Série galerie des batailles (Château de Versailles) 19/33 : Prise de Valenciennes par Louis XIV (1677)

Prise de Valenciennes en 1677
Prise de Valenciennes en 1677. Peinture de Jean Alaux exposée dans la galerie des batailles du château de Versailles.

Le siège de Valenciennes à lieu pendant la guerre de Hollande qui oppose la France (à laquelle sont alliés l’Angleterre, la principauté de Munster, la principauté de Liège, le duché de Bavière et la Suède) à la Quadruple-Alliance qui est composée du Saint Empire, des Provinces Unies, de l’Espagne et de la marche de Brandebourg.

Lutte d’influence entre la France et l’Espagne

Au début des années 1670, le but de Louis XIV est de briser la triple alliance de La Haye entre la Suède, l’Angleterre et les Provinces-Unies qui s’était formée pour freiner les ambitions d’expansion française dans les Pays-Bas espagnols.

Louis XIV en costume de sacre
Louis XIV en costume de sacre. Peinture de Hyacinthe Rigaud.

Pour ce faire, le roi Soleil envoie sa belle sœur, Henriette d’Angleterre, négocier avec son frère et roi d’Angleterre, Charles II. L’anglais accepte de soutenir la France en échange d’un paiement annuel de trois millions de livres. La suède rejoint par la suite la France et cette dernière obtient du Saint-Empire qu’il reste neutre.

Voyant tout ceci d’un mauvais œil, l’Espagne se rapproche des Provinces-Unies et les deux puissances concluent un traité d’assistance mutuelle. La guerre commence le 28 mars 1672 quand le roi d’Angleterre déclare la guerre aux Provinces-Unies et le 6 avril Louis XIV en fait autant.

Stoppée sur les mers, l’armée de Louis XIV avance facilement sur terre.

La guerre commence mal pour les français, en effet, une flotte franco-anglaise est surprise par les navires néerlandais de l’amiral Ruyter le 7 juin et l’invasion par voie maritime échoue.

Les troupes terrestres de Louis XIV avancent en revanche facilement. Avec le roi Soleil en personne à sa tête, elles évitent les Pays-Bas espagnols en passant par la principauté de Liège et entrent directement dans les Provinces Unies.

Face à la plus grande puissance d’Europe, le prince d’Orange n’a que 20 000 hommes à sa disposition et n’est pas capable de ralentir l’avancée française forte de 40 000 soldats.

Des émissaires sont envoyé et proposent à Louis XIV plusieurs villes des Flandres hollandaises ainsi que Maastricht et le Brabant. Voulant humilier cette république de marchand qu’il méprise, Louis XIV refuse et demande plus de terres ainsi que le rétablissement de la liberté de culte pour les catholiques dans les Provinces-Unies.

Pour ralentir l’avancée française, les hollandais ouvrent les écluse afin d’inonder le plat pays et ainsi protéger Amsterdam qui n’était plus qu’a une journée de marche pour les hommes de Turenne.

Lynchage des frères Witt
Lynchage des frères Witt et retour du régime des stathouder dans les Provinces Unies.

Le pays est livré au pillage des soldats et des mercenaires qui s’en donnent à cœur joie et le peuple hollandais n’a d’autre choix que celui de résister. Jean Witt qui était le grand pensionnaire (chef d’état) des Provinces Unies est renversé et assassiné car jugé trop accommodant avec les français. Il est remplacé par un calviniste fanatique qui est élu stathouder de Hollande et capitaine général des Provinces-Unies : Guillaume III d’Orange. Ce dernier sera l’adversaire le plus farouche du roi Soleil pour les trente ans à venir.

Le Saint-Empire entre en guerre et l’Angleterre abandonne la France

L’empereur du Saint-Empire qui avait pourtant promis de rester neutre entre en guerre au coté des Provinces Unies et la France doit donc diviser son armée pour faire face à ce nouvel ennemi.

Turenne est envoyé en Westphalie et le Grand Condé en Alsace tandis que les troupes présentes en hollande sont dirigées par le maréchal de Luxembourg. Ce dernier met au profit l’hiver pour faire avancer son armée sur les glaces formées sur les étendues inondées par les habitants. Alors qu’ils arrivent en vue de La Haye, un dégèle soudain fait se rompre les glaces et le maréchal doit se retirer.

Initialement mobilisée pour une ce qui devait n’être qu’une expédition éclaire, l’armée s’enlise et la guerre de Hollande, qui mettra de nouveau l’Europe à feu et à sang se révélera longue et coûteuse.

Peu à peu, les états allemands qui étaient favorable à la France changent de camp (sauf la Bavière qui reste fidèle) et l’Angleterre signe une paix séparée avec les Provinces-Unies.

Turenne enchaîne les victoires contre les troupes impériales (bataille de Sinsheim, bataille de Turckheim, combat de Ladenburg) mais la défection de l’Angleterre l’oblige à évacuer les Provinces Unies qui passent alors à l’offensive et sont stoppées par Condé lors de la bataille de Seneffe le 11 août 1674.

Turenne avec ses troupes avant la bataille de Turckheim
Turenne avec ses troupes avant la bataille de Turckheim

Louis XIV qui veut également affaiblir les espagnols se lance à l’assaut de la Franche-Comté alors sous leur contrôle, Besançon et Dole sont occupées. En 1675, le maréchal de Turenne meurt lors de la bataille de Salzbach, frappé de plein fouet par un boulet de canon, il meurt sur le coup.

C’est un énorme coup dur pour l’armée française qui perd là son meilleur général. Profitant de cette perte, les troupes du Saint-Empire passent à l’offensive et pénètrent en Alsace avant d’être repoussé par Condé qui les refoule en Allemagne.

La France prend le contrôle de la méditerranéenne

À partir de l’année suivante, la France prend l’ascendant dans les Flandres où Louis XIV s’empare des villes de Condé et de Bouchain mais il doit faire face à une avancées des troupes impériales dans les Vosges où les français sont battus lors de la bataille de Consarbrück.

Victoire navale de la France lors de la bataille de Palerme.
Victoire navale de la France lors de la bataille de Palerme. Tableau de Pierre Puget.

Sur les mers, en revanche les succès français s’enchaînent face à la flotte hispano-hollandaise. Abraham Duquesne les bat tout d’abord lors de la bataille navale d’Alicudi puis ensuite à Agosta (bataille lors de laquelle Ruyter trouvera la mort) puis c’est le duc de Vivonne qui bat une nouvelle fois les hispano-hollandais lors de la bataille de Palerme. La France contrôle désormais toute la méditerranée occidentale.

Prise de Valenciennes

En cette fin d’année 1676, fort de ses succès dans les Flandres, Louis XIV, qui ne peut désormais plus compter ni sur Turenne ni sur Condé qui à pris sa retraite (affecté par la goutte), pose le siège devant la ville de Valenciennes propriété du Saint-Empire.

La ville est très bien fortifiée, les alentours ont été inondés et les troupes assiégées possèdent suffisamment de vivres pour soutenir un long siège. Les 30 000 assiégés n’ont aucun mal a résister et le temps passe tant et si bien qu’au mois de mars suivant, la forteresse tient toujours.

Le roi est présent sur place tout comme son frère Philippe d’Orléans. Le commandement général des opérations est confié Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban.

Prise de Valenciennes par Louis XIV
Prise de Valenciennes par Louis XIV. Tableau de Adam-François van der Meulen exposé au musée des beaux arts de Valenciennes

Alors qu’il est d’usage d’attaquer de nuit pour pouvoir marcher sans être aperçu et d’épargner le sang de ses hommes, Vauban propose de lancer une attaque en plein jour au grand effroi des maréchaux du roi.

Vauban pour convaincre les maréchaux mais surtout le roi leur tient ce discours : « Vous voulez, ménager le sang du soldat ; vous l’épargnerez bien davantage quand il combattra de jour, sans confusion et sans tumulte, sans craindre qu’une partie de nos gens tire sur l’autre, comme il n’arrive que trop souvent. Il s’agit de surprendre l’ennemi, il s’attend toujours aux attaques de nuit, nous le surprendrons en effet, lorsqu’il faudra, qu’épuisé des fatigues d’une veille, il soutienne les efforts de nos troupes fraîches. Ajoutez à cette raison, que s’il y a dans cette armée des soldats de peu de courage, la nuit favorise leur timidité ; mais que pendant le jour l’œil du général inspire la valeur, et élève les hommes au-dessus d’eux-mêmes. ».

Les maréchaux ne sont pas convaincus, le roi l’est. L’attaque aura bien lieu en plein jour.

Le 17 mars au matin, les 60 000 hommes de l’armée française se prépare à prendre la ville. À 9h du matin, deux compagnies de Mousquetaires, une centaine de grenadiers, un bataillon des gardes du roi et un bataillon du régiment de Picardie passent à l’assaut. Pour les assiégés, la surprise est totale et ils sont impuissant face à cette attaque des français qui avancent dans la forteresse à grand coups de sabre et parviennent à baisser le pont-levis.

Gravure à l'eau-forte décrivant la prise de Valenciennes
Gravure à l’eau-forte décrivant la prise de Valenciennes par Prosper Lafaye

C’est maintenant toute l’armée française qui peut pénétrer dans la ville. Les assiégés sont fait prisonnier et le roi Soleil entre dans la ville en vainqueur !

Suite à cette victoire éclatante, le roi prend Cambrai le mois suivant puis le frère du roi bat Guillaume d’Orange lors de la bataille de Peene.

Louis XIV saisi alors l’opportunité pour faire avancer ses troupes, et l’année suivante, il prend Gand et Ypres et menace de nouveau les Provinces-Unies sur leur territoire.

La paix de Nimègue : triomphe du roi Soleil

Louis XIV est désormais en mesure d’imposer ses conditions et la paix de Nimègue est signée le 10 août 1678. C’est un triomphe absolu pour Louis XIV qui arrache la Franche-Comté à l’Espagne mais récupère aussi cinq places fortes dans les Flandres et huit dans le Hainaut.

Dans les caraïbes, la France prend également le contrôle de Tobago (possession hollandaise), de la Trinité (aux dépens des espagnols) mais également de Saint Vincent, de la Dominique et de Sainte Lucie qui étaient jusqu’alors sous contrôle anglais.

Au nord de l’Europe, Louis XIV oblige le Danemark et le Brandebourg à rendre toutes les conquêtes faites sur la Suède qui était alliée à la France.

Le Saint-Empire, humilié, doit céder Fribourg-en-Brisgau, et le duc de Lorraine qui refuse les conditions du traité voit son duché occupé par Louis XIV qui annexe en plus de ça la place forte de Longwy.

La France qui était déjà l’État le plus puissant du continent est désormais l’arbitre de l’Europe.


Pour en savoir plus sur les guerres menées par Louis XIV :

– Les guerres de Louis XIV de John Lynn (2014)

– Le roi stratège : Louis XIV et la direction de la guerre

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