Depuis quelques semaines le nom de Colbert est revenu sur le devant de la scène, traîné dans la boue par des illettrés, qui, non content de se vautrer dans leur propre ignorance comme un cochon dans son fumier, viennent la revendiquer et l’exposer sur la place publique.

Qui était donc Colbert ? Qu’a-t-il apporté à la société française ? Qu’est ce que le code noir qui fait tant polémique ?

Éducation et début de carrière

Jean-Baptiste Colbert naît le 29 août 1619 à Reims dans une famille de négociants et de banquiers. Il suit une éducation dans un collège jésuite puis travaille ensuite à Lyon en tant qu’apprenti dans une famille de banquiers.

À 21 ans il devient commissaire ordinaire des guerres puis devient le secrétaire privé du secrétaire d’État à la Guerre avant d’être nommé conseiller du roi en 1649. En 1661, il entre au service du cardinal Mazarin qui lui confie la gestion de sa fortune, tâche qu’il accomplira pendant dix ans.

Il est en parallèle chargé par Mazarin de veiller à la gestion des finances de l’État ce qui lui permettra de dénoncer les malversations et l’enrichissement personnel de Nicolas Fouquet qui occupait le poste de surintendant des finances. Fouquet n’est cependant pas le seul à profiter de sa position pour s’enrichri, Mazarin lui aussi à acquit une bonne partie de sa fortune de cette manière.

Jean-Baptiste Colbert
Jean-Baptiste Colbert. Peinture de Philippe de Champaigne exposée of Metropolitan Museum of Arts de New-York

Sentant sa mort arriver, Mazarin recommande à Louis XIV de prendre Colbert à son service en lui disant : « Sire, je dois tout à votre Majesté, mais je m’acquitte de ma dette en lui présentant Colbert ». Mazarin meurt le 9 mars 1661, et Colbert devient intendant des finances. Peu de temps après l’arrivée de Colbert dans l’entourage du roi, il fait évincer Fouquet qui sera arrêté par d’Artagnan à Nantes en septembre 1661.

Colbert le principal ministre du Roi Soleil

Louis XIV décide de supprimer la charge de surintendant des finances pour prendre en main lui même cet aspect de l’économie. Colbert sera nommé contrôleur général des finances, fonction qu’il cumulera par la suite avec celles de secrétaire d’État de la Maison du Roi et secrétaire d’État de la Marine.

Le rôle de ministre d’État à été supprimé à la mort de Mazarin, mais Colbert est le principal ministre de Louis XIV, celui sur lequel il se repose le plus. Colbert améliore le rendement de l’impôt et il crée la Ferme générale afin de prélever de manière plus efficace (ce qui ne fut pas toujours le cas, certains fermiers généraux piochant allègrement dans les caisses, par exemple à la veille de la révolution sur un total de 120 millions de livres prélevés au titre de la gabelle, seulement 40 millions arrivaient dans les caisses de l’État).

Colbert tente de redresser les finance de l’État

Colbert a l’ambition de redresser les finances du royaume et de faire de la France une puissance industrielle et commerciale de premier plan. Pour ce faire, il met en place un système économique (le colbertisme) permettant de faire pencher la balance commerciale en faveur de la France et y rapatrier l’or en menant une politique commerciale et industrielle protectionniste : contrôle et réduction des importations, développent de l’industrie, en réformant et réglementant la fabrication et la qualité des produits de manufactures subventionnées par l’État (la manufacture des Gobelins et Saint-Gobain par exemple), augmentation de la production industrielle pour accroître les exportations.

Statue de Colbert
Statue de Colbert devant l’assemblée nationale française

Cependant la France part de loin surtout en ce qui concerne le commerce outre mer qui est largement dominé par les britanniques et les hollandais.

Afin de les concurrencer, Colbert crée la Compagnie des Indes occidentales et la Compagnie des Indes orientales en 1664. La compagnie des Indes occidentales à le monopole du commerce du sucre et l’exploitation des îles sucrières de la mer des caraïbes (Guadeloupe, Martinique, Saint-Christophe et une portion de Saint-Domingue) tandis que la compagnie des Indes orientales a le monopole du commerce dans l’océan indien où elle rapporte en métropole des épices mais aussi du thé, du café, de la porcelaine de Chine et de la soie. Cette dernière crée également des comptoirs en Inde comme Pondichéry ou Chandernagor mais aussi à l’embouchure du Mississipi pour faciliter les échanges et le commerce.

En parallèle du développement du commerce maritime, il développe la Marine Royale, qui était laissée à l’abandon, pour protéger les nouvelles voies maritimes. Les ports de Toulon (flotte du Levant) et de Brest (flotte du Ponant) sont agrandis et modernisés et il en crée de nouveaux à Rochefort et Lorient.

La Royale devient une force sur laquelle la France peut compter et que ses ennemis ne peuvent désormais plus ignorer : d’une vingtaine de vaisseaux en 1661, la Royale en dispose de plus de 270 six ans plus tard.

Colbert soutient les arts, les lettres et la recherche scientifique

Colbert fut également un grand défenseur des arts et lettres, il fonde en effet les académies de peinture et de sculpture, des belles lettres, l’Académie royale de musique, l’Académie d’architecture et bien d’autres.

La recherche n’est pas laissée pour compte puisqu’il crée également l’Observatoire de Paris et l’Académie royale des sciences de Paris en 1666 qui réunit des astronomes, physiciens, chimistes, botanistes anatomistes.

Jean-Baptiste Colbert
Jean-Baptiste Colbert en tenue de l’ordre du Saint-Esprit. Peinture de Claude Lefebvre exposée au châteaux de Versailles.

Les académiciens sont nommés par le roi et perçoivent une pension pour financer leurs recherches sur lesquelles ils doivent rendre compte tous les ans.

Colbert meurt le 6 septembre 1683 à Paris, tombé en disgrâce auprès du roi à cause de sa volonté de limiter toujours plus les dépenses royale, il refuse de recevoir Louis XIV sur son lit de mort et aurait prononcés les phrases suivantes : « J’ai tout donné de moi au roi, qu’il me laisse au moins ma mort » et « si j’avais fait pour Dieu tout ce que j’ai fait pour cet homme, je serai sauvé dix fois ! ».

État de l’esclavage dans le monde au XVIIème siècle

L’esclavage est interdit en France depuis le 3 juillet 1315 après la publication d’un édit par le roi Louis X le hutin qui indique « le sol de France affranchit l’esclave qui le touche ».

Toléré par l’Église en occident jusqu’aux alentours de l’an mil à condition que les esclaves soient baptisés et bien traités, l’esclavage devient rapidement inacceptable pour les contemporains du haut moyen-âge. Il réapparaîtra de manière très limitée dans les régions méditerranéennes en contact avec le monde musulman qui pratique l’esclavage et la traite sans aucune arrière pensée. En effet, 1 million d’habitants d’Europe occidentale sont enlevés entre le XVIe et XVIIIe siècle par les barbaresque d’Afrique du Nord et 3 millions en Europe orientale et dans les Balkans enlevés par les ottomans sur la même période.

Esclave blanche vendue sur un marché musulman
Esclave blanche vendue sur un marché musulman. Peinture de Léon Gérôme exposée au Clark Art Institute de Williamstown (MA, USA)

La traite des noirs par le monde musulman qui dure du VIIe siècle au XXe siècle concerne elle 20 millions de personnes. Tout d’abord razziés par les tribus noires à la solde des marchands musulmans les prisonniers traversent le désert du Sahara pour être vendus sur les marchés aux esclaves d’Afrique du nord ou du proche Orient (les hommes sont systématiquement castrés avant d’être vendus).

Beaucoup des tribus d’Afrique noire vivent cependant déjà dans des société structurées traditionnellement autour de l’esclavage, avant même l’arrivée des trafiquants arabes. En effet, les premiers explorateurs occidentaux estiment qu’un quart des habitants du Sahel étaient des esclaves où des travailleurs forcés.

L’esclavage dans les caraïbes et le Code noir

Après la découverte et la colonisation des terres d’Amérique, les propriétaires des plantations de canne à sucre des Antilles ont besoin de main d’œuvre pour travailler dans les îles nouvellement cultivées.

S’inspirant de la traite industrielle que les musulmans pratiquent depuis des siècles, ils achètent des esclaves razziés et vendus par des tribus locales d’Afrique équatoriale et les transportent de l’autre côté de l’atlantique. C’est le début du commerce triangulaire.

Loin de la métropole et sans supervision réelle, l’esclavage s’installe dans les colonies françaises via un trafic illégal qui devient vite hors de contrôle. Les propriétaires d’esclave profitent de l’absence de législation et de régulation pour tirer partie de la situation et s’enrichir toujours plus.

Le roi Soleil ne peut abolir l’esclavage dans ces colonies bien trop éloignées de la métropoles où il risquerait des rébellions de la part de la riche bourgeoisie qui vit du commerce triangulaire et des colons sur place qui seraient tentés de livrer les îles à sucre aux anglais (comme ce fut le cas de la Martinique en 1794) qui eux pratiquent l’esclavage sans restriction.

Edition de 1724 du Code noir
Édition de 1724 du Code noir

Conserver ce statu quo reviendrait à autoriser tous les abus de la part des propriétaires de plantation sucrière. Pour y remédier, Louis XIV demande alors à Colbert, en sa qualité de secrétaire d’État à la Marine et aux colonies, d’élaborer un arsenal juridique qui permettrait de réglementer la pratique de l’esclavage et d’encadrer les relations maîtres-esclaves afin d’éviter les abus : il écrira l’édit sur la police des esclaves.

Ce texte décrit les droits et les devoirs des esclaves : les esclave étant considéré comme des personnes humaines, dotées d’une âme et susceptibles de salut (sic) les propriétaires ont l’obligation de les baptiser et de les instruire (article 2), de les nourrir et vêtir convenablement (articles 22 et 25) ils ont également l’obligation de s’occuper des esclaves malades ou âgés qui ne peuvent plus accomplir leurs tâches habituelles (article 27).

Le texte décrit et réglemente également les châtiments corporels, qu’encourent les esclaves en cas de fuite, de vol, de tentative de meurtre sur un autre esclave ou un colon. Ces punitions vont du coup de bâton à la condamnation à mort. Les peines plus graves, l’amputation d’une oreille ou d’un « jarret » (article 38), le marquage au fer chaud de la fleur de lys et la mort sont prévues en cas de condamnation par une juridiction pénale, et appliquées par un magistrat, non par le maître lui-même.

L’article 43 de l’édit sur la police des esclaves définit également des punitions envers les propriétaires excessifs afin, encore une fois, de limiter les abus. Les esclaves ont également le droit de se marier (article 10) et leur propriétaire ne peut pas leur imposer un mariage (article 11).

L’affranchissement est autorisé et suit des règles précises et strictes. Les esclaves peuvent être affranchis par leur propriétaire (article 55) et dans ce cas ils n’ont pas besoin de lettres de naturalisation pour être français, même s’ils sont nés à l’étranger (article 57). De plus, l’affranchissement est de droit si les esclaves sont désignés légataires universels de leur maître (article 56).

La rédaction du texte, inachevé à sa mort, est poursuivie par son fils et successeur le marquis de Seignelay. Il est publié en 1685, sous le nom: Édit du Roi sur la police de l’Amérique française. Amendé plusieurs fois, il sera appelé plus tard «Code noir».

Le Code ne fut donc pas une régression et comme certains le prétendent. Si l’esclavage fut une pratique absolument condamnable, ce texte fut un moyen de réguler et d’encadrer une pratique qui était hors de contrôle afin d’en éviter les abus.


Pour en savoir plus sur Colbert :

Colbert écrit par Inès Murat (1980)

Jean-Baptiste Colbert : le bâtisseur écrit par Anne Cauquetoux (2019)

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