Série galerie des batailles (Château de Versailles) 4/33 : Le comte Eudes défend Paris contre les Normands.

Le comte Eudes défend Paris lors d'une des attaques normandes
Le comte Eudes défend Paris lors d’une des attaques normandes. Peinture de Jean Victoire Schnetz exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles

Ce tableau dépeint le siège de Paris par les Normands entre 885 et 887. Généralement connus sous le nom de Vikings, ces hommes sont en fait des explorateurs, pillards et guerriers des peuples scandinaves. J’utiliserai les deux mots sans distinction dans le texte à venir, à savoir que le terme Danois était également utilisé au Moyen Âge.

Raids vikings sur le royaume Franc

Les premiers raids Vikings sur l’Empire carolingien ont lieu sous Charlemagne et se poursuivent pendant tout le IXe siècle et prennent fin au début du XIe siècle. Ils établissent des têtes de pont à l’embouchure des fleuves principaux (la Seine notamment) qu’ils remontent avec leurs fameux drakkars pour piller les villes et monastère francs. Le mot drakkar utilisé en français est apparu en 1840 dans « Archéologie Navale » d’Auguste Jal. Ce mot n’était pas utilisé par les Normands pour désigner leurs bateaux, ce terme vient sans doute de dreki (dragon) qui désignait les figures sculptées à la proue des navires et qui représentait souvent un dragon.

La défaite des Vikings infligée par Alfred (Roi du Wessex) à Ethandun en Angleterre met fin à la relative tranquillité qui régnait dans l’Empire carolingien entre les années 870 et 880. De 879 à 883 il pillent et ravagent la Somme et les Flandres. Louis III, Roi des Francs, les repousse à la bataille de Saucourt en Vimeu en 881.

Enlèvement d'une femme par des guerriers vikings
Enlèvement d’une femme par des guerriers vikings au IXe siècle. Tableau d’Évariste Vital Luminais

Ses successeurs Carloman II et Charles le Gros auront moins de succès et prendront eux le parti de payer les Normands pour qu’ils quittent les villes occupées (12000 livres pour qu’ils quittent Amiens en 884). Certains d’entre eux restent néanmoins sur le continent (Louvain), une expédition est menée contre eux et se solde par un nouvel échec. En réaction les Normands décident de lancer une attaque de grande ampleur sur la Francie occidentale.

Plusieurs groupes venus de Louvain et d’Angleterre se regroupent sous le commandement de Sigfried et Rollon à Amiens (entre 30 et 40 000 hommes) qui est assiégée et tombe rapidement.

Assaut et siège de Paris

Après avoir pris Amiens, les Danois remontent le fleuve le long duquel ils affrontent des petites forces franques qui sont défaites facilement avant d’arriver devant Paris.

Le récit du siège de la ville nous est rapporté par le moine Abbon de Saint Germain des prés.

Le premier assaut est lancé le 26 novembre 885 contre le Grand Châtelet. La ville qui dispose d’un dispositif de défense efficace est défendue par Eudes, le comte de Paris, et l’évêque Gauzlin. Ne parvenant pas à passer outre les défenseurs, les vikings décident d’assiéger la ville.

siège de Paris par les vikings
Gravure représentant le siège de Paris par les vikings

Les défenseurs comme les assiégés mettent à profit le temps libre pour construire des engins de siège. Deux mois plus tard, le 31 janvier 886, les Normands lancent trois groupes à l’assaut de la ville. L’attaque est menée à la fois par la terre et par le fleuve sans qu’ils n’arrivent pour autant à vaincre les Francs qui repoussent toutes les attaques. Un nouvel assaut est lancé le lendemain sans plus de succès et le 3 février les Vikings retournent dans leur campement.

Sigfried et une partie de ses hommes décident d’aller piller l’est du royaume (région de Reims) pendant que le siège se poursuit. D’autres villes comme Chartres, Évreux ou Le Mans sont également attaquées. L’évêque Gauzlin meurt d’une épidémie qui fait rage dans Paris le 16 avril. Le 28 mai, Eudes quitte la ville secrètement pour aller demander de l’aide à l’empereur Charles le Gros. A son retour, il doit forcer les lignes ennemies pour regagner Paris.

Fin du siège et fin de règne pour Charles le gros

L’empereur se met en marche fin juillet et arrivé péniblement à Paris au mois de septembre. Entre temps, la ville avait vue ses défenses rompre et une église de la ville avait été pillée. Les vikings quittent la ville à l’arrivée des troupes impériales de Charles le gros. Il refuse néanmoins de les combattre et leur propose une nouvelle fois une somme d’argent importante pour qu’ils abandonnent le siège. Il les autorise également à aller piller la Bourgogne (province alors révoltée contre l’Empire). Les scandinaves pilleront également Soissons, Melun, des abbayes de la région de Sens. Ils finiront par quitter la région une fois le tribut payé par l’empereur franc.

Après ces événements, la réputation de Charles le Gros est grandement entamée, il paye son comportement lâche et est destitué par les Grands du Royaume. C’est Eudes (Roi Robertien, dynastie ancêtre des capétiens) qui a prouvé son courage lors du siège qui est élu roi de Francie occidentale en 888 au détriment du carolingien Charles le simple. Ce dernier succédera néanmoins à Eudes à sa mort en 898. Plusieurs rois de la dynastie robertienne seront couronnés alternativement avec les carolingiens tout au long du Xeme siècle avant la fin définitive de la dynastie carolingienne et l’avènement d’Hugues Capet (descendant d’Eudes) en 987.

Du côté scandinave, les attaques sont moins fréquentes après le siège de Paris, les raids se poursuivent néanmoins sur des abbayes le long de la Seine. Les Danois seront battu en 911 lors du siège de Chartres, Charles le simple, négocie alors avec Rollon, leur chef, et lui propose le territoire de la basse vallée de la Seine en échange de sa protection contre de futures attaques vikings.

Baptême de Rollon
Baptême de Rollon par l’archevêque de Rouen

Ce territoire deviendra le duché de Normandie (Étymologiquement : Pays des hommes du Nord) et le Duc un vassal du Roi Franc. Très vite intégrés au royaume Franc et adoptant sa langue et ses coutumes, les chefs normands sont acceptés sans trop de mal par la population locale. C’est, Guillaume le conquérant, le descendant de Rollon, qui 200 ans plus tard, rassemblera derrière lui tout une partie de la noblesse française pour partir à la conquête de l’Angleterre.


Pour en savoir plus sur les raids vikings :

Vikings : des premiers raids à la création du duché de Normandie écrit par Jean Renaud (2016)

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