Le compte de Lapérouse recevant ses instructions du roi Louis XVI
Le compte de Lapérouse recevant ses instructions du roi Louis XVI avant d’entamer son périple en 1785. Peinture de Nicolas André Monsiaux exposée au château de Versailles.

La légende veut que le Roi Louis XVI s’enquit du sort du navigateur, Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, quelques moments avant de se faire exécuter par les révolutionnaires français. Le Roi avait en effet participé activement aux préparatifs de l’expédition scientifique menée par Lapérouse. Mais qui était donc ce navigateur et que nous a apporté son périple extraordinaire ?

Lapérouse naît en 1741 au château du Gô dans les environs d’Albi dans une famille de moyenne noblesse, il est l’aîné de onze enfants. Après une éducation dispensée au collège des jésuites d’Albi, il rejoint Brest et intègre les Gardes de la Marine en 1756. La guerre de sept ans (j’y reviendrai dans un futur article) ayant éclatée, il prend la mer sous les ordres du chevalier d’Arsac de Ternay qui deviendra un véritable mentor pour le jeune homme. Il prendra part à deux expéditions au Canada où il sera blessé dans les rudes batailles navales qui opposent la France aux anglais. Après la signature de la paix avec l’Angleterre, la France abandonne le Canada et Lapérouse revient en France où il est affecté au transport maritime.

Portrait du jeune comte de Lapérouse
Portrait du jeune comte de Lapérouse

Il part ensuite pour l’Isle de France (île Maurice) rejoindre d’Arsac de Ternay qui vient d’y être nommé commandant général. De là, il mènera plusieurs expéditions dans l’océan Indien qui contribueront à lui forger une bonne expérience de navigation. En 1778 la paix est de nouveau rompue avec l’Angleterre, la France, qui jusqu’alors soutenait les « insurgents » américains avec du matériel, entre activement dans la guerre et soutien à grand frais les treize colonies d’Amérique du Nord qui réclament leur indépendance.

Les français qui soutiennent leurs ennemis d’hier (la plupart des généraux américains (Georges Washington entre autres) ont affronté la France lors de la guerre de sept ans) et qui ont vu leur flotte de guerre ruinée par la guerre de sept ans entrent difficilement dans ce conflit qui se passe pour l’essentiel outre mer. Lapérouse participe à de nombreux combats dans les Antilles ainsi qu’au large des côtes américaines. Il se distingua notamment lors de l’expédition qu’il mena dans la baie d’Hudson où lui et ses hommes détruisent le fort Prince of Wales et la York Factory. À la fin de la guerre et après l’indépendance des États-Unis (signature du traité de Paris), il est promu au grade de capitaine de vaisseau et épouse Eléonore Broudou, une roturière rencontrée sur l’Isle de France.

S’étant distingué autant par ses qualités de navigateur que par ses qualités humaines, Lapérouse est choisi pour mener une expédition autour du monde qui permettra de compléter les découvertes du capitaine Cook dans l’océan Pacifique. C’est une première mondiale ! En effet, jamais avant une expédition d’une telle ampleur n’avait été organisée dans un seul but scientifique. En effet, Lapérouse embarque avec lui de nombreux scientifiques, botanistes, géographes ainsi qu’une grande quantité de carte qui seront mises à jour au fur et à mesure des découvertes. L’Académie Royale des sciences participe à la mise en place de l’expédition tout comme le roi de France, Louis XVI, qui supervise personnellement les préparatifs.

Le voyage autour du monde

Deux frégates, la Boussole et l’Astrolabe appareillent en 1785 pour ce qui sera un voyage sans retour. La première partie du voyage se passe sans encombres et le Cap Horn est franchi facilement, il fera escale au Chili avant de se diriger une première fois dans les îles du Pacifique puis ensuite vers l’Amérique du Nord, en Alaska d’abord avant de redescendre vers la Californie puis de faire voile vers l’Asie du Sud Est où il fera une halte à Macao.

Naufrage des chaloupes de l'expédition dans les eaux glacées de la baie des Français
Naufrage des chaloupes de l’expédition dans les eaux glacées de la baie des Français (Alaska) le 13 juillet 1786. Vingt marins perdront la vie ce jour là.

À chaque escale, Lapérouse envoie son journal de bord en France par l’intermédiaire des ambassades françaises ou bien grâce à des navigateurs français ou étrangers (même des anglais !) qui ont connaissance de son expédition. Les navires se dirigent toujours plus au Nord du continent asiatique, jusqu’à la péninsule du Kamtchatka où il débarquera son interprète (pour le russe) Jean Baptiste Barthélémy de Lesseps qui à pour mission de rejoindre la France à pieds en traversant la Sibérie. Ce sera le seul survivant de l’expédition.

Carte du voyage de Lapérouse
Carte du voyage de Lapérouse (en bleu le chemin parcouru et en jaune la partie de son voyage qu’il n’a pas pu mener à bien)

Après cette escale Lapérouse se dirige de nouveau vers les îles du Pacifique, où ses hommes seront attaqués par des indigènes sur les îles Samoa lors d’une escale nécessaire pour la récupération d’eau douce. Douze morts seront à déplorer dans le groupe d’explorateur, Lapérouse refuse néanmoins de mener une expédition punitive malgré l’insistance de ses subordonnés. Ce drame mettra fin au mythe du bon sauvage véhiculé par les philosophes des Lumières.

Fin tragique de Lapérouse et expéditions de secours

L’équipage fait ensuite voile vers l’Australie et Botany Bay (Sydney) qu’il atteint en janvier 1788, c’est la dernière escale connue du navigateur, son journal de bord s’arrête donc lors de cette étape australienne. Aucun membre d’équipage ne donnera signe de vie par la suite et plusieurs expéditions de recherche furent lancées.

naufrage de l'Astrolabe au large de Vanikoro
Gravure représentant le naufrage de l’Astrolabe au large de Vanikoro

Celle d’Antoine Bruny d’Entrecasteaux lancée en 1791 avec deux navires, la Recherche et l’Espérance fini aussi tragiquement que celle de Lapérouse. C’est l’expédition de Dumont d’Urville, en 1826-1827 qui permet de localiser les épaves à Vanikoro (Îles Salomon). D’après le témoignage des habitants de l’île les deux frégates ont fait naufrage lors d’une grosse tempête qui les a jeté sur le récif. Une partie des survivants aurait fabriqué une embarcation avec les débris et aurait pris la mer, sans grande réussite puisqu’ils ne donnèrent jamais plus de nouvelles. D’autres qui sont restés sur l’île se sont retrouvés impliqués dans les conflits des indigènes et le dernier naufragé serait mort peut avant l’arrivée des bateaux de secours. Une part de mystère demeure encore aujourd’hui sur les causes du naufrage et sur le destin des marins qui ont repris la mer sur leur embarcation de fortune.


Pour aller plus loin sur le voyage de Lapérouse et sur la Marine française :

– Voyage au tour du monde sur la Boussole et l’Astrolabe écrit par Jean François de Lapérouse (1785-1788). C’est le carnet de bord du commandant, à lire pour quiconque s’intéresse au sujet. La seule chose qui manque c’est une carte.

– Les explorateurs français dans le Pacifique : XVIII ème siècle écrit par John Dunmore (1978)

– Une histoire de la marine de guerre française écrit par Rémi Monaque (2016). Ne concerne pas directement les explorations mais contient une tonne d’info intéressante sur la marine française.

– Le musée Lapérouse d’Albi, plus d’info ici

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