Croisade : origine du terme

Le terme croisade, qui dérive de croix, n’est à l’époque pas utilisé et n’apparait que plus de 100 ans plus tard en langue d’oc (crozada) et c’est pour désigner l’expédition menée contre les hérétiques Cathare du sud-ouest de la France : la croisade contre les Albigeois.

Le mot croisade n’apparait en français qu’au XVème siècle, et lors des expéditions franques au proche orient, on les désigne plutôt par les termes « voyage vers la Terre sainte, « voyage outre-mer » ou encore « croiserie ». Ce dernier mot vient du latin Cruce signati et fait référence à la croix cousue sur les vêtements des pèlerins.

Les turcs perturbent l’équilibre fragile du proche-orient

Bien que sous contrôle musulman depuis bientôt 400 ans, la Terre sainte reste, jusqu’à la fin du Xième siècle, relativement accessible aux chrétiens qui voudraient entreprendre le pèlerinage jusqu’au tombeau du Christ. Les pèlerins viennent de toute la chrétienté : à la fois d’Europe occidentale, d’Europe centrale mais aussi du proche orient où vivait encore une très grande communauté chrétienne.

Les pèlerins étaient alors plutôt bien accueillis par les habitants de Terre sainte, aussi bien musulmans que chrétiens, car ils participaient au commerce et à la prospérité de la région.

Cependant, tout change dans les années 1070. En effet, les hordes turques seldjoukides (les tribus turques sont originaires du Turkestan, région d’Asie centrale située entre la mer Caspienne et le désert de Gobi) se dirigent toujours plus à l’ouest.

Bataille de Manzikert, 1071. Musée militaire CE Askeri à Istanbul

Après avoir écrasé l’armée de l’Empire Romain d’Orient (empire byzantin) lors de la bataille Manzikert les Seldjoukides ont la voie libre. C’est bientôt la quasi-totalité de l’Asie mineure qui tombe sous leur coupe et rapidement l’Empire Romain d’Orient se retrouve menacé.

L’empire byzantin voit ses territoires diminuer au fil des ans et les divisions internes ainsi que les guerres civiles en font une proie facile pour les turcs.

Mais l’Empire byzantin n’est pas la seule cible de ces nomades venus d’Asie centrale. En effet, en 1078 les Seldjoukides chassent les Fatimides de Jérusalem qui y étaient installés depuis 970. Le Califat fatimide est une entité chiite qui contrôle à l’époque ce qui correspond aujourd’hui à l’Égypte et une bande côtière au proche orient.

Sous le règne des Fatimides, au début du deuxième millénaire, sous la direction du calife Al-Hakim bi-Amr Allah, les persécutions étaient monnaie courante. En effet, chrétiens et juifs étaient obligés, à partir de l’an 1004, de porter le zunnar (une ceinture permettant de les reconnaitre) et le turban noir pour les distinguer des musulmans.

Calife Al-Hakim bi-Amr Allah. Fragment de céramique exposé au musée des arts islamiques du Caire.

Par la suite, l’église du Saint-Sépulcre fut détruite, les biens des monastères confisqués et les dhimmis (sujets non musulmans d’un état musulman) durent porter le ghiyar (un morceau d’étoffe colorée) en plus du zunnar.

Malgré tout, et même si les persécutions s’accompagnaient parfois de massacres (comme à al-Fustât en 1014), l’accès à la Terre Sainte était autorisé aux pèlerins chrétiens (le fils d’Al-Hakim pratiqua une politique d’apaisement envers les chrétiens et ordonna la reconstruction de l’église du Saint-Sépulcre).

Cependant tout change une fois que les Turcs prennent le pouvoir. L’accès à la Ville sainte et au tombeau du Christ est interdit aux chrétiens, la totalité de la population non musulmane de Jérusalem est massacrée puis les autres populations chrétiennes voient leurs biens confisqués et sont soumises à l’esclavage.

Urbain II appel les Francs à se porter au secours de leurs frères d’Orient

En 1095, en visite à Clermont (Auvergne, France) où il réunit un concile pour régler les soucis de mariage du Roi capétien Philippe Ier (il avait répudié sa première femme avant de se remarier mais le Pape mécontent l’avait excommunié) le Pape Urbain II prononce également un discours où il rappelle le danger qui pèse sur les chrétiens d’Orient qui sont persécutés par les Turcs.

Le pape Urbain II prêchant la première croisade sur la place de Clermont, tableau de Francesco Hayez

Urbain II répond aux supplications de l’empereur byzantin (appelé également basileus) et lance le 27 novembre un appel aux chevaliers Francs pour qu’ils libèrent la Terre Sainte, repoussent les infidèles et viennent en secours à leurs frères d’Orient. Le Pape accorde l’indulgence plénière (la rémission de tous les péchés) à tous ceux qui porteront secours aux chrétiens d’Orient ou qui mourront au combat contre les infidèles.

Portrait d’Adhémar de Monteil. Légat du Pape lors de la première croisade. Peinture de Merry-Joseph Blondel

L’évêque du Puy en Velay, Adhémar de Monteil, est désigné par Urbain II comme chef spirituel de la croisade. L’appel du Pape n’est cependant pas réservé aux chevaliers et aux grands barons. En effet l’appel du souverain pontife, retransmis par les prêtres et autres ecclésiastiques (Pierre l’Ermite notamment) est également accueilli avec enthousiasme par le peuple et une croisade populaire s’organise en parallèle de celle menée par les barons.

La croisade populaire s’élance vers la Terre Sainte

Les pèlerins, hommes, femmes et enfant, pour la plupart vêtu de guêtres et non combattants, qui viennent en grande majorité du Nord et du Nord-Est de la France (région d’Orléans, Île de France, Champagne et Lorraine) s’élancent donc pour la Terre sainte dès 1096 au cri de « Deus Vult ! » (Dieu le veut ! en Français).

Statue de Pierre l’Ermite à Amiens

À l’image de la croisade des gueux qui part de France, trois autres groupes se forment également dans le Saint-Empire Romain Germanique où trois prédicateurs, Volkmar, Gottshalk (un prêtre rhénan) et Emich de Leisingen (un comte allemand qui sera connu par la suite sous le nom de massacreur de juif) regroupent chacun entre 10 000 et 15 000 personnes.

Ces groupes germaniques se livrent à de véritables exactions (contre les juifs d’Allemagne et de Bohème, qui seront victimes de plusieurs pogroms. Environ 5000 juifs seront massacrés) sur leur chemin. Ces trois groupes atteignent ensuite la Hongrie où ils seront tour à tour dispersés ou massacrés par le roi Coloman de Hongrie qui refuse de les voir ravager son royaume.

Massacre des groupes germaniques de la croisade populaire par les Hongrois. Miniature de Jean Colombe tirée des Passages d’outremer (titre original : Passages faiz oultre mer par les François contre les Turcqs et autres Sarrazins et Mores oultre marins) de Sébastien Mamerot

Le groupe de Français, s’il arrivera plus près du but fixé ne connaitra pas une fin beaucoup plus heureuse. En effet, après avoir atteint Cologne (Allemagne) le groupe se scinde en deux, Pierre l’Ermite et Gautier Sans-Avoir prennent chacun la tête d’une petite troupe de pèlerin.

Gautier Sans-Avoir est le fils cadet du seigneur de Poissy et n’a donc que peu d’espoir d’hériter de terres, il regroupe autour de lui les pèlerins les plus déterminés et sachant se battre (environ 10 000 hommes) mais ne tolère aucun excès. Il fait régner une discipline de fer et le pillage est interdit.

Réception de Gautier Sans-Avoir par le roi de Hongrie qui l’autorise à traverser son royaume

Impatient, Gautier quitte l’Allemagne en premier accompagné presque exclusivement de Français. Si quelques incidents qui conduisent à la pendaison de seize croisés (ils sont exécutés pour avoir volé des vivres sur le marché de Zemun, dernière ville hongroise avant la frontière avec l’empire byzantin) lors de la traversée du royaume hongrois viennent perturber le voyage il arrive cependant sans trop de problème à Constantinople. Gautier Sans-Avoir passe les portes de la capitale byzantine en compagnie de ses compagnons de voyage le 20 juillet.

Pierre l’Ermite qui a quitté Cologne un peu plus tard en compagnie de 20 000 personnes (il a été rejoint par de nombreux pèlerins lors de son séjour en Allemagne) s’est également vu accordé libre passage par le Roi Coloman de Hongrie.

Ils traversent le pays sans que le moindre incident ne soit à déplorer mais quand ils atteignent la ville de Zemun ils remarquent les cadavres des seize croisés de Gautier Sans-Avoir suspendus aux murailles. La colère monte puis une mésentente sur le marché met le feu aux poudres et la ville est prise d’assaut.

4000 Hongrois sont tués lors des combats, Belgrade qui se trouve juste à côté est également pillée puis incendiée. La troupe de Pierre fuit ensuite la Hongrie pour éviter les représailles et continue son chemin jusqu’à la ville de Nis (Serbie aujourd’hui) où le commandant de la ville leur offre des vivres s’ils ne saccagent pas la ville.

Pierre accepte mais un petit groupe de pillards allemand extérieur à sa troupe se retrouve impliqué dans une querelle avec des habitants et un moulin est incendié. Pensant que Pierre l’Ermite n’a pas respecté sa parole, la ville lance ses soldats contre les pèlerins qui sont massacrés et perdent un quart de leurs effectifs.

Les survivants atteignent Constantinople le 1er août où sont accueillis par l’empereur Alexis Ier.

La croisade populaire massacrée en Anatolie

Le basileus conseille aux membres de la croisade populaire d’attendre la croisade menée par les barons dont les troupes viennent seulement de quitter la France. Malheureusement, la foule de pèlerin commence à causer des problèmes dans la capitale byzantine et l’empereur décide donc de leur faire traverser le Bosphore et installe les 30 000 voyageurs dans la place forte de Civitot.

Empereur byzantin Alexis Ier Comnène, détail d’une miniature d’un manuscrit de la Panoplie dogmatique d’Euthyme Zygabène

Les turcs traquent comme des bêtes sauvages tous ceux qui osent s’aventurer à l’extérieur de la forteresse et les ossements des morts sont regroupés pour former de gigantesques pyramides afin d’effrayer les chrétiens.

Enfermés dans leur forteresse, les croisés s’impatientent et un petit groupe de croisés Italiens et Allemands décident de se lancer à l’assaut d’une place forte située sur le chemin de Nicée. La petite troupe réussit à prendre le contrôle du château (Xerigordon) pendant quelques jours avant de se faire capturer par les Turcs qui leurs laissent le choix de suivant : l’esclavage pour ceux qui se convertissent à l’islam ou la mort.

Les Turcs font ensuite courir le bruit que la petite bande à réussi à prendre Nicée. Ne voulant pas laisser leur part du butin, le reste des pèlerins, plutôt que d’attendre les barons francs, se jettent sur la route de Nicée. Malheureusement, les 25 000 hommes et femmes qui quittent Civitot le 21 octobre 1096 tombent dans une embuscade et sont écrasés par les turcs et sont tous massacrés (sauf les filles et garçons les plus jeunes qui sont réduits en esclavage). Seuls 3000 arrivent à s’en sortir et rejoignent Civitot d’où ils seront exfiltrés par voie maritime.

Pierre l’Ermite, à Constantinople lors de l’attaque, échappera à la mort mais ce ne fut pas le cas de Gaston Sans-Avoir. Cet échec mettra fin à cette croisade populaire composée pour l’essentiel de gens du peuple qui n’étaient ni équipés pour se battre ni formés à l’art de la guerre. Les quelques survivants rejoindront la croisade des barons et certains feront partie des tafurs (une espèce de milice, composée de chrétiens, qui écument les campagnes d’Anatolie et fait la chasse aux turcs).

Les barons répondent à l’appel du Pape

Pendant que la croisade populaire se faisait joyeusement massacrer par l’armée turque, la « croisade officielle », celle des barons s’organise bien plus sérieusement. La croisade des barons s’appelle ainsi car aucun souverain n’y participe, le Roi de France et l’empereur du Saint Empire sont en effet sous le coup d’une excommunication.

Le roi des Francs, Philippe Ier. Il ne participe pas à la croisade pour cause d’excommunication.

L’expédition appelée de ses vœux par Urbain II s’organise en quatre armées :

– Le Roi des Francs (on ne parle vraiment de Roi de France qu’à partir de Philippe Auguste) ne pouvant se déplacer car toujours sous le coup d’une excommunication, le commandement des Français du nord (Ile de France, Nord, Flandres et Champagne) sera confié à Hugues de Vermandois (frère du Roi), Robert de Flandre et Étienne de Blois. Ils seront rejoint par la suite par Robert de Courteheuse qui est Duc de Normandie et fils de Guillaume le Conquérant. Ce sont donc environ 1600 cavaliers et plusieurs milliers de fantassins qui sont regroupés sous le commandement de ces barons.

– Les nobles de Lorraine, du Rhin et de la Meuse qui bien qu’également de culture française sont des vassaux du Saint-Empire romain germanique. Il sont dirigés par Godefroy de Bouillon et son frère Baudoin de Boulogne qui ont sous leur commandement environ 7000 fantassins et 1000 cavaliers.

– Les Français du sud de la France (Provençaux, Gascons, Auvergnat et Bourguignons) se regroupent autour de Raymond de Saint-Gilles (comte de Toulouse) et d’Adhémar de Monteil, ils représentent le plus gros contingent croisé. (~ 1200 cavaliers et 10 000 piétons)

– Les Normands d’Italie du Sud (Qui viennent de Sicile surtout, Sicile qui fut reprise aux arabes au cours du XIème siècle) dirigés par Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède de Hauteville (~ 500 cavaliers)

Les chevaliers qui accompagnèrent les barons étaient souvent les benjamins de familles nobles qui avaient peu de chances d’hériter de quoi que ce soit et qui avaient soif d’aventure et de découverte.

On a souvent l’image d’une grande armée croisée homogène et unie sous la direction d’un même chef et avec un objectif commun. Ce ne fut absolument pas le cas, chacun est maitre des troupes qu’il a amené avec lui. Si au début de l’expédition les barons mettent leurs divergences de côté et semblent avoir un but commun, les différences réapparaissent rapidement.

Godefroy de Bouillon et les barons à la tête de la croisade (Raymond de Toulouse, Bohémond de Tarente et Tancrède de Hauteville). Illustration de Charles Laplante.

Au lieu de présenter un front uni face aux musulmans, ce sont souvent les intérêts personnels qui reprennent le dessus. De l’autre côté, les musulmans sont eux aussi divisés. Chiites et sunnites sont opposés depuis des siècles mais c’est également le cas de l’ancien empire seldjoukide qui est morcelé et divisé en plusieurs petits sultanats.

Les trois armées partant de France totalisent environ 30 000 personnes (chiffre qui fluctuera au gré des défections et des recrutements lors de l’expédition et qui comprend, les serviteurs, des femmes qui accompagnent leur mari mais aussi des pèlerins civils) les Normands de Sicile représentant un bien plus petit contingent.

Le nombre de soldat d’infanterie est mal connu car ils jouent souvent un rôle moindre et ce seront surtout les chevaliers et leurs charges meurtrières qui firent la différence lors des batailles.

Les barons en route vers la Terre-Sainte et prise de Nicée

Les trois armées Françaises empruntent toutes des chemins différents et se rejoignent à Constantinople également appelée Byzance. C’est à l’époque la plus grande ville du monde et d’après les contemporains sans doute l’une des plus belles.

Carte des routes empruntées par les barons lors de la première croisade

Les premiers croisés arrivent à la fin de l’année 1096 (Godefroy de Bouillon qui est l’un des principaux chefs de la croisade arrive le 23 décembre 1096) et l’armée du comte de Toulouse arrive en avril 1097.

Les chefs croisés promettent (parfois avec réticence) à l’Empereur Alexis Ier Comnène (Basileus) de lui restituer toutes les terres reprises aux musulmans lui ayant naguère appartenu.

Arrivée des croisés à Constantinople

Ils traversent ensuite le détroit du Bosphore et assiègent Nicée à partir du 6 mai 1097. La ville est extrêmement bien défendue par six kilomètres de rempart et plus de 200 tours. Les croisés ont à disposition de nombreux instruments de siège (fournis par les Byzantins) et bloquent totalement l’arrivée d’éventuels renforts (les turcs peuvent néanmoins continuer à se ravitailler grâce à des barques qui traversent le lac situé au sud de la ville).

Miniature représentant le siège de Nicée

Les assiégés tentent une sortie le 16 mai mais c’est un échec complet et le siège se poursuit. En parallèle, Alexis Ier mène des négociations secrètes avec les occupants de Nicée qui finissent par se rendre.

Les Francs qui n’avaient pas été tenus au courant des négociations ont la surprise de voir le drapeau byzantin flotter sur la ville le 16 juin au petit matin alors qu’ils finalisaient les derniers préparatifs pour lancer un assaut massif sur la ville.

Bataille engagée par le sultan Kilij-Arslan contre les croisés assiégeant la ville de Nicée en 1097. Peinture d’Henri Serrure exposée dans la galerie des croisades du château de Versailles.

Malgré les cadeaux de l’empereur (or et chevaux entre autres) pour les remercier et pour compenser l’absence de pillage de la ville, les croisés garderont une rancœur tenace vis-à-vis des Byzantins auxquels ils ne feront désormais plus confiance.

Bien qu’ils fournissent un léger support logistique, les Byzantins ne participent que très peu à l’effort de guerre (quasiment aucune troupe n’est envoyée pour accompagner les croisés) alors qu’ils sont les premiers bénéficiaires des conquêtes et de l’affaiblissement des Turcs ce qui ne fait qu’accroitre la défiance des occidentaux à leur égard.

Bataille de Dorylée et traversée de l’Anatolie

Nicée reprise, l’armée franque reprend sa route vers la Terre sainte et doit faire face à l’armée seldjoukide qui prend enfin la menace croisée au sérieux.

Le 1er juillet, l’avant-garde des croisés (les Normands d’Italie menés par Bohémond), qui traverse une zone montagneuse proche de la ville de Dorylée, est assaillie par l’armée de Kiliç Arslan le sultan seldjoukide (composée de turcs mais aussi de troupes arabes alliées). Les charges de cavalerie se révélant inefficace face aux archers montés Turcs, Bohémond adopte une tactique défensive et compte sur la supériorité des lourdes armures franques, peu sensibles aux flèches, pour tenir jusqu’à l’arrivée des renforts.

Gravure représentant la bataille de Dorylée

Godefroy de Bouillon arrive le premier sur place tandis que le reste des renforts Francs prend les hommes du sultan à revers. Ce dernier panique et se replie sur des collines s’y pensant à l’abri.

Les croisés ne comptent cependant pas en rester là et ils mettent au point un plan d’attaque simultané sur les deux flancs ainsi qu’un dernier assaut qui surgi sur les arrières des lignes ennemies. Les attaques sont parfaitement coordonnées et l’armée turco-arabe prise de panique se délite complètement et ceux qui le peuvent s’enfuient tandis que les autres sont tués ou capturés.

Après cette humiliation, le sultan seldjoukide n’a plus les moyens militaires de s’opposer aux croisés et pratique la tactique de la terre brulée qui s’avère cependant peu efficace puisque les Francs réussissent malgré la faim et la soif à atteindre la Cilicie (sud de l’Anatolie, même latitude que Chypre) où se trouve le royaume chrétien des Arméniens.

Constantin Ier (Roi de la Cilicie) accueille Tancrede de Hauteville à Tarse

Le Basileus profite de la victoire des croisés et de la déroute turque pour reprendre le contrôle de l’Ionie, de la Lydie et de la Phrygie (trois provinces du nord-est de l’Anatolie) ainsi que de la façade occidentale de l’Anatolie.

De son coté, Baudoin de Boulogne fait cavalier seul vers Edesse dont la population arménienne s’est révolté contre l’occupant turc. Edesse est libérée grâce à l’aide des croisés et si Thoros, le chef arménien, conserve la ville il se voit obligé de désigner Baudoin comme héritier pour le convaincre de rester défendre les environs contre les trucs. Peu de temps après, à la mort du chef arménien lors d’une émeute, Baudoin de Boulogne hérite de la ville et de ses environs. Il fonde alors le comté d’Edesse qui deviendra le premier État latin d’Orient.

Siège d’Antioche

Une fois ravitaillés par les Arméniens, les croisés reprennent leur chemin et se dirigent vers Antioche, qui était tombé entre les mains des seldjoukides en 1085 (les murailles restèrent intactes lors de la prise de la ville qui est tombée sans combattre à cause de la trahison de quelques soldats byzantins).

Anticipant l’arrivée des Francs, Yaghi Siyan, l’émir d’Antioche, demande l’aide des états musulmans voisins mais ceux-ci l’ignorent totalement.

Peu avant l’arrivée des croisés, le 20 octobre 1097, l’émir expulse tous les grecs et arméniens de la ville (les chrétiens syriens sont autorisés à rester).

Immédiatement après leur arrivée les Francs installent leurs campements pour assiéger la ville mais ils ne sont pas suffisamment nombreux pour bloquer l’accès à toutes les portes d’Antioche qui continue à être ravitaillée.

Des dissensions émergent entre les chefs croisés quant à la marche à suivre, Godefroy de Bouillon et Bohémond de Tarente préféraient assiéger la ville tandis que Raymond de Toulouse voulait lancer une attaque malgré les remparts robustes entourant la cité.

Siège d’Antioche. Miniature tirée des Passages d’outremer.

Le siège s’éternise et contrairement aux assiégés, les croisés n’ont que peu de vivre et pas de ravitaillement efficace. L’hiver arrive et les provisions commencent à manquer. Fin décembre Bohémond de Tarente et Robert de Flandre partent vers le sud avec 20 000 hommes pour rechercher des victuailles.

Profitant du départ d’une partie des croisés Yaghi Siyan tente une sortie mais son armée est repoussée par le comte de Toulouse qui tente une contre-attaque infructueuse pour prendre la ville.

L’armée croisée partie à la recherche de vivres est quant à elle interceptée par Duqaq, l’émir de Damas (un seldjoukide également). Si les croisées battent facilement les damascènes ils ne peuvent ramener qu’une faible quantité de vivre à Antioche et la famine s’installe.

Des milliers d’hommes et des centaines de chevaux meurent de faim, certains soldats désertent et on évoque même des cas d’anthropophagie. On parle en effet d’espions musulmans embrochés et rôtis pour effrayer les assiégés. Il est également possible que les soldats les plus pauvre avec le moins de ressources aient pratiqués le cannibalisme et aient mangé et soldats ennemis tombés au combat.

Scènes d’anthropophagie rapportées par certains auteurs contemporains de la première croisades

Le général byzantin, Tatizus, qui était là en tant que conseiller est accusé de travailler secrètement pour les Turcs, il décide alors de s’enfuir et quitte les croisés au mois de février. Pendant ce temps-là, une nouvelle armée seldjoukide venant de l’émirat d’Alep se dirige vers Antioche mais celle-ci, comme l’armée de secours précédente, est également battue le 9 février 1098.

Le mois suivant, du matériel de siège de siège supplémentaire est apporté aux croisés par voie maritime qui peuvent maintenant bloquer complètement l’accès à la ville qui subit ainsi un siège total. Les assiégés sont donc maintenant livrés à eux-mêmes tandis que les croisés qui ont enfin réussi à sécuriser leurs routes d’approvisionnement ont désormais accès à des vivres de manière régulière.

Alors que le siège poursuit son cours, une délégation Fatimide arrivant d’Egypte vient à la rencontre des croisés avec qui ils espèrent conclure la paix aux dépends des seldjoukides (les Fatimides et les Turcs sont en guerre depuis des années).

Parlant arabe, c’est Pierre l’Ermite qui mène les négociations. Les Fatimides étaient prêts à laisser le contrôle de toute la Syrie aux chrétiens à condition qu’ils n’aillent pas plus loin et renoncent à Jérusalem. Cette condition est inacceptable pour les Francs qui ont fait de la libération du tombeau du Christ leur but final.

Si les négociations n’aboutissent pas, les Fatimides n’en furent pas moins reçus avec hospitalité et repartirent en Égypte avec de nombreux cadeaux.

Le siège continue mais la situation des croisés devient toujours plus compliquée en effet, une nouvelle armée musulmane, dirigée par Kerbogha, venant de Mossoul vient en aide aux musulmans d’Antioche.

Cette fois ci, ils sont beaucoup plus nombreux, en effet, les forces restantes des deux précédentes attaques seldjoukides se sont jointes à Kerbogha qui a également été rejoint par des troupes venues Perse et de Mésopotamie.

Baudoin de Boulogne s’empare de la ville d’Edesse en marge de la première croisade

Les jours des croisés semblent donc comptés et ils n’ont pas d’autre choix que de prendre la ville rapidement s’ils veulent survivre. L’armée turque perd un temps précieux en essayant de récupérer Edesse occupée par Baudoin de Boulogne (qui créera par la suite le comté d’Edesse) mais ce dernier résiste et conserve la ville.

Profitant de ce répit inespéré, les Francs bénéficient de la trahison d’un garde responsable d’une tour de protection de la ville pour escalader les remparts et ouvrir les portes de la ville.

Bohémond de Tarente et ses hommes escaladant les murailles d’Antioche

C’est le Normand, Bohémond de Tarente, qui organise et mène l’assaut à condition qu’une fois la ville prise elle lui soit remise à lui et non à l’empereur de Byzance. Les autres chefs croisés protestèrent violemment mais l’armée musulmane de secours étant sur le point d’arriver ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter.

Le combat s’engage donc dans la ville et les chrétiens syriens se joignent aux croisés pour combattre la garnison turque. Le 3 juin 1098 au soir, les croisés ont pris le contrôle de toute la ville à l’exception de la citadelle toujours aux mains des turcs.

Prise d’Antioche par les croisés lors de la première croisade. Peinture de Louis Gallait

Deux jours plus tard, l’armée de Kerbogha arrive au pied des murailles, il tentera de prendre la ville d’assaut le 7 juin, mais bien protégés par les murailles, les croisés le repousse. C’est un nouveau siège qui s’organise avec des rôles qui sont cette fois ci inversés.

Les croisés pris au piège dans Antioche

Le manque de nourriture se fait rapidement sentir auquel s’ajoute la perte de moral des troupes qui ont subies des pertes énormes pendant les six derniers mois.

De plus, l’empereur byzantin, qui se dirigeait avec son armée vers Antioche pour porter secours aux croisés assiégés, rencontre des centaines de déserteurs (dont Etienne de Blois et Hugues de Vermandois qui reviennent en France sans avoir accompli son vœu et couvert de honte. Les deux repartiront vers la Terre sainte pour se racheter et mourront face aux Turcs) qui lui font état de la situation désespérée dans laquelle les Francs se trouvent. Alexis Ier décide finalement de faire demi-tour plutôt que de livrer une bataille qu’il pense inutile et perdue d’avance.

C’est dans ces conditions dramatiques que le moine Pierre Barthélémy prétend avoir eu des visions de saint André lui indiquant où se trouvait la Sainte Lance (l’arme ayant percé le flanc du Christ sur la croix). Le moine organise des fouilles et trouve une pointe de Lance.

Découverte de la Sainte Lance à Antioche. Enluminure tirée des Passages d’outremer

Adhémar de Monteil, le légat du pape, est plus que sceptique sur l’authenticité de la relique (il avait vu une relique de la Sainte Lance originaire de Jérusalem exposée à Constantinople lors de leur voyage) mais cette découverte remonte le moral des croisés qui croient désormais à la victoire.

Robert de Normandie enfonce les lignes turques lors du siège d’Antioche. Peinture de Jean-Joseph Dassy.

Fin juin, des pourparlers de façade s’engagent entre les deux camps mais chacun sait que la bataille est inévitable.

Le 28 juin 1098, les croisés organisés en six divisions (chacune commandée par un (ou deux) des barons encore présents : Bohémond de Tarente, Hughes de Vermandois et Robert de Flandre, Godefroy de Bouillon, Robert de Normandie, Adhémar de Monteil, Gaston de Béarn) sortent d’Antioche et lancent une attaque frontale et foudroyante. La surprise totale pour l’armée turque qui s’attendait à affronter des adversaires largement moins nombreux et diminués par la faim.

Bataille livrée sous les murs d’Antioche lors de la première croisade. Peinture de Frédéric Schopin exposée dans la galerie des croisades du château de Versailles.

Malgré les pertes importantes, les croisés ne se découragèrent pas, et quand la garde de Kerbogha commença à reculer, la plupart des Turcs paniquèrent et bientôt toute l’armée musulmane s’enfuit. Observant la débâcle, la citadelle toujours occupée par les Turcs, se rendit rapidement.

Le reste de l’année fut consacré à la prise de contrôle et à la pacification du territoire autour d’Antioche. Pendant ce temps, arguant que les Byzantins avaient déserté la croisade, Bohémond de Tarente affirma que les serments qu’ils avaient prêtés à Constantinople n’étaient plus valable et il prit le contrôle de la ville.

Prise de la ville d’Al-Bara dans la province d’Antioche par l’armée croisée, 25 septembre 1098. Peinture d’edouard Pingret exposée dans la galerie des croisades du château de Versailles

Le légat du pape et le compte de Toulouse s’y opposent fermement mais la mort du premier suite à une épidémie de typhus en août conduit le second à céder et Bohémond de Tarente devient le seul maitre de la principauté d’Antioche quand les autres chefs croisés décident de poursuivre leur chemin vers Jérusalem le 13 janvier 1099.

Direction Jérusalem

En ce début d’année 1099, les croisés reprennent leur route vers Jérusalem, ils rencontrent peu de résistance sur leur chemin, les musulmans sunnites de la région préférant en effet la domination des chrétiens à celle des fatimides chiites qui contrôlaient jusqu’alors ces territoires.

Sur la route de Jérusalem, les Francs s’emparent de Tortose puis de Maraclée (sur la cote de la Syrie actuelle).

Raymond de Toulouse jalousant Bohémond de Tarente (néo-propriétaire du comté d’Antioche), il entreprit la conquête d’un domaine autour de Tripoli. Pour se faire, il mit d’abord le siège à la ville voisine d’Arqa dès le 14 février.

Les autres croisés mécontents des velléités du toulousain contraires au plan initial poursuivirent leur route vers le sud avec leurs hommes. Le siège d’Arqa fut un fiasco complet et les croisés furent incapable de faire tomber la ville, et après des négociations infructueuses (Les fatimides tentèrent de nouveau de faire la paix avec les Francs à conditions qu’ils ne poursuivent pas leur expédition jusqu’à Jérusalem, offre qui fut une nouvelle fois rejetée) ils levèrent le siège le 13 mai.

Tancrède de Hauteville, prince d’Antioche, prend possession de Bethléem, le 6 juin 1099
Peinture de Pierre-Henri Révoil

Les croisés passèrent dans les environs de Beyrouth et de Tyr (dans le Liban actuel) avant de prendre la direction de Jaffa (Tel-Aviv en Israël aujourd’hui) puis de Bethléem pour finalement atteindre, avec grande émotion, Jérusalem le 7 juin 1099.

À l’approche des Francs, le gouverneur fatimide expulse tous les chrétiens de Jérusalem et se prépare au siège derrière les larges murailles de la ville. Quand les croisés arrivent, les murailles de la ville sainte sont légèrement endommagées suite à la de la prise de Jérusalem par les Fatimides un an plus tôt. Avant la prise de la ville, c’étaient les turcs qui l’occupaient depuis bientôt trois décennies.

Prise de Jérusalem

Cette fois encore, comme ce fut le cas lors du siège d’Antioche, les assiégés sont bien mieux équipés et préparés que les assiégeants qui manquent de vivres, d’eau et d’engins de siège. Le manque de matériel et de nourriture est en partie comblé par les navires chrétiens qui accostent à Jaffa ce qui permet aux croisés d’avoir quelques provisions.

Peinture médiévale du siège de Jérusalem par les Croisés en 1099

Leur stock n’est cependant pas suffisant pour tenir bien longtemps, d’autant qu’une armée fatimide venant d’Égypte marche sur Jérusalem. Des machines de siège (tours de siège et des catapultes principalement) sont construites à la hâte puis sont amenées près des murs d’enceinte dans la nuit du 14 juillet.

Le lendemain au petit matin, l’assaut est lancé et c’est Godefroy de Bouillon qui est l’un des premiers à mettre le pied sur les remparts. Les combats s’engagent et les portes de la ville sont ouvertes à coup de hache pour laisser le reste des troupes entrer.

Prise de Jérusalem
Prise de Jérusalem par les croisés lors de la première croisade, 15 juillet 1099. Peinture d’Émile Signol

À bout, après des années de voyage, de privation et de combat, la rancœur vis-à-vis des infidèles s’est accumulée et les croisés laissent alors libre cours à leur colère. C’est un bain de sang. Malgré les consignes données par les chefs croisés de ne pas s’attaquer aux civils, il s’en suit un pillage méthodique de la ville accompagné d’un massacre rapporté par diverses sources aussi bien chrétiennes que musulmanes et des milliers de personnes périrent dans l’enceinte de Jérusalem (soldats comme civils, juifs comme musulmans).

Il y eu bien évidemment des survivants, aussi bien juifs que musulmans, qui se mirent sous la protection directe des chefs croisés et obtinrent un sauf conduit pour quitter la ville.

Le nombre de mort fut à l’époque largement exagéré tant du côté chrétien que du côté musulman (il y eu en réalité entre 5000 et 10 000 morts). Pour les premiers il s’agissait de mettre en avant la guerre sainte et par la même occasion d’instiguer la terreur dans le cœur des infidèles tandis que pour les seconds il s’agissait de faire passer les Francs pour des barbares sans cœur et donc inciter la population à lutter par tous les moyens contre ces chevaliers venus d’occident.

Les croisés en position précaire

Après cette page sanglante, mais au combien courante à l’époque, les croisés se sont installés dans la ville et ses alentours. Godefroy de Bouillon à qui les autres barons offraient le titre de Roi de Jérusalem refuse la couronne. Il déclare ne pas vouloir ceindre une couronne d’or là où le Christ avait porté une couronne d’épine. C’est finalement avec le titre d’avoué (gardien) du Saint Sépulcre qu’il prend la direction de la Ville Sainte.

Les croisés retrouvent miraculeusement un morceau de la Sainte Croix, (morceau qui avait été caché près de cent ans auparavant lors des persécutions du calife fatimide Al-Hakim contre les chrétiens), qui est réinstallé dans la basilique du Saint-Sépulcre.

Les croisés l’emmèneront dorénavant au-devant de l’ennemi à chaque bataille pour galvaniser les troupes. Malgré la capture de la Ville Sainte, les croisés sont toujours en danger car l’armée de secours fatimide, menée par le vizir Al-Afdhal et forte de 50 000 hommes, est en route. Elle pénètre en Palestine 20 jours après la conquête de Jérusalem.

C’est avec un peu plus de 10 000 hommes (dont 1200 cavaliers) que l’armée croisée menée par Godefroy va à leur rencontre à Ascalon. En dépit de son très large avantage numérique, l’armée du vizir se disloque totalement sous l’effet de la charge conjuguée de la cavalerie et de l’infanterie Franque. Cette victoire éclatante permet de sécuriser la conquête de Jérusalem et de ses environs.

Bataille d'Ascalon
Bataille d’Ascalon lors de la première croisade le 12 août 1099. Peinture de Jean-Victor Schnetz

La prise de Jérusalem assurée, la plupart des croisés survivants (on estime que seulement 30% des effectifs de départ sont arrivés au bout du voyage) considèrent leur devoir accompli et reprennent le chemin de l’Europe qu’ils ont quitté des années auparavant.

En septembre 1099, Godefroy n’a plus que 300 chevaliers et 2000 soldats d’infanterie pour défendre les conquêtes chrétiennes. À peine un an après l’arrivée des croisés à Jérusalem, Godefroy meurt subitement le 18 juillet 1100 et son frère Baudoin prendra le titre de Roi de Jérusalem sous le nom de Baudoin Ier et étendra le royaume par les conquêtes d’Arsouf, de Césarée, et Tibériade. Plusieurs histoires ont circulé quant à la cause de la mort de Godefroy, l’une veut qu’il soit mort à cause d’une pomme empoisonnée offerte par un émir au cours d’un repas, une autre raconte qu’il aurait été touché par une flèche empoisonnée tirée par un musulman.

Funérailles de Godefroy de Bouillon
Funérailles de Godefroy de Bouillon sur le mont du Calvaire à Jérusalem le 23 juillet 1100. Peinture d’Édouard Cibot

Le compte de Toulouse n’a quant à lui pas abandonné l’idée de se tailler un fief en orient et fait la conquête du comté de Tripoli (la ville tombera après plusieurs années de siège en 1109 bien après la mort de Raymond de Toulouse).

En occident, la prise de Jérusalem soulève les foules et des milliers de nouveaux pèlerins prennent le chemin des nouveaux États latins d’Orient mais toutes les entreprises terrestres échouent dramatiquement. Tous sont massacrés par les Turcs qui ont repris pieds en Anatolie et les seuls renforts qui parviendront en orient le feront par voie maritime.

Les États Francs se consolidèrent au fur et à mesure pour devenir de véritables puissances régionales. Le problème principal de ces nouveaux États latins restera, tout au long de leur existence, le manque d’effectif (la supériorité numérique musulmane est écrasante) pour conserver les conquêtes faites. Par ailleurs les divisions existantes entre les Francs qui se font parfois même la guerre (ils forment parfois des alliances avec les musulmans pour lutter contre d’autres états chrétiens) ne favorisent pas l’extension des territoires qui sont pour la plupart limités à une bande côtière de 50 à 100 km de large.

États latins d'Orient
Carte des États latins d’Orient après la première croisade

Plusieurs autres croisades seront lancées pour essayer de préserver ces ilots chrétiens en Terre sainte. Si certaines expéditions (sept croisades succèderont à la première) se termineront par des succès éphémères ce ne sera pas le cas de toutes et les États latins d’Orient finiront par disparaitre près de 200 ans après leur création.

Cette première équipée en Orient donne pour la première fois aux Européens la curiosité et la force de s’aventurer au-delà de leurs frontières. Les récits qui furent faits de ces expéditions firent le tour de toute la chrétienté occidentale et furent à l’origine de fantasmes, d’ambition et d’espérance qui lancèrent les Européens sur les chemins des voyages aux longs cours et des grandes découvertes qui façonnèrent le monde pour le millénaire à venir.


Pour en savoir plus sur la première croisade :

La geste des Francs : Chronique anonyme de la première croisade (textes d’origines) Aude Matignon (1992). C’est une des seules sources d’époque, à lire sans hésiter si vous arrivez à le trouver.

Histoire des Croisades Tome 1 1095-1130, l’anarchie musulmane, Réné Grousset (2006). Les deux tomes suivants traitent des États latin d’Orients pendant toute la durée de la présence Franque.

Histoire des croisades, Jacques Heers, (2014)

Bonus : discours d’appel à la croisade d’Urbain II

Le texte est à prendre avec un peu de recul car il a été retranscrit quatre ans plus tard après avoir été prononcé.

Ô fils de Dieu ! Après avoir promis à Dieu de maintenir la paix dans votre pays et d’aider fidèlement l’Église à conserver ses droits, et en tenant cette promesse plus vigoureusement que d’ordinaire, vous qui venez de profiter de la correction que Dieu vous envoie, vous allez pouvoir recevoir votre récompense en appliquant votre vaillance à une autre tâche.

C’est une affaire qui concerne Dieu et qui vous regarde vous-mêmes, et qui s’est révélée tout récemment. Il importe que, sans tarder, vous vous portiez au secours de vos frères qui habitent les pays d’Orient et qui déjà bien souvent ont réclamé votre aide. En effet, comme la plupart d’entre vous le savent déjà, un peuple venu de Perse, les Turcs, a envahi leur pays. Ils se sont avancés jusqu’à la mer Méditerranée et plus précisément jusqu’à ce qu’on appelle le Bras Saint-Georges (détroit du Bosphore N.D.L.R).

Dans le pays de Romanie (Empire byzantin, héritier de l’empire Romain N.D.L.R), ils s’étendent continuellement au détriment des terres des chrétiens, après avoir vaincu ceux-ci à sept reprises en leur faisant la guerre. Beaucoup sont tombés sous leurs coups ; beaucoup ont été réduits en esclavage. Ces Turcs détruisent les églises ; ils saccagent le royaume de Dieu.

Si vous demeuriez encore quelque temps sans rien faire, les fidèles de Dieu seraient encore plus largement victimes de cette invasion. Aussi je vous exhorte et je vous supplie – et ce n’est pas moi qui vous y exhorte, c’est le Seigneur lui-même – vous, les hérauts du Christ, à persuader à tous, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent, chevaliers ou piétons, riches ou pauvres, par vos fréquentes prédications, de se rendre à temps au secours des chrétiens et de repousser ce peuple néfaste loin de nos territoires.

Je le dis à ceux qui sont ici, je le mande à ceux qui sont absents : le Christ l’ordonne. À tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés sera accordée. Et je l’accorde à ceux qui participeront à ce voyage, en vertu de l’autorité que je tiens de Dieu.

Quelle honte, si un peuple aussi méprisé, aussi dégradé, esclave des démons, l’emportait sur la nation qui s’adonne au culte de Dieu et qui s’honore du nom de chrétienne ! Quels reproches le Seigneur Lui-même vous adresserait si vous ne trouviez pas d’hommes qui soient dignes, comme vous, du nom de chrétiens ! Qu’ils aillent donc au combat contre les Infidèles – un combat qui vaut d’être engagé et qui mérite de s’achever en victoire –, ceux-là qui jusqu’ici s’adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles ! Qu’ils soient désormais des chevaliers du Christ, ceux-là qui n’étaient que des brigands ! Qu’ils luttent maintenant, à bon droit, contre les barbares, ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs parents !

Ce sont les récompenses éternelles qu’ils vont gagner, ceux qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous. Ils travailleront pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps et de leur âme. Ils étaient ici tristes et pauvres ; ils seront là-bas joyeux et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur ; là-bas, ils seront ses amis !

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