Série galerie des batailles du Château de Versailles (12/33) : Entrée de Charles VIII à Naples (12 mai 1495)

Entrée de Charles VIII à Naples en 1495. Peinture d’Éloi Firmin Féron exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

La situation confuse à la tête du royaume de Naples

Jusqu’en 1442 ce sont des Rois issus de la maison d’Anjou (branche cadette des Capétiens qui, eux, règnent en France) qui sont à la tête du Royaume de Naples.

Portrait de René d’Anjou. Peinture de Nicolas Froment exposée au musée du Louvre

À partir de cette date, c’est Alphonse V, Roi d’Aragon (Nord Est de l’Espagne) qui prend le contrôle du Royaume de Naples après quatre ans de guerre. René d’Anjou qui avait hérité du royaume napolitain en 1435 est évincé de son trône. Celui qu’on appelle le « Bon Roi René » n’aura de cesse de vouloir récupérer son trône jusqu’à sa mort en 1480 (il meurt à Aix en Provence).

Portrait de Charles VIII
Portrait de Charles VIII. Peinture de Jean Pérréal exposée au musée Condé de Chantilly

À la mort de l’angevin, ses droits sur le royaume de Naples sont alors transférés au Royaume de France où Louis XI occupe le trône jusqu’en 1483 date à laquelle la couronne passe à son fils Charles VIII.

Charles VIII revendique ses droits sur la couronne de Naples et lance l’expédition italienne

Charles VIII s’assure de la neutralité des autres puissances européennes (Angleterre, Saint Empire et Espagne) en signant, au prix fort, des traités avec celles-ci au début des années 1490. Après des années d’attente et de préparation, le Roi de France se met en marche pour l’Italie le 25 janvier 1494 à la tête de son armée (environ 20 000 hommes).

La péninsule italique en 1494
La péninsule italique en 1494

Dans une Italie morcelée (il y a à l’époque 15 royaumes/républiques qui se partagent la péninsule), le projet de Charles VIII est soutenu à la fois par la famille Sforza qui dirige le duché de Milan (qui a poussé le Roi de France à entreprendre cette expédition par peur que Naples ne s’allie avec Venise) mais aussi par Giuliano della Rovere (futur Pape Jules II) qui comptait sur l’appui des Français pour évincer le pape Alexandre VI Borgia.

Le 2 septembre 1494, Charles VIII franchit les Alpes et est accueilli triomphalement à Milan puis avance rapidement pour atteindre Asti (Piémont) le 9.

En parallèle, une armée franco-milanaise commandée par Louis d’Orléans défait une armée de 5000 aragonais qui venait juste de débarquer à Gênes qui sera, elle, prise le 6 octobre.

Entrée de Charles VIII à Florence
Entrée de Charles VIII à Florence le 17 novembre 1494. Peinture de Giuseppe Bezzuoli exposée au palais Pitti de Florence.

L’armée Française poursuit sa route vers Naples et sème la terreur sur son chemin, tant et si bien qu’une fois arrivée devant Florence, celle-ci se rend sans combattre le 17 novembre 1494. Charles VIII y est accueilli favorablement par le moine florentin Savonarole qui est intégriste qui dénonce la dépravation du clergé et est un fervent adversaire du Pape Alexandre VI Borgia, connu pour sa débauche et ses mœurs pour le moins douteuses.

Entrée triomphale de Charles VIII à Naples

Sur la route de Naples, l’armée Française arrive à Rome le 31 décembre. La ville éternelle sera également pillée jusqu’à ce que le Pape se décide à donner son soutient au Roi de France. L’armée Française étant largement supérieure à celle des napolitains, le Roi de Naples, Ferdinand II d’Aragon abandonne la ville et l’armée Française y pénètre mi-février.

Charles VIII y arrivera plus tard et fera une entrée triomphale à Naples le 12 mai 1495 (Tableau de la galerie des batailles du château de Versailles).

Charles VIII reçoit la couronne de Naples
Charles VIII reçoit la couronne de Naples. Peinture de Francesco Bassano le Jeune exposée au musée des Beaux-Arts de Lyon.

Les habitants de la ville qui abhorraient les Rois aragonais voient dans un premier temps l’arrivée des Français d’un bon œil. Les soldats profitent des largesses de la ville et c’est l’occasion (si on veut) pour eux de contracter un mal jusqu’alors inconnu (du moins dans sa forme la plus agressive) : la syphilis, maladie ramenée des Amériques fraichement découvertes.

Le comportement arrogant de l’armée Française agace cependant vite les habitants qui deviennent de plus en plus hostiles.

Trahison du duc de Milan et Ligue de Venise

Par ailleurs, une alliance se crée dans le nord à l’instigation du Pape Alexandre VI.

La coalition anti-française, qui prend le nom de la Ligue de Venise, rassemble Ferdinand II d’Aragon, Isabelle de Castille (malgré la signature d’un traité signé entre l’Espagne et la France), les États pontificaux, la république de Venise, Maximilien Ier (empereur du Saint-Empire) mais aussi Ludovic Sforza qui s’est retourné contre Charles VIII.

Portrait de Ludovic Sforza
Portrait de Ludovic Sforza par Giovanni Ambrogio de Predis.

La trahison de Sforza est d’autant plus difficile à accepter pour le roi de France que c’est lui qui avait poussé Charles VIII à entreprendre cette expédition.

Le Roi de France désormais pris au piège décide de quitter Naples le 20 mai 1495 avec la plus grosse partie de son armée et laisse dans la ville une garnison dirigée par Gilbert de Montpensier qui porte le titre de Vice-Roi de Naples.

La bataille de Fornoue et la Furia Francese

Maintenant entouré de seulement 9000 soldats, le retour de Charles VIII en France s’annonce compliqué. Après une traversée difficile des Apennins (chaine de montagne qui traverse l’Italie du Nord au Sud), le Roi se retrouve, le 5 juillet, face à l’armée coalisée forte de 35 000 hommes et commandée par le marquis de Mantoue.

Ne pouvant pas faire demi-tour, et l’armée ennemie refusant de le laisser poursuivre son chemin vers la France, Charles VIII est obligé d’accepter le combat.

Charles VIII et Bayard
Charles VIII (en armure et à cheval) lors de la bataille de Fornoue. Le jeune chevalier Bayard lui rapporte comme prise de guerre l’étendard de François II de Gonzague, marquis de Mantoue, qui commande l’armée de la Ligue de Venise.

Le 6 juillet s’engage la bataille de Fornoue et au prix d’un effort et d’un courage incroyable, les Français arrivent à repousser les coalisés et à se frayer un passage.

La cavalerie Royale Française s’illustre tout particulièrement, et, impressionnés par la fougue, la détermination et le courage des Français, les Italiens baptisèrent cette réaction du nom de furia francese (expression encore utilisée aujourd’hui).

Le Roi lui-même combat en première ligne et risquera par deux fois de se faire capturer. Après cette défaite, l’armée coalisée est obligée de se retirer vers Parme et laisse ainsi le passage libre aux Français qui arrivent épuisés et sans aucun vivre à Asti où Louis d’Orléans (cousin du Roi) est assiégé par 30 000 soldats de Ludovic Sforza.

Charles VIII vient au secours de son cousin et signe un traité avec les lombards le 9 octobre. Louis d’Orléans quitte la ville avec ses 5 500 hommes (majoritairement des mercenaires suisses) dont la majorité mourrons peu après la fin du siège des suites des privations subies.

Nouvelle trahison milanaise et perte de Naples

Pendant ce temps, le vice-roi de Naples fait tout son possible pour conserver la ville où ils sont assiégés par Ferdinand II.

Le comte de Montpensier attend les renforts qui doivent venir de France acheminés par une flotte milanaise mais Ludovic Sforza ne tient pas son engagement (encore !) et l’armée Française est contrainte de quitter Naples pour Salerne (Campanie).

Les mercenaires qui composent la majorité des effectifs (allemands et italiens principalement) font défection et les Français sont obligés de capituler et mourront de faim en captivité.

Gilbert de Montpensier
Gravure représentant le Vice-Roi de Naples, Gilbert de Montpensier

Malgré la signature du traité de Barcelone entre l’Espagne et la France au début de l’expédition, l’Espagne a rejoint la ligue de Venise et profite de l’engagement Français en Italie pour lancer plusieurs attaques contre le Languedoc qui sera occupé jusqu’au début de l’année 1497.

Jusqu’à sa mort prématurée en 1498 (une mort suite à un choc à la tête en passant une porte basse…) Charles VIII rêvera de prendre sa revanche et de reconquérir le royaume de Naples.

Cette première expédition en Italie est donc un échec cuisant pour la France qui malgré quelques victoires marquantes et la prise éphémère de Naples se retrouve amoindri à la sortie du conflit.

Jusqu’à Henri II en 1559 tous les successeurs de Charles VIII (Louis XII, François Ier et Henri II) entreprendront des expéditions dans la péninsule italique.

Cette première guerre pour le contrôle de Naples est le prélude de ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de guerres d’Italie (onze expéditions Françaises menées entre 1494 et 1559).

Pour en savoir plus sur les guerres d’Italie et la Renaissance de manière générale :

Les Renaissances (1453-1559), collection Belin Histoire

Les Guerres d’Italie : des batailles pour l’Europe (1494-1559), Jean-Louis Fournel, Jean-Claude Zancari (2003)

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