Le premier juin 1879, mourrait le prince impérial. Mais quelle fut donc la vie du fils de Napoléon III ? Un Bonaparte né pour régner mais qui mourut à l’autre bout du monde sous les coups de sagaie des zoulous.

Jeunesse et éducation du prince impérial

Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte (appelé Louis-Napoléon), fils de Napoléon III et d’Eugénie de Montijo nait le 16 mars 1856 à Paris. Après un accouchement difficile (il doit être extrait avec des forceps et gardera la marque des fers sur le front) il est baptisé le 14 juin 1856 à Notre-Dame de Paris avec comme parrain le pape Pie IX et comme marraine la reine d’Angleterre Victoria.

Le prince impérial avec sa mère l’impératrice Eugénie

Pour s’occuper du prince, l’Empereur fait venir une gouvernante d’Angleterre nommée Miss Shaw qui lui apprendra l’anglais. Dès son plus jeune âge, il est associé aux manifestations de l’Empire comme les cérémonies officielles ou la réception des ambassadeurs étrangers.

Pour qu’il soit connu des soldats, Napoléon III emmène souvent le prince impérial au camp de Châlons dans la Marne où il suit les manœuvres militaires. Son éducation est tout d’abord assurée par le précepteur Francis Monnier puis par la suite par un jeune universitaire nommé Augustin Filon qui sera assisté d’Ernest Lavisse (qui deviendra par la suite « l’instituteur national » de la troisième république).

Le prince impérial en juin 1870, vêtu de son uniforme de sous-lieutenant d’infanterie

Il se rend en Corse en 1869 en compagnie de sa mère pour fêter le centenaire de la naissance de Napoléon Ier et est accueilli par des dizaines de milliers de personnes qui l’acclament et entonnent l’Ajaccienne (chanson crée par Jean François Costa pour fêter la fin de la loi d’exil frappant les Bonaparte jusqu’en 1848).

Désastre de la guerre franco-prussienne et exil

L’année suivante, la guerre entre la France et la Prusse éclate et Napoléon III décide d’emmener son fils avec lui et l’annonce aux français par la déclaration suivante : « J’emmène mon fils avec moi malgré son jeune âge. Il sait quels sont les devoirs que son nom lui impose, il est fier de prendre sa part dans les dangers de ceux qui combattent pour la patrie ».

Le prince reçoit son baptême du feu le 2 août 1870 lors de la bataille de Sarrebruck. Selon une lettre envoyée par l’empereur à sa femme, le prince Louis a été « admirable de sang froid ».

Comme nous le savons, cette guerre fut malheureusement un fiasco complet pour une armée française totalement impréparée et dirigée par des généraux médiocres. Elle fut écrasée à Sedan le 1er septembre 1870 et l’empereur capturé.

Le combat de Chenebier. Peinture d’Alphonse Deneuville exposée à Belfort. Ce tableau décrit l’effort désespéré des soldats français lors de la bataille de la Lizaine de janvier 1871, qui aurait pu, peut-être, changer le cours de l’histoire en débloquant Belfort

À la suite de l’invasion du palais Bourbon par des émeutiers, la république est proclamée le 4 septembre. Le prince Louis se réfugie en Belgique puis passe la manche et gagne Hastings où sa mère le rejoindra le 8 septembre. Ils emménagent ensuite dans une petite propriété proche de Londres où ils recevront la visite de la reine Victoria.

Une fois l’armistice signé entre la France et les prussiens, l’empereur est libéré et débarque à Douvres le 20 mars 1871. Au même moment, les évènements de la Commune de Paris ensanglantent la capitale et marquent profondément le jeune prince. En effet, il apprend la mort de l’abbé Deguerry, qui fut responsable de son éducation religieuse, fusillé par les communards.

Napoléon III et son fils en exil en Angleterre

L’année suivante, le prince Louis intègre l’Académie militaire royale de Woolwich où il se dirige vers l’artillerie comme son illustre grand-oncle. La mort de son père, Napoléon III, en 1873 fait de lui l’héritier de la famille Bonaparte. Malgré l’insistance de certaines personnes de son entourage pour qu’il abandonne ses études et se consacre pleinement à son rôle de prétendant, le prince poursuit ses études militaires et les termines brillamment (à la 7e place) en février 1875 avec le grade d’officier artilleur.

Le Prince impérial prétendant au trône et chef du parti bonapartiste

Prenant son rôle de prétendant avec sérieux, il fait part très tôt de ses idées politiques et comme son père dont il reprend beaucoup des idées sociales. Il met en avant sa volonté d’améliorer les conditions de vie des ouvriers et juge nécessaire de voir disparaître « l’ouvrier esclave pour qui le travail est odieux, sans intérêt, sans espoir, dont l’âme est écrasée ». Tout comme Napoléon III, il souhaite intégrer les ouvriers aux profits de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. À la fin du second empire, l’empereur travaillait d’ailleurs sur un projet de participation aux bénéfices, projet qui ne verra jamais le jour avec l’abolition de l’Empire et la mise en place de la IIIe république.

Le Prince Impérial en juin 1878

Le prince souhaite par ailleurs que de nouvelles lois soient mises en place :

– il milite pour l’égalité des citoyen face au service militaire et souhaite la fin du remplacement (les plus riches avaient la possibilité de payer pour éviter de faire leur devoir sous les drapeaux)

– il souhaite créer une aristocratie du mérite- il veut que le pouvoir soit réellement décentralisé, et que les régions de France votent leur propre budget

– il met sur pied un projet de constitution pour le Troisième Empire. Toujours exilé, le prince est malgré tout devenu le chef d’un parti politique qui est puissant dans cette république naissante : l’Appel au peuple.

En 1877, plus de cent députés bonapartistes siègent à la Chambre des députés. Il y a malgré tout des dissensions parmi eux. En effet, différents courants existent chez ceux qui souhaitent le retour de l’empereur : des conservateurs aux populistes (anciens communards) en passant par les libéraux et la gauche anti-cléricale. Beaucoup de ces députés, tout comme le prince, pensent que cette république bancale s’effondrera d’elle même et que l’empire, seule solution viable, sera rétabli.

Malheureusement pour lui elle survivra bon an mal an pendant soixante-dix ans…

Un Bonaparte sous l’uniforme britannique

Âgé de 23 ans en 1879, il demande à être incorporé aux troupes britanniques qui combattent les zoulous en Afrique australe. En tant que Bonaparte, il « appartient à une race de soldat » et estime que « ce n’est que par le fer que l’on se fait connaître ».

À l’image de son grand-oncle, il veut prouver sa valeur au combat pour prouver aux français qu’il mérite d’être leur empereur et écrit : « Quand j’aurai fait voir que je sais exposer ma vie pour un pays qui n’est pas le mien, on ne doutera plus que je sache la risquer mieux encore pour ma patrie ».

Le Prince Impérial en 1878

Finalement autorisé par la reine Victoria à intégrer l’armée britannique, il embarque en février 1879 et une fois arrivé en Afrique, il est affecté à une unité d’éclaireur au Natal.

Les britanniques qui ont été battus par les zoulous en janvier veulent repasser à l’offensive. Avec d’autres éclaireurs, le prince participe à une mission de reconnaissance et de relevés topographiques le 1er juin 1879 quand son groupe est surpris par des guerriers zoulous lors d’une halte en bord de rivière.

Une fusillade éclate, deux anglais sont tués et la troupe britanniques s’enfuit. Le prince tente de rejoindre son cheval, mais au moment de monter, la sangle de sa selle cède (c’était la selle que son père avait utilisé lors de la bataille de Sedan). Il chute et se brise le poignet droit.

Lâchement abandonné par ses compagnons d’armes, et armé d’un seul pistolet il se bat comme un lion et fini par tomber, transpercé de dix-sept coups d’iklwa (sagaie utilisée par les zoulous).

Mort du Prince Impérial

Les corps des soldats britanniques tombés au début de l’embuscade sont mutilés et éviscérés mais le corps du prince, le seul à s’être battu dignement, est respecté. Le chef zoulou ordonne qu’on lui laisse sa chaîne en or et les médailles qui lui sont accrochées.

Quand le capitaine Carey qui commandait les éclaireurs reviendra au campement britannique, et apprendra la mort probable du prince au colonel Buller, celui ci déclarera absolument furieux « Vous auriez dû être tué, je souhaiterais que vous l’ayez été ; je devrais vous tuer moi-même ». Le corps sera récupéré le lendemain par les britanniques.

Quand les britanniques battront finalement les zoulous, ces derniers témoigneront de la bravoure du prince et diront qu’il a combattu « comme un lion ». Le chef zoulou restituera l’uniforme et les effets personnels du prince en hommage au défunt.

En France, la nouvelle de la mort stupéfait tout le monde et affecte toutes les classes de la société particulièrement les classes les plus populaires pour qui l’empire avait toujours beaucoup œuvré. Les espoirs du parti bonapartiste qui reposaient sur le fils de Napoléon III s’effondrent.

Rapatrié en Europe, le corps du prince est inhumé dans l’église catholique de Chislehurst au sud-est de Londres où repose son père. En 1881, les deux dépouilles sont transférées dans la crypte impériale de l’abbaye de Saint-Michel de Farnborough (crée par l’impératrice Eugénie pour abriter les dépouilles de son mari et de son fils).

L’impératrice ira se recueillir sur le lieu de la mort de son fils unique en 1880.

Une stèle en mémoire du prince impérial existe aussi dans la chapelle royale de Windsor et une statue de Louis Napoléon est exposée dans l’académie royale militaire de Sandhurst (école des officiers).

Dans son testament, rédigé l’année de sa mort, le prince souhaite que son corps repose au coté de celui de son père en attendant qu’on les transporte tous les deux aux invalides où repose Napoléon Ier. Il affirme également que sa dernière pensée sera pour sa patrie et que c’est pour elle qu’il voudrait mourir. Il enjoint sa mère à défendre la mémoire de son grand-oncle et de son père et affirme que « tant qu’il y aura des Bonaparte, la Cause Impériale aura des représentants ».

Ainsi s’achève la vie de celui qui partait en lui tous les espoirs d’une restauration de l’Empire. Un des seuls Bonaparte nés pour régner (avec son cousin l’Aiglon) et qui mourra finalement à l’autre bout du monde sous un uniforme anglais.En espérant qu’un jour son testament soit respecté et que son corps ainsi que celui de son père soient rapatriés sur leur terre natale.


Pour en savoir plus sur la vie du Prince Impérial :

Le prince impérial : un héritier de Jean Claude Lachnitt (2011)

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