Série Histoire des Sciences : Jean-François Champollion, le père de l’égyptologie

Un don pour les langues anciennes

Venant d’une famille pauvre de paysans du Dauphiné, Jacques Champollion sillonne la France en tant que colporteur avant de s’installer à Figeac (Lot). Là bas, il achète une boutique de librairie et il épouse Jeanne-Françoise Gualieu en 1773 avec qui il aura sept enfants.

Jean-François Champollion est le dernier de la fratrie et il naît à Figeac le 23 décembre 1790. Âgé de seulement cinq ans il apprend à lire seul en utilisant un missel. Son frère, Jacques-Joseph (qui deviendra lui-même égyptologue), de douze ans son aîné, prend en charge son éducation et s’aperçoit rapidement des capacité intellectuelles hors normes du benjamin de la famille.

Son frère parti pour Grenoble, Champollion le jeune (il choisira de se distinguer de cette manière de son frère aîné) entre à l’école où il s’initie au latin et au grec ancien ainsi qu’aux sciences naturelles. Bien qu’éloigné Jacques-Joseph ne l’oublie cependant pas et il poursuit son éducation via une abondante correspondance.

Portrait de Jean-François Champollion. Tableau de Léon Cogniet exposé au musée du Louvre

En 1801, Champollion quitte sa famille et rejoint son frère Jacques-Joseph à Grenoble où il arrive le 27 mars. Son grand frère commence par lui donner des cours mais cette tâche étant trop chronophage, il paye l’abée Dussert pour qu’il poursuive la formation de l’enfant.

Ayant un véritable don pour les langues, il perfectionne, au contact de l’abée, son latin et son grec mais apprend aussi l’hébreu et acquiert des rudiments d’arabe, d’araméen et de chaldéen. Il parlera au total plus d’une dizaine de langues dont la plupart sont des langues anciennes.

Passion pour l’égyptologie

Son frère et son percepteur qui sont passionnés par les mystères de l’orient lui transmettent leur goût pour l’archéologie et il développera une véritable obsession pour l’Égypte et pour les hiéroglyphes. Cependant personne n’a encore réussi à décrypter ce mystérieux langage.

En 1804, il obtient une bourse et intègre le tout nouveau lycée impérial de Grenoble puis se rend en 1807 à Paris pour poursuivre ses études (au Collège de France notamment). Champollion à compris que pour augmenter ses chances de déchiffrer l’écriture oubliée des égyptiens il doit étudier des langues proches utilisées dans l’antiquité.

Napoléon devant le sphinx pendant la campagne d’Égypte. Tableau de Jean-Léon Gérôme.

Il se lance donc à corps perdu dans l’étude de l’amharique mais surtout du copte (langue liturgique des chrétiens d’Égypte encore utilisée aujourd’hui) où il est persuadé de trouver la clef du déchiffrement des hiéroglyphes.

Après deux ans de travail acharné il émet l’hypothèse que les hiéroglyphes ne symbolisent pas seulement des sons comme c’est le cas de nôtre alphabet mais que ce sont aussi des idéogrammes et que chaque signe représente une idée. Le système hiéroglyphique est une écriture figurative symbolique ET phonétique.

Champollion : un bourreau de travail

Publiant de nombreux articles et se faisant connaître dans les milieux savants, il acquiert une certaine notoriété. En 1809, à seulement dix-huit ans, il retourne à Grenoble où il est nommé professeur adjoint d’histoire à l’université grâce à l’influence de son frère qui y a la chaire de littérature grecque et est bibliothécaire de la ville.

Champollion poursuit ses études et publie ses trouvailles dans diverses revues d’égyptologie mais en 1816, lors de la seconde restauration, lui et son frère sont obligés de quitter leur poste et de partir se réfugier à Figeac à cause de leur proximité avec les milieux impériaux et leur soutient à Napoléon Ier.

De retour à Grenoble l’année suivante, il retrouve un poste de professeur d’histoire et épouse Rosine Blanc avec qui il aura une fille en 1824.

Pierre de Rosette exposée au british museum.

Il reprend son travail sur les hiéroglyphes de manière toujours plus acharnée et étudie avec attention la pierre de Rosette. La pierre de Rosette est un fragment de stèle, originellement exposée dans un temple et qui fut détruit et ensuite utilisé comme matériau de construction après la conquête musulmane. Cette pierre, qui comporte des inscriptions en égyptien et en alphabet grec, est découverte par Pierre-François-Xavier Bouchard un soldat de l’expédition de Napoléon en Égypte.

Conscient du potentiel de cette pierre pour permettre le décryptage des hiéroglyphes, de nombreuses copies et plusieurs moulages sont faits et circulent parmi les savants européens. Transportée vers la France dans un navire qui sera capturé par les anglais au terme de la campagne d’Égypte, elle est aujourd’hui encore exposée au british museum.

La pierre de Rosette décryptée et alphabet des hiéroglyphes déchiffrés

Au début des années 1820, il s’attelle donc à la description de cette stèle. Travail titanesque qui mobilise des savants de tous les pays depuis plus de vingt ans et constitue toujours une énigme à l’époque.

Il suppose que les caractères entourés sur la stèle représentent les nom de rois et réussi à déchiffrer le nom du pharaon Ptolémée V présent sur la pierre de Rosette puis ceux de Cléopâtre sur l’obélisque de Philae, de Ramsès et Thoutmosis (sur une reproduction des temples d’Abou Simbel). Son neveu rapporte qu’il aurait eu une attaque suite à sa découverte, ce qui montre la santé fragile de l’égyptologue.

De fil en aiguille, il réussit à établir un tableau de valeur des différents signes hiéroglyphiques et à déchiffrer de plus en plus de mots égyptiens.

Tableau des signes phonétiques extrait de la « lettre à M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques »

Persuadé d’avoir enfin percé à jour ce mystère millénaire, il écrit la célèbre « lettre à M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques » où il dit : « C’est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot. » Champollion obtient enfin la reconnaissance qu’il mérite pour son travail titanesque. Il est venu à bout d’une énigme millénaire sans même avoir eu l’opportunité d’aller une seule fois en Égypte.

Enfin reconnu à sa juste valeur Champollion se rend pour la première fois en Égypte

Maintenant connu et reconnu, il parvient à financer un voyage en Italie pour étudier les collections d’artefact égyptiens du roi de Piémont-Sardaigne à Turin. Ses travaux ayant suscités l’intérêt de roi de France, Champollion reçoit la légion d’honneur en 1825 et est nommé l’année suivante conservateur en charge des collections égyptienne au musée du Louvre.

En 1828, Champollion réalise son rêve et embarque pour l’Égypte, où, après plus de 20 ans de travaux purement théoriques, il va enfin pouvoir voir de ses propres yeux les monuments qui le fascinent depuis son enfance.

Lors de cette expédition scientifique de près de deux ans, il poursuit ses études, et ramènera avec lui des dizaines de carnets de notes, de documents, et croquis et plusieurs objets pour poursuivre ses travaux en France.

Ce voyage à néanmoins usé cet homme qui tout au long de sa carrière à fait passer sa passion avant sa santé et il revient affaibli en France (il souffre de goutte, de tuberculose et probablement d’une maladie contractée en Afrique : la bilharziose)

La Grammaire égyptienne de Jean-François Champollion

À son retour, il est élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres puis obtient la chaire d’Antiquité égyptienne (crée spécialement pour lui) au Collège de France où il donne sa leçon inaugurale en 1831.

Il achève quatre volumes de dessins et de croquis portant sur les monuments étudiés pendant son expédition scientifique puis finalise son grand ouvrage : la grammaire et son dictionnaire égyptien qui synthétise tout son travail.

Affaibli, il meurt le 4 mars 1832 à seulement 41 ans et c’est son frère qui fera publier ses derniers travaux. Le père de l’égyptologie scientifique moderne est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.


Pour en savoir plus sur Champollion :

Champollion : la clé du mystère des hiéroglyphes de Léon de la Brière (2017)

Champollion l’égyptien de Christian Jacques (2017) c’est une biographie romancée.

Dictionnaire égyptien de Jean-François Champollion (réédition de l’an 2000).

Si vous aimez mes articles, n’hésitez pas à les partager sur les réseaux sociaux et à faire connaitre À la conquête de l’Histoire !

Facebooktwitterredditpinterestmail

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *