Fin de la drôle de guerre et percée des Ardennes

Le 10 mai 1940, la drôle de guerre prend fin. En effet, rassuré sur sa frontière Est par le pacte de non agression signé avec Staline (pacte qui incluait le dépeçage de la Pologne par les deux dictatures ainsi que la remise des communistes allemands réfugiés en URSS aux nazis), Hitler se rue sur les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. La bataille de France est engagée.

L’armée allemande est divisée en deux. La Wehrmacht attaque d’un coté les Pays-Bas puis avance dans les plaines de Belgique ce qui force le gros de l’armée Française à remonter au nord pour se porter au devant des troupes nazis. Simultanément, un second groupe d’armées avec en tête de pont le Gruppe Hoth et la Panzergruppe von Kleist (unités composés principalement de chars d’assaut) lance l’attaque principale au centre de la ligne de front et passe par le point faible de la ligne Maginot jugée infranchissable : les Ardennes.

Colonne de char allemands traversant le massif des Ardennes

La Meuse est franchit dans les environs de Sedan le 12 mai au soir et le XIX Armee-Korps commandé par le général Heinz Guderian établit une tête de pont entre les rivières Bar et Ennemane et le Xe corps d’armée (CA) français du général Grandsard doit battre en retraite.

La France rate le coche par faute de coordination

Les français s’organisent pour riposter et une contre attaque est planifiée afin de repousser les allemands de l’autre coté de la Meuse. Le Xe CA prépare sa contre attaque pour le lendemain et doit recevoir le soutient du XXIe corps d’armée commandé par le général Jean Flavigny.

Mais, faute de coordination et à cause de retards dus à une transmission des informations trop lente, les troupes mettent trop de temps pour arriver sur le front et l’attaque du XXIe CA est annulée. Les troupes du Xe corps d’armée attaquent malgré tout, seules, et l’assaut est repoussé par les allemands.

Les généraux français viennent de rater là une occasion en or de mettre un point d’arrêt à l’offensive allemande. Le 14 mai, le gros de l’armée allemande se dirige vers l’ouest avec pour objectif d’atteindre la mer et d’encercler les forces françaises qui s’étaient déportée au nord pour faire face à l’invasion de la Belgique.

Le général allemand Heinz Guderian

Guderian laisse néanmoins sur place la 10e Panzerdivision et l’Infanterie-Regiment Grossdeutschland (IRGD) qui ont pour mission, afin de protéger les troupes partant vers l’ouest, d’atteindre et de conserver la ligne canal des Ardennes – Stonne – Meuse et faire face au XXI corps d’armée français.

Les supérieurs du général allemand (comme le général von Wietersheim ou le général Förster) n’avaient pas prévu qu’il s’enfonce aussi loin au sud. Guderian tenait cependant à repousser les français au maximum pour que la tête de pont soit suffisamment grande afin que le passage de la Meuse par la Wehrmacht puisse se faire sans subir les tirs d’artillerie français et éviter ainsi une contre attaque qui aurait été fatale à l’avancée allemande.

Les allemands butent sur l’armée française à Stonne

C’est donc une armée de 90 000 hommes et 300 chars appuyés par la Luftwaffe (armée de l’air allemande) qui s’avance le 15 mai à l’aube vers la ligne de défense française composée de seulement 42 500 hommes et 130 chars.

Le 67e Régiment d’infanterie (RI) et le 6e groupe de reconnaissance de division d’infanterie (GRDI) qui occupent Stonne sont repoussés les allemands qui perdent sept chars d’assaut mais le reste de la ligne de défense tient bon. La première contre attaque française ne se fait pas attendre et à 7h30 du matin, le 67e RI accompagné de chars légers reprend le village mais doit l’abandonner une demi heure plus tard faute de carburant et de munitions suffisantes.

Soldats français pendant la bataille de Stonne

À 9h c’est le 49e bataillon de chars de combat de la 3e division cuirassée (3/49e BCC) du capitaine Caravéo et ses chars lourds B1-bis qui passent à l’assaut. Ils réussissent à chasser les allemands du village mais eux aussi, faute d’appui d’infanterie doivent faire demi-tour pour ravitailler, abandonnant de nouveau le village aux allemands qui disposent cette fois d’artillerie antichar pour faire face aux tanks français.

Après avoir ravitaillé, le 49e BCC repart immédiatement à l’assaut à 10h30 mais perd trois chars face aux canon allemands. L’infanterie n’étant toujours pas là au soutient, les B1-bis doivent encore une fois quitter la première ligne pour faire le plein de carburant et de munition.

En fin de matinée les français organise enfin une attaque coordonnée d’infanterie et de cavalerie. Le 67e RI appuyé par le 51e RI et les chars des 3/49e BCC, 1/45e BCC et 2/4e BCL (Brigade de chars légers) parvient après des combats acharnés à reprendre possession du village et organise sa défense.

Une nouvelle occasion manquée…

Profitant de cette nouvelle, le XXIe corps d’armée français du général Flavigny doit préparer un offensive contre la tête de pont allemande de Sedan. Malheureusement, il met bien trop de temps pour regrouper ses forces dispersées, et, au profit d’une attaque d’infanterie massive, les allemands ont repris le contrôle de Stonne ce qui cause l’annulation de l’offensive de Flavigny.

Le premier jour de combat s’achève donc avec les allemands en possession du village, le lendemain les combats sont toujours aussi intenses et Stonne changera de camps deux fois dans la journée.

Au soir de ce deuxième jour de combat, la 10e Panzerdivision et l’Infanterie-Regiment Grossdeutschland sont relevés par les troupes fraiches du VIe Armee Korps. Le 17 mai, les combats, toujours plus acharnés, reprennent et le village change de main à chaque assaut des belligérants.

Stonne tombe finalement aux mains des allemands

Au soir du 17 mai 1940, vers 17h30, les français perclus de fatigue, tombent sous le nombre des assaillants qui ne céderont plus l’avantage. Des poches de résistance française continuent néanmoins à se battre jusqu’au 25 mai, jour où le village est totalement occupé par la Wehrmacht.

Au total, le village aura changé de mains 17 fois au cours de la bataille. Les français auront perdu 7500 hommes lors de cette bataille (mort, blessé et prisonniers de guerre soit 17 % de pertes) et auront causé des ravages dans les rangs allemands puisque ces derniers déplorent la perte de 26 500 soldats (soit 29 % de pertes).

Soldats allemands lors de la bataille de Stonne

Cette bataille marquera tous ceux qui y ont participé, en effet le général allemand Paul Wagner dira : « Il y a eu 3 batailles que je n’oublierai jamais, ce sont Stonne, Stalingrad et Monte Cassino » et les soldats allemands qui s’en sont sorti compareront l’enfer de Stonne en 1940 à celui de Verdun en 1916.

Un matériel supérieur, des soldats courageux et pugnaces mais un État-major dépassé

Malgré l’occupation finale du village de Stonne, la succès tactique est français mais il met surtout en lumière la supériorité des chars français B1 face aux panzers allemands.

Les B1 avaient en effet un blindage et un armement supérieur en tout point aux blindés ennemis. Lors de la bataille de Stonne, les allemands assisteront, médusés, à la destruction de 13 de leurs chars par un seul B1-bis (le char, commandé par le capitaine Pierre Billotte, encaissera 140 impacts sur la cuirasse de son char sans être mis hors service).

Un char d’assaut B1 bis lors de la seconde guerre mondiale

Le général Rommel qui commandait la 7e PanzerDivizion lors de la bataille de France écrira « La plupart du temps, les chars ennemis étaient supérieurs aux nôtres en matière de blindage. Le canon antichar de 37mm s’est révélé totalement insuffisant contre les épais blindages des chars français et anglais ».

Ces mastodontes avaient en revanche le défaut d’avoir une autonomie moindre et pour beaucoup pas de liaisons radio entre eux qui aurait permis une synchronisation des assauts.

Ces problème ont été amplifiés par le manque de préparation de l’état major et des voies de ravitaillement insuffisantes pour approvisionner le front.

Cette bataille est le modèle de ce qui aurait du être fait sur l’ensemble du front. Une coordination de l’infanterie de l’artillerie et des chars de combat pour lancer de violentes contre-attaques en mettant à profit la supériorité techniques des armes françaises.

Malheureusement, la très grande majorité des généraux avaient une guerre de retard et se préparaient pour une guerre de position semblable à la première guerre mondiale et furent totalement désemparés face aux mouvements rapides de l’armée allemande. Ce qui fera dire aux hauts gradés allemands : « l’effondrement de l’armée française n’est pas à imputer aux soldats mais au commandement ».


Pour en savoir un peu plus sur la bataille de Stonne et la bataille de France :

– La bataille de Stonne Ardennes 1940 de Dominique Lormier (2010)

– La bataille de France jour après jour, mai-juin 1940. De Dominique Lormier (2011)

– Panzer IV vs B1- bis France 1940 de Steven Zaloga

– Reportage de RMC découverte : Stonne : le Verdun de 1940

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