement en danger.

Bataille de Lauffeld

Pendant l’été 1747, dans les environs de Maastrich, une armée anglo-hollandaise commandée par le général anglais Cumberland essaie d’isoler un détachement français commandé par Gaspard de Clermont-Tonnerre afin de l’anéantir. Lançant ses soldats à marche forcée, Maurice de Saxe arrive au secours de son subordonné à temps et le général anglais doit désormais faire face à toute l’armée française à Lauffeld (environs de Maastrich).

bataille de lauffeld
Mise en place de l’artillerie et de la cavalerie lors de la bataille de Lauffeld. Peinture de Louis‑Nicolas Van Blarenberghe

Les deux armées occupent des petits villages des environs et au matin du 2 juillet 1747, des échanges d’artilleries commencent à partir de 6h30. L’infanterie britannique incendie les villages dans lesquels elle avait passé la nuit et se sert des ruines comme fortification. Le maréchal de Saxe croyant que les coalisés avaient fui leurs positions et franchi la Meuse fait avancer ses troupes dans ce qu’ils croit être des villages vides. Ce n’est pas le cas de Lauffeld. S’engage donc un combat rapproché pendant plusieurs heures au milieu des décombres du village. Des assauts frontaux qui firent des dégâts énormes des deux cotés permirent aux français de prendre le contrôle du village à la mi journée. Une contre attaque de la cavalerie hollandaise est repoussée violemment par les français, et, lors de sa fuite, la cavalerie désorganise complètement l’armée coalisée et laisse leur centre exposé.

La cavalerie française rassemble ses forces au même moment pour flanquer l’armée de Cumberland mais cet assaut est avorté par la charge de ce qu’il reste de la cavalerie coalisée commandée par Jean Ligonier (Huguenot français exilé en Angleterre) ce qui sauve l’armée anglo-néerlandaise de l’anéantissement.

cavalerie à la bataille de lauffeld
Mouvements de la cavalerie Française lors de la bataille de Lauffeld (1747). Peinture de Louis‑Nicolas Van Blarenberghe

Une nouvelle charge de cavalerie est effectuée par les coalisés pour couvrir la fuite de leur infanterie mais cette fois ci les hommes de Ligonier sont anéantis et ce dernier est fait prisonnier.

Cette bataille est une nouvelle victoire française, mais, comme à Fontenoy, ce n’est pas une victoire décisive. Cette victoire permet néanmoins aux soldats de Louis XV d’avancer et de capturer Bergen-op-Zoom en septembre puis Maastrich en mai 1748.

Fin de la guerre de succession d’Autriche : la France à travaillé pour le roi de Prusse

Les combats prennent fin lors de l’année 1748 et le traité d’Aix la Chapelle est signé le 18 octobre. Malgré la démonstration de force de l’armée française, les conquêtes de la France sont rendues en intégralité par Louis XV.

Particulièrement impopulaire en France, ce traité fait de Louis XV un roi particulièrement méprisé par ses sujets et qui deviendra la cible de l’expression « bête comme la paix ! ». Ayant finalement atteint après des siècles de guerre ses frontières naturelles (Pyrénées, au Sud, Alpes au Sud-Est et le Rhin au Nord-Est) la France abandonne des conquêtes si durement acquises au cours de cette guerre de succession d’Autriche.

L’Autriche, hormis la Silésie ne perd que des territoires mineurs et Marie-Thérèse confirme sa place sur le trône et celle de son mari François-Etienne de Lorraine à la tête du Saint-Empire.

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Page de garde du traité d’Aix la Chapelle signé en 1748.

La Prusse qui a trahie la France en signant une paix séparée avec l’Autriche conserve la Silésie bien qu’elle soit à l’origine de cette guerre. C’est le seul état à sortir renforcé de ce conflit et c’est le début de la montée en puissance de la Prusse qui causera tant de malheurs à la France dans les siècles à venir.

De cette guerre est née l’expression « travailler pour le roi de Prusse » inventée par Voltaire en voyant que ce conflit a débouché sur un dénouement contraire aux intérêts des Français.

Pour en savoir plus sur cette période

– 1715 – 1789 : La France des lumières de la collection Belin Histoire de France

– Maurice de Saxe écrit par Jean-Pierre Bois (1992)

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