Série galerie des batailles (Château de Versailles) 13/33 : la bataille de Marignan (1515)

La bataille de Marignan 1515
La bataille de Marignan 1515. Peinture d’Alexandre Fragonard exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

Les guerres d’Italie, une lubie des rois français

Lors de l’article précédant de la série galerie des batailles je vous comptais la prise de Naples par Charles VIII (1495) pendant la première guerre d’Italie.

Ces guerres d’Italie virent les souverains Français lancer plusieurs expéditions de l’autre coté des Alpes, pour faire valoir leurs droits sur le royaume de Naples puis sur le duché de Milan, pendant les soixante ans qui suivirent la mort de Charles VIII en 1498.

Louis XII (successeur de Charles VIII à la tête de la France) focalisa sont attention sur le duché de Milan qu’il prit et perdit plusieurs fois. À sa mort, le 1er janvier 1515 une nouvelle expédition dans la péninsule italique était en préparation. François Ier (Dynastie des Valois Angoulême), le nouveau Roi de France affirma également ses prétentions sur le Milanais en faisant valoir les droits de sa femme Claude de France (fille du défunt Roi Louis XII).

Portrait de François Ier
Portrait de François Ier en tenue de sacre, par Jean du Tillet vers 1545, dans Recueil des rois de France, Paris, BnF, département des Manuscrits.

Dans cette entreprise ambitieuse pour un jeune Roi tout juste couronné, François Ier obtint le soutien de la République de Venise mais le Pape et surtout les Suisses refusèrent de lui apporter leur aide et s’opposèrent aux ambitions Françaises. Ces derniers exigeaient en effet du Roi de France qu’il s’acquitte d’une dette impayée convenue lors du siège de Dijon qui eu lieu lors de la quatrième guerre d’Italie.

François Ier franchit les Alpes

À la tête de 50 000 hommes François Ier décide de franchir les Alpes accompagné de chefs militaires prestigieux comme le connétable Charles de Bourbon, La Trémoille, La Palice et bien évidemment le chevalier Bayard.

Le Roi regroupe tout d’abord ses hommes qui viennent de plusieurs régions de France (Ile de France, Champagne, Pays Basque, Gascogne, Navarre mais aussi de nombreux mercenaires venant d’Allemagne et des Pays-Bas) à Grenoble et les place sous la direction de Bayard qui est désormais lieutenant général du Dauphiné.

L'armée française de François Ier entre en Italie
L’armée française de François Ier entre en Italie

Durant l’été, les troupes suisses occupent toutes les voies principales qui traversent les Alpes, c’est donc par une voie secondaire (col de l’Argentière), préalablement élargie à l’explosif (3000 sapeurs ont travaillé sur le chantier pour rendre le chemin praticable pour le convoi), que les Français passent cet obstacle. Il parviennent ainsi à contourner les troupes de la confédération helvétique qui, surprises, se replièrent sur Milan.

Après des négociations infructueuses et la défection d’environ dix mille confédérés (retard de paiement de la part du Duc de Milan qui ne remplissait pas ses obligations vis-à-vis de ses mercenaires), François Ier prend la direction de Milan et installe son campement dans les alentours de Marignan.

Bataille de Marignan, le Roi mène la charge

Le 13 septembre 1515, les troupes helvètes (environ 30 000 soldats) quittent la protection des murailles milanaise et après que la cavalerie ducale ait provoquée les chevaliers Français, le combat s’engage.

Sous l’effet du choc, la première ligne de l’armée Française est littéralement enfoncée et l’artillerie française est à la merci des mercenaires suisses. Pour éviter le désastre, c’est François Ier lui-même, à la tête de 200 cavaliers, qui charge l’armée ennemie et remet les troupes royales en ordre de marche. S’en suit un combat sanglant qui fait des ravages d’un côté comme de l’autre et qui ne prend fin qu’en pleine nuit, une fois la lune masquée par les nuages. Épuisés, les belligérants s’endorment sur place à seulement quelques mètres les uns des autres.

Dessin du champ de bataille de Marignan
Dessin du champ de bataille de Marignan. L’auteur Urs Graf qui était un mercenaire suisse qui fut peut être présent lors de la bataille

Le lendemain, le soleil se lève à peine quand le combat reprend. Malgré les dégâts causés par l’artillerie Française dans leurs rangs, les suisses continuent de faire reculer l’armée française. Les lansquenets allemands (ce sont des mercenaires, l’équivalent des mercenaires suisses en Allemagne) en particulier sont sur le point d’être mis en déroute quand, soudain, trois mille cavaliers vénitiens menés par Bartolomeo d’Alviano apparaissent à l’horizon.

Revigoré par l’arrivée de ses alliés, l’armée Française reprend du poil de la bête et les efforts combinés et des Français et des Vénitiens permettent d’écraser les suisses qui battent en retraite vers Milan à la fin de la matinée. Ils ont subi des pertes énormes, c’est la fin de la réputation d’invincibilité des mercenaires suisses.

Plus de dix mille suisses ont perdu la vie en quelques heures sur le champ de bataille ainsi qu’environ 5000 franco-vénitiens. C’est un carnage absolu (plus que lors de la défaite d’Azincourt cent ans plus tôt), et du jamais vu en occident depuis la fin de l’Antiquité.

François Ier adoubé par Bayard
François Ier adoubé par Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. Peinture de Louis Ducis

Les chroniques racontent que suite à la bataille, le Roi François Ier se serait fait adouber chevalier par Pierre Terrail de Bayard. Cette histoire, qui tiendrait plus de la légende, aurait été inventée à posteriori pour faire oublier que celui qui adouba François Ier lors de son sacre à Reims fut le connétable de Bourbon qui le trahira plus tard au profit de Charles Quint, ennemi juré du Roi de France.

Victoire prestigieuse mais succès éphémère

Après cette victoire retentissante, François Ier signe, le 13 octobre 1515, le traité de Viterbe avec le pape Léon X. Traité pars lequel ce dernier reconnait l’autorité du Roi sur le duché de Milan mais aussi sur Parme et Plaisance (Piacenza en italien, situé dans la région de l’Emilie-Romagne).

L’année suivante, le pape et le roi signèrent le concordat de Bologne qui place le clergé français sous la tutelle du roi (les évêques et archevêques seront désormais nommés par le roi avant d’être confirmés par le pape) et restera valable jusqu’à la révolution de 1789.

La même année, le 29 novembre, la France signe avec les cantons suisses une « paix perpétuelle » et mercenaires helvètes se mettrons même au service des rois de France. Cet accord entre les deux nations restera en vigueur jusqu’à la révolution et à l’invasion de la confédération par la république Française.

Cette victoire, aussi héroïque et prestigieuse soit-elle, ne permettra malheureusement pas à la France de s’implanter durablement en Italie. En effet, dix ans plus tard, après la défaite de Pavie où François Ier sera fait prisonnier (les armées ennemies seront dirigées par le traitre Charles de Bourbon), la France devra renoncer définitivement à ses ambitions italiennes et ne tardera pas à se déchirer dans les guerres de religion.

François Ier fait prisonnier à la bataille de Pavie
François Ier fait prisonnier à la bataille de Pavie

Si aucun profit matériel durable n’est réalisé à l’issu de cette bataille, elle aura permis à François Ier, le Roi chevalier, d’assoir sa réputation de conquérant et de combattant héroïque jusqu’à nos jours.


Pour en savoir plus sur François Ier, Marignan et les guerres d’Italie :

Les Guerres d’Italie : des batailles pour l’Europe (1494 – 1559), Jean-Louis Fournel (2003)

François Ier, Didier Le Fur (2015)

Collection Belin Histoire : les Renaissances (1453-1559) (2014)

– Bande dessinée : collection « ils ont fait l’Histoire » François Ier, éditions Glénat (2018)

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