Les galions espagnols attirent les convoitises

Dans les années 1650, la fin des guerres de religions en Europe permet la mise en place d’un commerce important entre le vieux continent et ses nouvelles colonies américaines.

Les espagnols qui se sont taillé un empire colonial colossal en Amérique centrale et en Amérique du Sud rapportent de nombreuses richesses qui voyagent par bateaux. Depuis une vingtaine d’année se trouvent sur l’ile d’Hispaniola (Haiti) un bon nombre de coureur des bois, essentiellement Français, qui vivent principalement de la chasse. L’arrivée des soldats espagnols, qui les pourchassent, les forcent à s’exiler sur l’ile de Tortuga, plus facilement défendable et sous contrôle Français, d’où les premières attaques sur les galions espagnols furent lancées.

Représentation d’un boucanier tirée du livre de Howard Pyle : Howard Pyle’s book of pirates

La prise de la Jamaïque par les anglais en 1655 fait office de base arrière pour les boucaniers Anglais qui comme les Français sont encouragés par le gouverneur de l’ile qui leur distribue des lettres de marque (à l’image de celles données aux corsaires) qui voit là un bon moyen de limiter l’expansion commerciale espagnole.

Les activités des pirates ne se limitent pas seulement aux caraïbes, et à la fin du XVIIème siècle les navires en provenance des indes sont une cible de choix pour ces hors la loi. En effet la reprise des guerres en Europe (la guerre de succession d’Espagne notamment) mobilise les marines et laisse les bateaux venant d’Asie sans protection (ou avec une escorte réduite) ce qui permet aux pirates de s’en emparer facilement.

Les pirates, terreurs des mers

Le traité d’Utrecht (1714) signé entre la France et les puissances coalisées laisse des milliers de marins (aussi bien servant dans l’armée que des corsaires) sans emploi. Cet énorme afflux de main d’œuvre fut une aubaine pour les capitaines pirates qui virent là une opportunité de recruter des hommes d’équipage entrainés au combat et capable d’affronter les rudesses de la vie marine.

Pendant une dizaine d’année, on vit donc une augmentation importante du nombre de navires renégats qui trouvèrent avec la mise en place du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les colonies du nouveau monde une occasion de cibler des navires transportant de grandes quantité d’argent.

Capture de Barbe noire par Robert Maynard le 22 novembre 1718

L’augmentation des pillages et le danger accru que devaient affronter les navires européens naviguant dans les mers et océan autour du monde obligèrent les nations européennes à accentuer leurs efforts pour mettre un terme à ces activités qui asphyxiait leur économie. Les marines militaires virent donc leur budget augmenter et c’est une véritable traque aux pirates qui fut lancée dans toutes les mers du monde qui mènera finalement à la fin de l’âge d’or de la piraterie dans les années 1720.

La Buse, des caraïbes à l’océan indien

Originaire de Calais où il nait dans les années 1690, Olivier Levasseur fait partie des pirates Français qui ont pillés les Antilles durant l’âge d’or des pirates.

Tout comme Barbe Noire il est un des seconds de Benjamin Hornigold et commande le Postillon un navire d’environ 90 hommes (tous Français).

Il a effectué plusieurs prises en 1716 et 1717, mais en 1718, la pression des marines européennes se faisant trop importante, il décide de quitter les caraïbes en 1718 pour rejoindre dans un premier temps le golfe de Guinée où il fait la chasse aux négriers qui quittent les côtes africaines.

Le pirate Olivier Levasseur dit La Buse vu par Michel Faure, dessinateur
de la série de bande dessinée Aventures dans l’océan Indien comprenant
les albums La Buse et la « Vierge du Cap » (1978) et La Fin de La Buse (1979)

Après quelques prises il se dirige vers l’océan indien où il fera naufrage à Mayotte. Il sera secouru par les pirates anglais John Taylor et Edward England. Après une dispute entre les deux anglais, England est abandonné sur l’Isle de France (ile Maurice) et La Buse prend le commandement d’un des deux navires (le Victory).

La plus grosse prise de piraterie de tous les temps !

Arrivés dans le port de l’ile Bourbon (la Réunion) en avril 1721, ils aperçoivent, à quai, le Nossa Senhora do Cabo (la Vierge du Cap) un bâtiment de la Marine Portugaise de 800 tonneaux et 72 canons.

Le navire portugais transporte le vice-roi des indes orientales portugaises qui ramène au Portugal les richesses accumulées pendant ses dix années de voyage. Profitant de l’absence de la majorité des portugais qui sont alors en ville, Levasseur et Taylor passent à l’abordage. Après un combat d’une rare violence avec les soldats encore présents à bord les pirates se rendent maitre du navire sous les yeux ébahis des habitant de Saint-Denis.

La bateau et son trésor constituent la plus grosse prise de toute l’histoire de la piraterie !

Olivier Levasseur prendra les commandes du navire capturé (renommé Le Victorieux) et toujours avec Taylor ils continueront à écumer l’océan indien depuis leur base de l’ile Sainte Marie (au large de Madagascar).

Poursuivant ses exactions pendant quelques années encore, la Buse finit par arrêter ses activités de pirates et exerce le métier de pilote dans la baie d’Antongil à Madagascar (il guide les navires de passage dans les eaux dangereuses de la région).

Le cryptogramme de la Buse
Alphabet de la Buse

C’est dans ces circonstances qu’il sera reconnu par le capitaine du négrier La Méduse qui le capture et le livre aux autorités Françaises de l’île Bourbon en 1729. Il confiera à un de ses geôliers « Avec ce que j’ai caché ici, je pourrais acheter toute l’ile ».

Après un jugement expéditif, il est condamné à mort par pendaison et sera exécuté le 7 juillet 1730. Sur l’échafaud, la corde autour du cou, la Buse aurait jeté un cryptogramme à la foule en criant : « Mon trésor à qui saura le prendre ! ».

Ce cryptogramme, qui pourrait mener à la découverte du plus gros trésor pirate de l’Histoire suscite les fantasmes de nombreux chasseurs de trésor depuis bientôt 300 ans.

Si plusieurs personnes ont déclaré avoir réussi à décrypter le message d’Olivier Levasseur, le trésor n’a, aujourd’hui, toujours pas été officiellement découvert. À vos pelles et détecteurs de métaux donc !


Pour en savoir plus :

Histoire des pirates et des corsaires. De l’antiquité à nos jours, Gilbert Buti et Philippe Hrodej (2016)

Le Figaro Histoire n°9, En mer avec les Pirates et les Corsaires (2013)

Pirates, corsaires, flibustier et autres forbans, Gerard Piouffre (2018)

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