Série galerie des batailles (Château de Versailles) 17/33 : bataille de Lens 20 août 1648

Le grand Condé à la bataille de Lens
Le grand Condé à la bataille de Lens. Peinture de Jean-Pierre Franque exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

Épilogue de la guerre de Trente Ans

S’inscrivant également dans le contexte de la guerre de Trente Ans tout comme la bataille de Rocroi (tableau précédent de la série galerie des batailles), la bataille de Lens est le dernier affrontement de la guerre européenne la plus meurtrière du XVIIème siècle.

Après la victoire de Louis de Bourbon-Condé, duc d’Enghien (connu plus tard sous le nom de Grand Condé) face aux tercios espagnols à Rocroi mettant fin à un siècle sans victoire face à nos adversaire transpyrénéens, la France reprend l’initiative. Le duc d’Enghien assiège et s’empare dans la foulée de la forteresse de Thionville le 8 août 1643 (Moselle actuelle) qui est la plus importante de la ligne de défense espagnole.

Siège de Thionville par Condé
Siège de Thionville par Condé. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie

Début septembre de la même année, c’est sur mer que la France s’illustre lors de la bataille de Carthagène au large des cotes espagnoles. 34 navires français (dont deux frégates et 12 brûlots) affrontent 43 vaisseaux espagnols (29 navires et 14 galères). La victoire française est sans appel, 10 navires ennemis sont détruits, 2 sont capturés et près de 3000 marins sont fait prisonniers. Ce triomphe sur les mers permet à la France de contrôler la méditerranée et d’étouffer économiquement l’Espagne qui ne peut plus commercer avec l’Italie.

Malheureusement les échecs sur le front allemand (lourde défaite de Josias Rantzau à la bataille de Tuttlingen) viennent noircir le tableau. Afin de reprendre les choses en main, le commandement des armées françaises en Allemagne est confié à Henri de la Tour d’Auvergne (plus connu sous le nom de Turenne).

La France se bat sur tous les fronts

Turenne, qui accompagné du duc d’Enghien, affronte les troupes du Saint-Empire lors de la bataille de Fribourg. Cette bataille, l’une des plus meurtrière de la guerre (7500 morts de chaque coté) voit la victoire des français qui prennent le contrôle de la vallée du Rhin. Par la suite, les échecs et les succès s’enchaînent d’une telle façon qu’aucun des belligérants ne peut prendre un avantage net (Défaite des franco-saxons à Mergentheim contre les bavarois, puis succès des français face aux impériaux lors de la bataille d’Alerheim (connue également sous le nom de seconde bataille de Nordlingen), prise de Dunkerque aux espagnols suivi de la perte définitive de la Catalogne par les français).

Condé à la bataille de Fribourg-en-Brisgau
Condé à la bataille de Fribourg-en-Brisgau (1644). Lithographie en couleurs par E. Crété d’après une illustration de H. Grobet, Histoire de France, Paris, Émile Guérin, 1902.

Après la prise de Dunkerque par les français, les hollandais signent une paix séparée avec les espagnols ce qui permet à ces dernier de regrouper leurs forces et de concentrer leur armée dans les Flandres. La France doit toujours se battre sur plusieurs fronts et aidée des troupes suédoises de Carl Gustaf Wrangel, Turenne bat définitivement les bavarois lors de la bataille de Zusmarshausen (17 mai 1648) et Maximilien de Bavière doit fuir Munich.

Condé se dirige lui vers le nord de la France et plus particulièrement Lens qui a été reprise par les troupes Habsbourg dirigées par l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg. Arrivant à proximité de la ville le 18 aôut 1648, des premiers accrochages ont lieu avec ce que Condé croit être l’avant garde espagnole se rendant rapidement compte que ce sont bien toutes les troupes ennemies qui sont sur place il ordonne la retraite et les Gardes Françaises (régiment d’infanterie de la maison du Roi) placées en première ligne essuient de lourdes pertes.

Condé humilie une nouvelle fois l’armée espagnole lors de la bataille de Lens

Les deux armées se font désormais face et le Grand Condé peut aligner 16 000 hommes (10 000 soldats d’infanterie et 6000 cavaliers plus 45 canons) face à 20 000 soldats espagnols (12 000 en infanterie dont 3000 tercios et 8000 cavaliers accompagnés de 40 canons). Avant d’entamer la bataille, Condé se tourne vers ses hommes et leur dit ces seules paroles rapportées par Voltaire : « Amis, souvenez-vous de Rocroi, de Fribourg, de Nordlingen. Il nous faut vaincre ou mourir.»

La cavalerie française face aux redoutables tercios espagnols
La cavalerie française face aux redoutables tercios espagnols. Illustration d’Ugo Pinson.

Afin de ne pas faire peser trop lourdement son net infériorité numérique, Condé feint une retraite. L’archiduc tombe dans le piège et ordonne à sa cavalerie de charger. La charge espagnole est violemment repoussée par une contre offensive française qui sème la panique dans les rangs ennemis et la cavalerie s’enfuit laissant seule l’infanterie comme lors de la bataille de Rocroi.

Les fantassins espagnols qui étaient en train d’enfoncer le régiment des Gardes Françaises sont contournés par la cavalerie, et, totalement cernée, l’infanterie se rend sans combattre. C’est une véritable humiliation pour l’Espagne qui perd 8000 hommes (dont 5000 prisonniers). L’invincibilité de l’armée espagnole est bel et bien de l’histoire ancienne.

La France domine la scène européenne

Cette défaite contraint Ferdinand III, empereur du Saint-Empire, à accepter la paix et à signer les traités de Westphalie le 24 octobre 1648 qui mettent fin à cette guerre de Trente Ans. Deux traités sont signés. Le premier à Osnabrück entre le Saint-Empire, la Suède et les États allemands protestants et le second à Münster entre l’Empire, la France et les autres puissances catholiques.

Allégorie de la paix de Westphalie
Allégorie de la paix de Westphalie. Peinture de Jacob Jordaens exposée au Nasjonalmuseet d’Oslo.

Ces signatures mettent fin à la fois à la guerre de Trente Ans et à la guerre de Quatre-Vingts Ans (Entre l’Espagne et les Provinces Unies après que ces dernières se soient déclarées indépendantes). Grâce à ce traité, la France s’impose comme la puissance dominante en Europe.

Les hostilités entre la France et l’Espagne, en revanche, ne prennent pas fin et les deux puissances prolongeront les affrontements jusqu’à la signature du traité des Pyrénées qui verra la victoire définitive des Bourbons de France sur les Habsbourg.


Pour en savoir plus sur cette période :

Collection Histoire de France : Les rois absolus (1629-1715) aux éditions Belin

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