Série galerie des batailles (Château de Versailles) 15/33 : Entrée d’Henri IV à Paris (22 mars 1594)

Entrée d'Henri IV à Paris
Entrée d’Henri IV à Paris. Tableau de François Gérard exposé dans la galerie des batailles du château de Versailles.

Crise de succession sur fond de guerre de religion

En 1584, le frère du roi de France, François de France, meurt sans héritier. Henri III n’ayant pas non plus de descendance et les femmes ne pouvant ni régner ni transmettre le droit de régner (loi salique) il envisage de confirmer en tant qu’héritier légitime Henri de Navarre.

Henri III
Henri III roi de France. Portrait au crayon par Jean Decourt.

Les guerres de religion (huit conflits entre 1562 et 1598) font rage depuis vingt ans en France et la confirmation d’Henri de Navarre comme futur monarque ravive les tensions car ce dernier, contrairement à la majorité des français, est un adepte de la reforme protestante.

L’Espagne finance la révolte

C’est bien entendu inacceptable pour les nobles catholiques qui craignent que le futur roi ne veuille imposer sa religion à tout le royaume comme ce fut le cas dans certains états du Saint Empire. Le 31 décembre 1584, les Guise qui dirigent la Sainte Ligue Catholique signent le traité de Joinville avec l’Espagne et conviennent que le futur roi de France sera le cardinal Charles de Bourbon (oncle du futur Henri IV).

Duc de guise
Henri de Lorraine, Duc de Guise, dit le Balafré. Chef de la Ligue

Le soutient financier important (50 000 écus par mois) du roi d’Espagne Philippe II permet à la ligue d’entretenir une armée importante mais qui doit se battre sur plusieurs fronts (La Rochelle, la Guyenne mais aussi l’est de la France qui est sous la menace de l’intervention des protestants allemands).

Affrontements stériles entre catholiques et protestants

Pour essayer de contrôler la Ligue dont la puissance ne cesse de croître, le roi de France, Henri III s’en déclare le chef et publie peu de temps après l’édit de Nemours (18 juillet 1585) qui interdit le culte protestant et déchoit Henri de Navarre et le prince de Condé (chef du parti protestant) de leurs droits. La publication de cet édit met le feu aux poudres et la guerre reprend rapidement.

Malheureusement pour les deux camps, aucun n’arrive à remporter une bataille décisives, et si Henri de Navarre inflige de lourdes pertes aux troupes royales lors de la bataille de Coutras (22 octobre 1587), ses alliés allemands sont battus par deux fois par le duc de Guise à Vimory puis à Auneau (26 octobre et 24 novembre 1587).

journée des barricades en 1588
Gravure du Duc de Guise lors de la journée des barricades de Paris le 12 mai 1588

Craignant toujours de voir le protestant Henri de Navarre accéder au trône de France, les parisiens se révoltent le 12 mai 1588 lors de la journée des barricades et se rangent derrière le duc de Guise qui est revenu à Paris et le roi à du quitter la ville qui lui devient toujours plus hostile au fil des jours.

Le coup de majesté d’Henri III

En décembre de la même année, les états généraux sont réunis à Blois et le roi Henri III profite de la présence du duc de Guise et de son frère le cardinal Louis de Lorraine pour les faire assassiner.

Coup de majesté d'Henri III
Henri III poussant du pied le cadavre du duc de Guise. Peinture de Charles Durupt exposée au musée des beaux-arts de Blois

Apprenant la nouvelle de ce « coup de majesté », la Sainte Ligue rompt tout contact avec Henri III et désigne le duc Charles de Mayenne (frère des deux victimes) comme chef. Afin de sauver son trône, Henri III n’a d’autre choix que de se réconcilier et de s’allier avec les protestants et leur chef Henri de Navarre (le prince de Condé qui était le chef de la faction protestante est mort en 1588 dans des circonstances douteuses, sa femme mais aussi Henri de Navarre sont soupçonnés de l’avoir fait empoisonner).

Henri III assassiné, Henri de Navarre occupe le trône de France

Henri III et Henri de Navarre font front commun et assiègent Paris en juillet 1589 mais le 1er août le roi de France est poignardé à Saint-Cloud par Jacques Clément un moine dominicain fanatique. Il meurt de ses blessures le lendemain mais confirme Henri de Navarre comme son successeur et avant de passer l’arme à gauche lui conseille de se convertir à la religion de la majorité des français.

Assassinat d'Henri III par Jacques Clément
Assassinat d’Henri III par Jacques Clément. Peinture d’Hugues Merle exposée au musée du château de Blois

Henri IV désormais roi de France refuse cette fois d’abjurer le protestantisme (il changera tout de même de religion un total de six fois dans sa vie) mais déclare qu’il respectera la religion catholique. Les protestants les plus intransigeants y voient un signe de faiblesse et beaucoup quittent l’armée royale qui passe de 40 000 à 20 000 hommes obligeant Henri IV à lever le siège de Paris.

La Ligue, qui de son coté contrôle tout le nord de la France et peut toujours compter sur le soutien du roi d’Espagne, refuse de reconnaître un roi protestant et proclame le cardinal de Bourbon comme roi de France. Ce dernier meurt en mai 1590 et laisse les membres de la Ligue sans véritable figure à qui se rallier.

Sur ces entrefaites, Henri IV qui a battu plusieurs fois les armées de la Ligue (notamment lors de la bataille d’Arques le 29 septembre 1589 où les 12 000 hommes de l’armée royale défont 35 000 ligueurs) rassure et rassemble de plus en plus de nobles catholiques qui se rangent derrière son fameux panache blanc.

Henri IV à la bataille d'Arques
Henri IV à la bataille d’Arques en septembre 1589

Henri IV se rend petit à petit maître des régions jusqu’alors contrôlées par la Ligue tout en prenant soins de ne pas détruire les églises ni de ravager les campagnes afin de ne pas s’aliéner la population.

Le roi assiège plusieurs fois Paris mais ne peut s’en rendre maître à cause du ravitaillement fourni par les espagnols. C’est d’ailleurs à Paris,en 1593, que se réunissent les États généraux de la Ligue afin d’élire un nouveau souverain de France. Plusieurs prétendants voudraient bien ceindre la couronne, l’infante d’Espagne (petite fille du roi Henri II de France), le duc de Savoie, le duc de Lorraine mais aussi des membres catholiques de la famille des Bourbons. Faute d’un choix évident, les États généraux décident de négocier avec Henri IV avec qui ils obtiennent une trêve.

Nouvelle conversion et entrée d’Henri IV dans Paris

Après des négociations qui s’ouvrent à Suresnes, comprenant qu’il ne sera jamais accepté comme roi de France s’il reste protestant, Henri IV annonce sa conversion au catholicisme. Le roi abjure officiellement le protestantisme le 25 juillet 1593 dans la basilique de Saint-Denis puis afin d’accélérer le ralliement des gouverneurs des provinces, il multiplie les promesses et les cadeaux (pour un total de 25 millions de livres).

Abjuration d'Henri IV en la basilique de Saint-Denis
Abjuration d’Henri IV en la basilique de Saint-Denis le 25 juillet 1593. Peinture de Nicolas Baullery exposée dans le musée d’art et d’histoire de Meudon.

Après avoir assiégé puis enlevé Dreux, Henri IV, faute de pouvoir se rendre à Reims, est sacré à Chartres le 27 février 1594 (c’est l’un des rares rois de France à n’avoir pas été sacré à Reims).

La paix !

Suite à des négociations secrètes, le roi obtient du gouverneur de Paris (Charles de Cossé, comte de Brissac) qu’il lui ouvre les protes de la ville. Il entre enfin dans Paris le 22 mars 1594 où, le roi en pourpoint de satin blanc, distribue des billets portant le pardon royal.

Le peuple voyant enfin la fin de cette guerre civile tombe à genoux sur le passage du roi et crie « La paix ! La paix ! ».

Entrée triomphale d'Henri IV à Paris
Entrée triomphale d’Henri IV à Paris le 22 mars 1594. Peinture de Peter Paul Rubens exposée au musée des Offices de Florence.

L’indulgence du roi à laquelle il faut ajouter l’absolution accordée par le Pape Clément VIII le 17 septembre 1595 lui permet de se rallier la quasi totalité de la noblesse et de la population.

L’armée de la Sainte Ligue sera battue de façon définitive lors de la bataille de Fontaine-Française. Cependant les espagnols qui contrôlent toujours quelques villes dans le pays (Amiens notamment) ne seront définitivement expulsés de France qu’en 1598 lors de la signature de la paix de Vervins.

Portrait d'Henri IV en Mars
Portrait d’Henri IV assimilé au Dieu de la guerre Mars après sa victoire contre la Ligue. Tableau de Jacob Brunel exposée au château de Pau.

La fin des guerres de religion sera entérinée par la signature de l’édit de Nantes (13 avril 1598) qui concrétise la paix entre protestants et catholiques. Cette guerre fratricide aura ravagé la France pendant près de 40 ans.


Pour en savoir plus sur Henri IV et les guerres de religion :

Henri IV et la France réconciliée de Gonzague de Saint Bris (2009)

Histoire et dictionnaire des guerres de religion 1559-1598 d’Arlette Jouanna et Jacqueline Boucher (1998)

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