Une jeunesse entourée de scientifiques

Série Histoire des Sciences : Irène Joliot-Curie Irène Curie, la fille de Pierre et Marie Curie, naît le 12 septembre 1897 dans le 13e arrondissement de Paris. Sa famille doit faire face à une tragédie le 19 avril 1906 lorsque son père, Pierre, lauréat du prix Nobel de Physique, meurt renversé par un camion hippomobile.

C’est donc sa mère, Marie, une des plus grandes scientifiques du XXe siècle qui prend son éducation et celle de sa sœur (Denise-Eve née en 1904) en main. Doutant des capacités de l’éducation nationale à instruire ses enfants, Marie Curie organise pour ses filles et les enfants de ses collègues et amis (Jean Perrin, Edouard Chavannes, Paul Langevin, tous de grands scientifiques) une coopérative d’enseignement.

Photo de Marie Curie et de ses deux filles
Photo de Marie Curie et de ses deux filles

Cette éducation, dispensée par des universitaires mêle instruction scientifique, expériences, visites de musée et spectacles mais aussi une éducation physique (en gymnastique notamment). Irène complétera par la suite son cursus par des cours pris au collège privé de Sévigné où elle se révélera être excellente en sciences comme en mathématiques puis obtiendra son baccalauréat en 1914.

Les Curie participent à l’effort de guerre

Irène sort peine sortie du lycée que la première guerre mondiale éclate. Ne voulant pas rester sans rien faire et voulant participer à l’effort de guerre français, elle convainc sa mère de l’accompagner sur le front pour réaliser des radiographies sur les poilus blessés. Elle fait partie des « Petites Curie » qui sont des unités chirurgicales mobiles de radiologie ayant été crées par sa mère au début du conflit.

petite Curie
Dessin de l’intérieur d’une petite Curie

Irène et Marie, comme tous les aide-radiologistes, se retrouvent au cœur des combats notamment lors de la bataille de la Marne, à Verdun ou encore lors de la bataille de la Somme.

En parallèle à son action sur le front, elle passe un diplôme d’infirmière en 1915, puis à partir de 1917 elle reprend ses études supérieur de mathématique, de physique et de chimie tout en ayant la responsabilité de former les infirmières à la radiologie dans le laboratoire Curie de l’institut du Radium.

Études supérieures et rencontre avec Frédéric Joliot

Irène obtiendra sa licence de physique et de mathématiques en 1920 puis entrera en tant qu’assistante de sa mère au laboratoire Curie de l’institut du Radium. Elle se lance par la suite dans une thèse intitulée « Recherches sur les rayons alpha du polonium. Oscillation de parcours, vitesse d’émission, pouvoir ionisant » qu’elle soutiendra en 1925.

Irène et sa mère
Irène et sa mère travaillant de concert à l’Institut Curie en 1925

Elle fait la connaissance pendant sa thèse de Frédéric Joliot qui est entré à l’institut Curie en 1924 comme préparateur particulier de Marie Curie. Irène et Frédéric se marient en 1926 et ont deux enfants : Hélène et Pierre (tous deux scientifique. La première physicienne comme ses parents et le second biologiste).

Frédéric Joliot qui obtient son doctorat en 1930 après avoir travaillé sur l’étude électrochimique des radioéléments, travaille déjà depuis quelques année en compagnie de sa femme sur la radioactivité naturelle.

La consécration : prix Nobel de chimie en 1935

Irène est nommée chef de travaux du laboratoire Curie en 1932 puis devient membre de la Commission internationale de l’Étalon Radium. Les travaux des époux sur la radioactivité naturelle les amène à découvrir un nouveau type de radioactivité la radioactivité artificielle.

Le époux Joliot-Curie dans leur laboratoire
Le époux Joliot-Curie dans leur laboratoire

Il apporteront la preuve chimique de l’existence du premier radioélément artificiel : le phosphore 30 puis suivra l’azote 13. Marie Curie assiste à la découverte peut de temps avant de mourir en juillet 1934.

C’est un véritable passage de témoin entre les deux femmes puisque cette découverte de la radioactivité artificielle et la synthèse de nouveaux éléments radioactifs vaudra aux époux Joliot-Curie l’attribution du prix Nobel de Chimie en 1935.

Frédéric Joliot et Irène Joliot-Curie reçoivent leur prix Nobel en 1935
Frédéric Joliot et Irène Joliot-Curie reçoivent leur prix Nobel en 1935

Ils poursuivront leur recherches afin d’identifier des isotopes d’éléments radioactifs qui pourraient avoir une application en médecine, en chimie ou encore en géologie.

Fin 1938, Irène est sur le point de découvrir le phénomène de fission nucléaire mais se fait damner le pion par les allemands Otto Hahn et Friedrich Strassmann.

Promotion de la recherche française

Pendant l’occupation allemande, elle poursuit ses travaux mais à un rythme réduit car atteinte de la tuberculose, elle est très affaiblie. Pour se soigner, et fait plusieurs voyage dans des sanatorium en Suisse.

Elle s’y réfugiera avec ses enfants en 1944 par peur de représailles sur sa famille car son mari faisait partie de la résistance à l’occupant.

À la libération, Irène Joliot-Curie est nommée commissaire du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) où elle participera à la création et au fonctionnement de la première pile atomique française ZOE (Zéro énergie, Oxyde d’uranium, Eau lourde). La pile atomique entre en fonctionnement le 12 décembre 1948.

Pile ZOE
Pile ZOE installée dans le fort de Châtillon – 28 novembre 1955.

En 1946 elle est promue au poste de professeur à la chaire de physique générale et radioactivité (chaire précédemment occupée par sa mère) au Collège de France où elle exerçait jusqu’alors en tant que maître de conférence. La même année, elle prend la direction de l’Institut du Radium qu’elle dirigera pendant dix ans.

Pour que la recherche française reste au niveau de ses concurrentes internationales, Irène Joliot-Curie se bat pour l’obtention de crédit afin de faire construire un accélérateur de particule. C’est en 1954, dans l’Essonne, que commencent les travaux pour la construction du Centre de recherches d’Orsay de l’Institut Curie et le futur Institut de Physique Nucléaire d’Orsay (IPNO).

Irène n’aura pas l’occasion de voir la fin de ces travaux puisqu’elle meurt le 17 mars 1956 à 58 ans d’une leucémie aiguë (comme sa mère) causée par son exposition trop importante aux rayons ionisants. Des funérailles nationales sont organisées le 21 mars 1956. Son mari meurt deux ans plus tard le 14 août 1958, âgé lui aussi de 58 ans, et aura droit, comme sa femme à des obsèques nationales.


Pour en savoir plus sur Irène Joliot-Curie :

Irène Joliot-Curie, biographie écrite par Louis Pascal Jacquemond (2014)

Marie Curie et ses filles, Lettres. (2011)

Leçons de Marie Curie : Physique élémentaire pour les enfants de nos amis (2003)

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