Tout le monde connait le fameux film « le dernier Samouraï » avec Tom Cruise dans le rôle de Nathan Algren. Il y joue un courageux guerrier américain qui prend fait et cause pour le shogun et les samouraïs lors de leur rébellion contre l’empereur du Japon. En revanche peu de monde sait que le personnage principal s’inspire largement de la vie de Jules Brunet, un militaire Français envoyé en mission au Japon par l’empereur Napoléon III.

Jules Brunet à Ezo à la fin de la guerre de Boshin en 1869

Jeunesse et début de carrière

Jules Brunet, nait le 2 Janvier 1838 à Belfort dans l’Est de la France. Son père, Jean Michel est vétérinaire dans le 3ème régiment de dragons et sa mère Laure Rocher, mère au foyer, élève ses enfants d’une main de fer.

À 19 ans, Jules entre à l’école Polytechnique où il fait ensuite l’école d’application de l’artillerie et du génie avant d’intégrer le 3ème régiment d’artillerie. Jules est un élève très brillant ce qui lui permet de se classer 4ème à sa sortie de l’X en 1861.

Brunet fait ses premières armes au Mexique lors de l’expédition voulue par Napoléon III. Si l’expédition (1861-1867) se terminera sur un fiasco total, Jules Brunet reçoit la légion d’honneur. À son retour il intègre le régiment d’artillerie de la Garde impériale puis en 1864 il est affecté au régiment d’artillerie à cheval de la Garde avec le grade de lieutenant.

Tensions dans la société japonaise

À partir du milieu du XIXème siècle, le Japon, à l’initiative du Shogun s’ouvre petit à petit à l’extérieur et noue des relations avec les occidentaux. Les américains sont les premiers avec qui le Shogun établit des échanges. Il signe la convention de Kanagawa qui ouvre les ports de Shimoda et Hakodate aux Américains puis aux Russes, Anglais, Hollandais et Français.

Le terme shogun signifie général, c’est l’abréviation de seiitaishōgun qui peut être traduit par « grand général pacificateur des barbares ».

Tokugawa Ieyasu (1543 -1616), fondateur du shogunat de Tokugawa qui dura 300 ans. Cette dynastie shogunale à l’origine de la période Edo règna jusqu’à la reprise en mais du pouvoir par l’empereur après la guerre de Boshin.

Depuis le début de l’époque Edo en 1600, le shogun est le dirigeant du Japon féodal et chef militaire tandis que l’empereur fait office de chef spirituel et de gardien des traditions.

Cette ouverture du pays sur le monde ne fait cependant pas que des heureux et deux factions s’opposent. D’un coté la noblesse japonaise de l’ouest du pays (Chōshū, Statsuma et Tosa) qui estime que le shogun profitera des nouvelles relations avec les occidentaux pour prendre un pouvoir trop important au détriment de l’empereur et de l’autre les troupes restées fidèles au gouvernement shogunal d’Edo.

À partir de 1866 plusieurs affrontements ont lieux entre les deux camps.

La mission Française envoyée au Japon

En Novembre 1866, Brunet fait partie de la mission Française envoyée au Japon par Napoléon III (17 militaires Français sont envoyés au Japon sous le commandement du Capitaine Jules Chanoine).

Les deux pays entretiennent des relations d’amitié et des relations commerciales depuis 1858. À la demande du shogunat japonais une aide militaire Française est envoyée au Japon pour aider le Shogun Tokugawa Yoshinobu à moderniser son armée et la former aux techniques de guerre des occidentaux.

La mission française envoyée au Japon. Jules Brunet est l’officié assis et coiffé à la gauche du capitaine Chanoine qui est debout au centre

C’est donc dans ce contexte que débarquent les militaires Français qui sont très bien accueillis et sont appréciés par leurs collègues Japonais. De solides relations d’amitiés et de fraternités lient les frères d’armes Français et Japonais.

Jules Brunet, en plus d’être un militaire brillant est un écrivain et un dessinateur excellent ce qui lui permet de se faire apprécier d’autant plus par les samouraïs qu’il côtoie.

Il réalisera d’ailleurs plusieurs portraits et aquarelles du shogun avec qui il conversait régulièrement.

Aquarelle représentant un soldat du Shogun réalisée par Jules Brunet

Malgré l’excellent travail de formation des Français qui modernisent rapidement l’armée du shogun, ce dernier prend conscience de la difficulté qu’il aura à surmonter l’armée toujours plus nombreuse de l’empereur Meiji (l’armée impériale était équipée et instruite par les anglais).

Aquarelle réalisée par Jules Brunet représentant des soldats du Shogun avec en arrière plan le Mont Fuji

Il décide donc d’abandonner sa fonction shogunale au profit de l’empereur et espère pouvoir installer un gouvernement composé des seigneurs locaux (Daimyo).

Yoshinobu Tokugawa en uniforme Français

Cependant le nouveau pouvoir ne peut empêcher un coup d’état qui rétabli l’ancien régime impérial le 3 janvier 1868.

Yoshinobu Tokugawa, au pied du mur, est poussé à prendre les armes par ses samouraïs qui sont inquiets de perdre définitivement tous leurs privilèges. C’est le début de la guerre du Boshin.

Samuraï du clan Chosyu pendant la guerre de Boshin

Malgré une importante supériorité numérique, les troupes du shogun sont défaites lors de la bataille de Toba-Fushimi (Osaka) le 27 janvier par les impériaux qui sont bien mieux armés et équipés. Après cette défaite, le shogun quitte Osaka et se réfugie à Edo. Il refuse par la suite plusieurs plans de contre-attaque proposés par Brunet puis décide finalement de capituler le 27 avril.

Yoshinobu Tokugawa, partant pour Edo, regarde le château d’Osaka en feu à l’arrière-plan.

La France décide alors de quitter le pays et de rapatrier les hommes de la mission.

Le dernier Samouraï et la république d’Ezo

Cependant, Brunet (ainsi que quatre autres sous-officiers : François Bouffier, André Cazeneuve, François Fortant et Jean Marlin) refuse de quitter le Japon et met un point d’honneur à ne pas abandonner les samouraïs du shogun, ses frères d’arme qu’il avait instruits.

Brunet ainsi que ses quatre sous-officiers démissionnent de l’armée Française le 4 octobre 1868, mais Chanoine refuse leur démission. Ils seront finalement placés en congé sans solde par le ministère de la guerre et seront autorisés à rester au Japon où ils n’auront désormais que le statu de simple civil.

Les conseillers militaires français et leurs homologues japonais. Photo prise au moment de la république d’Ezo

Les troupes impériales ayant désormais un avantage numérique conséquent et bénéficiant d’une artillerie lourde de qualité contrôlent l’île de Honshu (île principale du Japon).

Les troupes du shogun toujours conseillées par Brunet se retranchent à Hakodate sur l’île de Hokkaido (île la plus au nord des quatre îles principales du Japon).

Ils y fonderont la république d’Ezo le 25 décembre 1868 et Takeaki Enomoto (amiral de l’armée shogunal) sera élu président de cette république éphémère.

Jules Brunet qui est nommé conseiller du ministre de la guerre organise la défense de la république et poursuit l’instruction de l’armée shogunale.

Les troupes sont organisées sous commandement franco-japonais. Les deux commandants sont Brunet et Keisuke Otori.

Enomoto Takeaki président de la république d’Ezo

Les hommes sont répartis en quatre brigades chacune commandée par un Français (Fortant, Marlin, Cazeneuve, Bouffier) et les brigades divisées en huit demi-brigades toutes commandées par un japonais.

Les franco-japonais profitent de l’hiver pour consolider les fortifications mais les troupes impériales ne cessent de recevoir des renforts et ce sont plus de 7000 soldats qui encerclent la forteresse de Goryokaku seulement défendue par 800 hommes.

Suite à plusieurs affrontements violent entre les deux camps, Enomoto Takeaki, sans espoir de victoire décide de se rendre le 30 Juin 1869. Après la reddition des troupes shogunales, les soldats Français dont certains sont gravement blessés s’échappent pour éviter la torture et sont récupérés par le navire Français Coëtlogon.

Retour en France et fin de carrière

À son retour en France, Brunet reçoit un blâme pour ingérence dans les affaires politiques d’un pays étranger, mais sa carrière ne s’en trouve pas affectée, on lui demande juste de se faire le plus discret possible au sujet de son aventure japonaise afin de ne pas endommager les relations diplomatiques entre les deux puissances.

Ses supérieurs ne lui tiennent pas rigueur de son temps passé au Japon puisqu’il sera nommé directeur adjoint de la manufacture d’arme de Châtellerault le 26 février 1870.

Peu de temps après Brunet se marie et c’est son ancien supérieur, le Capitaine Chanoine qui est son témoin lors de la cérémonie.

Jules Brunet
Jules Brunet en 1890

C’est ensuite en tant que capitaine au 8ème régiment d’artillerie de Metz qu’il participera à la guerre franco-prussienne. Il sera décoré de la Légion d’honneur, puis à la chute du second empire, il servira le gouvernement de Versailles pour réprimer la Commune de Paris qui ensanglanta la capitale en 1871.

État Major en 1898. Jules Brunet au centre.

Il poursuivra sa carrière militaire en tant qu’attaché militaire en Autriche et en Italie avant de devenir chef de cabinet de Chanoine désormais ministre de la guerre.

Brunet terminera sa carrière avec le grade de général de division.

Son aventure Japonaise se rappellera de nouveau à lui, puisque le 11 mars 1895, le Japon qui sort tout juste de la première guerre sino-japonaise honore cet ancien « samouraï » en l’élevant au grade de grand officier du Trésor sacré du Mikado un honneur très rarement accordé à un étranger !

Jules Brunet meurt le 12 aout 1911 à Fontenay-sous-Bois et est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.


Pour en savoir plus sur Jules Brunet et le Japon :

– Il n’y a malheureusement aucun livre sur la vie de Jules Brunet (et pourtant il y aurait de quoi faire !) mais il existe un article d’une trentaine de pages écrit par François-Xavier Héon publié dans la revue Stratégique (2010/1 n°99) accessible gratuitement, légalement et téléchargeable en format PDF ici. C’est la seule véritable source que j’ai pu trouver sur le sujet, à lire sans hésiter !

– Nouvelle Histoire du Japon, Pierre-François Souyri (2010)

Nota Bene : le terme « dernier samouraï » est utilisé ici en tant que référence au film du même nom. Les samouraïs ont continué à exister encore quelques années après les évènement auxquels Jules Brunet prit part.

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2 commentaires

  1. Magnifique travail documenté, Merci !!!
    Comme quoi on en apprend tous les jours, et le plus merveilleux dans les découvertes surprises de la vie c’est que l’on est frappé, un jour sur internet, par la vision en gros plan de sa mère à 20 ans lors d’une manifestation publique (fin des années 40), un autre jour un (potentiel à vérifier) ancêtre dans la section ‘culture’ de l’AVF !
    Nous sommes aujourd’hui en pleine évolution des équilibres internationaux, une page d’histoire est la bien venue pour stimuler notre esprit endormi…merci d’être cette vigie à la (h)une de notre vie

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