Série galerie des batailles (Château de Versailles) 21/33 : bataille de Villaviciosa (10 décembre 1710)

Tableau représentant le duc de Vendôme et Philippe V d’Espagne après la victoire de Villaviciosa en 1710. Peinture de Jean Alaux exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

Le roi d’Espagne sans héritier

À la naissance de Charles II d’Espagne (Maison de Habsbourg d’Espagne) les coures d’Europe commencent déjà à spéculer sur la durée du règne du jeune prince. En effet, c’est un enfant avec une santé fragile qui souffre d’épilepsie, de syphilis (transmise par un de ses parents) et, on le découvrira plus tard, est stérile (sans doute à cause du taux de consanguinité particulièrement élevé chez les Habsbourg d’Espagne).

Portrait de Charles II d’Espagne.

À la mort de Philippe IV d’Espagne en 1665, Charles II n’a que quatre ans et on ne lui donne que peu de temps à vivre et les grandes puissances d’Europe commencent à lorgner sur les riches possessions espagnoles. La couronne d’Espagne contrôle en effet en plus de la péninsule ibérique (sauf le Portugal indépendant depuis 1640), tout le sud de l’Italie, la Sardaigne, la Sicile, le milanais, les Pays-Bas espagnols (plus ou moins l’actuelle Belgique) mais aussi un énorme empire en Amérique (bonne partie de l’Amérique du sud et centrale, Mexique, Floride, Californie, Texas).

Bourbon et Habsbourg font valoir leurs droits au trône espagnol

Deux familles, étroitement liées à Charles II prétendent avoir les droits à l’héritage espagnol :

– la maison de Bourbon en France : en effet, Louis XIV est le petit fils de l’ancien roi espagnol Philippe III et il est marié à Marie-Thérèse d’Autriche qui est la fille de Philippe IV issue de son premier mariage. En Espagne, la loi salique n’existait pas, une femme pouvait donc hériter et transmettre le trône. Parmi ses petit fils, Louis (fils du Grand Dauphin, appelé Petit Dauphin) est destiné à devenir roi de France, le second Philippe peut en revanche hériter de la couronne d’Espagne.

– la maison de Habsbourg en Autriche, branche cadette de la maison espagnole : l’empereur Léopold Ier est le fils de Marie-Anne d’Autriche (sœur de Philippe IV, l’empereur est donc oncle de Charles II) et prétend donc également à la couronne. Son premier fils, Joseph est destiné à lui succéder à la tête de l’empire et il veut que son second, Charles, hérite de la couronne espagnole.

Portrait du Grand Dauphin. Louis de France est le fils ainé de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche. Il meurt avant son père à l’âge de 49 ans et n’aura jamais l’occasion de monter sur le trône de France.

Entre les différents protagonistes (Bourbons et Habsbourg d’Autriche auxquels viennent se rajouter le duc de Lorraine et dans un premier temps l’électeur de Bavière et le duc de Savoie) se déroulent plusieurs séries de négociations afin de dépecer l’empire espagnol. Le dernier traité signé en 1700 donnait à l’archiduc Charles l’Espagne, ses colonies ainsi que les pays-bas espagnols (les Anglais refusant absolument qu’ils tombent sous contrôle Français), tandis que le le duc de Lorraine recevrait le Milanais et le Grand Dauphin recevrait Naples, la Sicile, les présides de Toscane, Guipuscoa (pays-basque) et la Lorraine.

Le petit fils de Louis XIV désigné comme seul héritier de la couronne espagnol

Cependant, à la mort de Charles II le 1er novembre 1700, il fait du duc d’Anjou (le petit fils de Louis XIV) l’unique héritier de l’Espagne et de toute ses possessions à condition que les terres ne soient pas divisées. En effet, Charles II voulait que l’Espagne conserve son empire intact et estimait que la France en tant que royaume le plus puissant d’Europe était la seule capable d’accomplir son vœu.

Deux choix s’offrent donc à Louis XIV, soit il accepte le testament de Charles II, soit il exécute le traité de partage convenu avec les autrichiens.

Finalement, Louis XIV décide d’accepter le testament du défunt roi et présente le jeune Philippe âgé de seulement 17 ans comme le nouveau roi d’Espagne et lui signifie par lettre patente qu’il conserve ses droits sur la couronne de France. Il sera couronné sous le nom de Philippe V à Madrid.

Portrait de Philippe V d’Espagne. Peinture exposée au Musée du Prado de Madrid

Les autres puissances européennes prennent cette décision comme une provocation mais ce n’est pas la seule de la part du Roi Soleil ! En effet, il continue à soutenir les prétentions de l’ancien roi d’Angleterre Jacques II Stuart face à Guillaume III d’Orange (qui est également le gouverneur des Provinces-Unies) et occupe militairement les Pays-Bas espagnols. En effet, Philippe V, petit fils de Louis XIV et nouveau roi d’Espagne n’est pas capable de défendre les Pays-Bas car il est en proie à une guerre civile qui déchire l’Espagne entre ses partisans (la Castille) et ceux des autrichiens (le royaume d’Aragon).

Les premiers affrontements entre la France et le Saint-Empire ont lieux en Italie et ils ne sont pas à l’avantage des Français. Le maréchal Catinat est battu à Carpi le 9 juillet 1701 et le duc de Villeroy qui le remplace par la suite est battu à Carpi le 1er septembre.

L’Europe coalisée contre Louis XIV : la guerre de succession d’Espagne débute

Profitant de ces revers militaires et y voyant une faiblesse du roi Soleil, les puissances européennes se réunissent à La Haye le 1er septembre 1701 à l’initiative de Guillaume III et forment la Grande Alliance contre Louis XIV.

Cette coalition qui réunit l’Angleterre, les Provinces Unies, la Prusse, l’Autriche puis plus tard le Danemark, le Portugal et la Savoie peut réunir au total plus de 250 000 hommes et 300 navires. La France bien qu’étant le pays le plus puissant et le plus peuplé d’Europe ne peut réunir qu’environ 200 000 hommes. Elle à le soutient des princes de Bavière et de Cologne ainsi que de l’Espagne bien sûr mais cette dernière doit gérer les troubles internes causés par la succession et n’est pas en mesure d’apporter un soutient conséquent. La France affronte donc seule toute l’Europe.

Loin de s’en inquiéter, Louis XIV provoque une nouvelle fois les anglais et à la mort de Guillaume III il reconnaît Jacques III (fils de l’ancien prétendant Stuart Jacques II) comme nouveau roi d’Angleterre aux dépends d’Anne (Belle sœur de Guillaume III). La nouvelle reine d’Angleterre rompt les relations diplomatiques avec la France. Le 15 mai 1702, l’Angleterre, les Provinces-Unies et l’Autriche déclarent la guerre à la France et à l’Espagne suivit de peu par le Saint-Empire.

Que ce soit en Italie, en Allemagne ou dans les Flandres, l’armée Française, malgré des succès initiaux, est très vite débordée par les armées de la coalition qui en plus de ses troupes régulières recrute de nombreux mercenaires allemands.

La France recule sur tous les fronts

À ces défaites sur les fronts extérieurs il faut en plus ajouter la révolte des Camisards (protestants) dans les Cévennes et dans le centre de la France qui se soulèvent sous la conduite d’un berger du nom de Jean Chevalier.

Le 4 août la flotte de l’amiral anglais Rooke s’empare de Gibraltar qu’ils prennent aux espagnols et ne pourra pas être repris par les Français. Le 13 août 1704, l’armée franco-bavaroise essuie une terrible défaite infligée par les autrichiens qui ont à leur tête un prince français, Eugène de Savoie lors de la bataille de Höchstädt.

Navire britannique devant le rocher de Gibraltar, peinture de Thomas Whitcombe

Profitant des difficultés françaises, le prétendant autrichien Charles (qui s’autoproclame Charles III d’Espagne) débarque à Lisbonne et les britanniques débarquent un corps expéditionnaire à Barcelone. La ville tombe le 14 septembre 1705 et la Catalogne passe sous contrôle des coalisés et Charles III fait de Barcelone sa capitale. Le petit fils de Louis XIV se retrouve désormais pris entre deux feux et doit quitter Madrid. Le seul point positif se situe sur le front sud est où les français battent les autrichiens à Calcinato puis à Cassano et prennent Nice.

L’année suivante les défaites se poursuivent. En effet, la France est battue par les armées de la coalition, désormais renforcée par le Danemark. Les Français subissent une défaite en Belgique à Ramillies le 23 mai et John Churchill, duc de Marlborough, qui commande les troupes anglaises se rend maitre des Pays-Bas espagnols. Puis le 7 juin, le Prince Eugène de Savoie bat les français qui assiègent Turin et les force à quitter l’Italie.

Acculé, Paris menacé, Louis XIV demande la Paix

En 1707, les franco-espagnols sont enfin victorieux à Almansa (Espagne) et parviennent à repousser Eugène de Savoie qui tentait de prendre possession de Toulon. Malheureusement, le 11 juillet 1708, au nord, l’armée française est battue de nouveau par ses ennemis lors de la bataille d’Audenarde (Flandres Belges) ce qui leur ouvre les portes de France et Lille, fortifiée par Vauban, est prise après un siège de plusieurs mois qui force le duc de Boufflers à capituler.

Les frontières cèdent de toute part, la France est épuisée et en plus de ça le Grand Hiver de 1709 entraîne une chute exceptionnelle des températures qui cause le gel des semis et des famines dans tout le pays. Louis XIV ravale sa fierté et demande la paix.

Cependant la coalition, non contente d’humilier le souverain le plus puissant d’Europe, exige que Louis XIV abandonne son soutient à Philippe V mais demande aussi la collaboration du roi de France pour chasser son petit fils d’Espagne.

Puisqu’il faut faire la guerre, j’aime mieux la faire à mes ennemis qu’à mes enfants

Devant ces conditions inacceptables et humiliantes le roi Soleil refuse et déclare : « Puisqu’il faut faire la guerre, j’aime mieux la faire à mes ennemis qu’à mes enfants ». Louis XIV en appelle à la nation et lance une souscription, le roi lui même montre l’exemple et vend la totalité de sa vaisselle d’or pour financer la guerre.

Une nouvelle armée est mise sur pieds et le commandement en est confié au maréchal Claude Louis Hector de Villars. A partir de là, la roue tourne enfin en faveur des Français.

Après une campagne victorieuse dans le Piémont, Villars et ses 80 000 hommes affrontent 110 000 coalisés dirigés par Eugène de Savoie et le duc de Marlborough lors de la bataille de Malplaquet (près de Mons en Belgique) le 11 septembre 1709. Si l’armée française doit se retirer, elle à infligé des pertes si conséquentes aux anglos-prussiens (plus de 25 000 hommes contre seulement 6000 pour les français) qu’ils doivent abandonner toute idée d’invasion.

Dans le même temps, au-delà des Pyrénées, le duc de Vendôme avance ses pions et essaye d’endiguer l’avancée des coalisés qui enchaînent les victoires sur les espagnols (bataille d’Almenar le 27 juillet 1710 et de Saragosse le 20 août). Il bat le corps expéditionnaire anglais lors de la bataille de Brihuega (Guadalaraja en Espagne) le 8 décembre 1710, où, après la reddition des anglais, il fait plus de 3000 prisonniers.

La bataille de Villaviciosa

L’armée coalisée constituée de troupes anglaises, autrichiennes, portugaises et hollandaises rencontre les franco-espagnols trois jours plus tard dans les environs de Villaviciosa de Tajuña.

Aux 20 000 franco-espagnols commandés par le duc de Vendôme et le roi Philippe V, les coalisés ne peuvent opposer qu’environ 15 000 hommes et chacun des belligérants possède 23 pièces d’artillerie.

Le Duc de Vendôme. Commandant des armées franco-espagnoles lors de la batailles de VIllaviciosa

La bataille de Villaviciosa commence par un affrontement d’artillerie qui fait de gros dégâts de chaque coté. Puis l’aile droite de l’armée des Bourbon lance une charge de cavalerie commandée par le marquis de Valdecañas sur l’infanterie allemande. Par la suite, c’est la cavalerie portugaise située sur l’aile gauche des coalisés qui est enfoncée et les soldats anglais envoyés en renfort sur l’aile gauche sont tués également.

L’infanterie franco-espagnole rencontre des difficultés au centre du dispositif et doit reculer mais pendant ce temps là cavalerie du comte Aguilar lance une charge contre l’aile droite du dispositif de l’archiduc Charles de Habsbourg qui n’est pas loin de céder. L’aile droite coalisée n’évite le désastre que grâce à l’arrivée de renfort venu de leur centre et parviennent à repousser la cavalerie franco-espagnole.

Une seconde charge des dragons d’Aguilar termine le travail et détruit l’aile droite des coalisés. Pour répondre, le comte de Starhemberg lance trois charges successives contre les franco-espagnols mais, elle sont repoussées à chaque fois et ses cavaliers doivent fuir à travers la foret qui borde le champ de bataille pour échapper à la cavalerie du duc de Vendôme. Le reste de l’armée des coalisés ne tarde pas à suivre.

Après la bataille de Villaviciosa, la France et l’Espagne respirent

L’armée franco-espagnole perd environ 2000 hommes tandis que les coalisés perdent eux 3000 soldats et ainsi que toute leur artillerie et doivent abandonner le terrain au duc de Vendôme. Les troupes coalisés de l’archiduc Charles de Habsbourg poursuivent leur retraite vers Barcelone mais sont continuellement harcelées et il ne lui reste que 6000 hommes quand il arrive dans la capitale catalane.

Au soir de la bataille, le roi Philippe V, n’ayant pas de lit dans le campement, le duc de Vendôme lui dit :  « Sire, je vais vous faire donner le plus beau lit sur lequel un souverain ait jamais couché » et il fit faire un matelas avec les étendards ennemis pris lors de la bataille.

Le trône de Philippe V est sauvé et sera définitivement sécurisé l’année suivante, en 1711, lorsque l’archiduc Charles quitte l’Espagne pour devenir empereur du Saint-Empire après la mort de son frère aîné emporté par la variole.

Suite et fin de cette guerre de succession d’Espagne avec le prochain tableau de la galerie des batailles (Bataille de Denain 1712).


Pour en savoir plus :

– La guerre de succession d’Espagne : la fin tragique du Grand Siècle de Clément Oury (2020)

– 1629 – 1715 les roi absolus, collection Belin Histoire (2014)

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