Après un précédent article sur le véritable dernier samouraï (le Français Jules Brunet au XIXème siècle) je vous parle aujourd’hui de Yasuke, le premier samouraï étranger du Japon.

Capture et vie à Gao

Yasuke (c’est son nom japonisé, son véritable nom est inconnu) est originaire de l’ile Mozambique (ile située dans le canal du Mozambique) où il nait au milieu du XVIème siècle.

Il est capturé par des trafiquants d’esclave africains puis vendu aux Portugais qui l’emmènent à Goa (en Inde).

Goa est un comptoir portugais, où Yasuke sera utilisé comme porteur d’eau (tache qui bien que peu épuisante est répétitive et habituellement réservée aux femmes).

Le 6 septembre 1574, sa vie est de nouveau sur le point d’être bouleversée quand un groupe de jésuite débarque à Goa. L’un d’entre eux, Alessandro Valignano, est un prêtre chargé d’inspecter les missions jésuites de l’Inde et de l’extrême orient. Après plusieurs mois passés en Inde, le prêtre décide de se rendre au Japon et il cherche un garde du corps pour l’accompagner et assurer sa protection.

Portrait d’Alessandro Valignano

C’est Yasuke qui est choisi et les deux hommes quittent Goa le 20 septembre 1577 et entament un voyage de près de deux ans lors duquel ils feront des escales en Malaisie et à Macao avant d’arriver au Japon le 25 juillet 1579.

Arrivée au Japon

Une fois arrivés au Japon il se rendent à Arima sur l’ile de Kyushu où se trouve le siège de la mission jésuite.

À l’époque le Japon n’est pas encore renfermé sur lui-même et les étrangers et les missionnaires sont acceptés sur l’archipel. Ce ne sera plus le cas lors de l’époque Edo (Époque durant laquelle les Shoguns prennent le contrôle total du pays, l’Empereur n’a plus qu’une fonction religieuse et spirituelle) qui commence en 1600, date à partir de laquelle tous les étrangers seront expulsés et tous les contacts avec l’extérieur interdits jusqu’en 1868 ou débute l’ère Meiji.

Serviteur noir au japon (yasuke)
Peinture japonaise représentant l’arrivée d’un groupe de portugais au Japon. Ils sont accompagné d’un serviteur noir.

Si en cette fin de XVIème siècle les japonais ont commencé à s’habituer à voir des commerçants blancs, ils n’ont pour la plupart jamais vu de noirs. Yasuke provoque une hystérie collective sur son passage car tous les habitants veulent voir ce qu’ils considèrent comme une curiosité.

Après presque deux ans sur l’ile de Kyushu, Yasuke et Alessandro Valignano rejoignent Kyoto (ile de Honshu) le 8 mars 1581 où règne Oda Nobunga un puissant seigneur de guerre.

Le dirigent de Kyoto est alors en train d’essayer d’unifier l’archipel japonais. Entendant des rumeurs de la présence d’un noir dans les environs, il demande à le rencontrer. Surpris et suspectant un subterfuge, Oda lui fait prendre un bain pour s’assurer que sa peau est réellement noire et que ce n’était pas de la peinture ou de la suie.

Passage au service d’Oda Nobunaga

Par la suite, apprenant que qu’Alessandro Valignano doit quitter le Japon, Oda Nobunaga lui demande de lui laisser son serviteur, ce qu’accepte le jésuite. Nobudaga est un personnage singulier pour le Japon de l’époque, en effet il ouvre son pays aux chrétiens (bien qu’il ne se convertisse pas lui-même), développe le commerce avec les étrangers, collectionne les objets occidentaux et porte parfois même des tenues venues d’Europe.

Il n’hésite pas à récompenser des hommes issus des classes les plus modestes de la société et c’est surement cette ouverture d’esprit qui rend possible la présence de Yasuke dans le cercle de confiance du seigneur japonais.

L’ancien esclave devient le garde du corps de Nobudaga et est élevé au rang de samouraï ce qui fait de lui le premier étranger à se voir accorder ce privilège. Il est autorisé à porter les deux sabres caractéristiques du rang de samouraï ce qui est un privilège exceptionnel car seuls les guerriers ont le droit de porter ces attributs.

chef de guerre japonais entouré de ses hommes
Gravure représentant un chef de guerre japonais entouré de ses hommes

Yasuke participe aux combats de son seigneur qui rêve toujours d’unifier le japon (il est présent lors de la bataille de Tenmokuzanen 1582 notamment) qu’il contrôle désormais aux deux tiers.

Cependant, un jour de 1582, alors qu’il se trouve à Kyoto entouré de sa garde rapprochée (une dizaine de soldats dont Yasuke), Nobudaga est trahi par un de ses généraux. Le général en question, Akechi Mitsuhide, encercle la place forte où les assiégés se retrouvent vite en infériorité numérique.

Plutôt que de se rendre, Nobudaga pratique le seppuku. Le seppuku se pratique à l’issue d’une défaite au combat, être fait prisonnier ne constituait pas tant un échec qu’un déshonneur, non seulement pour soi mais pour ses compagnons et son maître ; pour éviter de souiller le nom de ce dernier, un samouraï vaincu et sans possibilité d’échapper à l’ennemi, préférait se donner la mort dignement.

le suppuku
Guerrier japonais sur le point de pratiquer le suppuku

Yasuke n’a pas le courage de suivre son seigneur dans la mort, il reprend ses armes et retrouve le fils de ce dernier pour poursuivre le combat mais l’africain fini par être arrêté par les troupes de Mitsuhide.

Considéré comme un animal par le nouvel homme fort du Japon, Yasuke n’est pas digne de mourir comme un homme et il décide de le livrer aux jésuites.

On ne sait pas ce qu’il est advenu de Yasuke, s’il est retourné à Goa, resté au Japon ou encore retourné au Mozambique.

Cette histoire du samouraï noir tient un petit peu de la légende mais si les détails sur sa vie sont peu nombreux voir inexistants, l’existence de Yasuke est attestée par le père François Solier dans son Histoire ecclésiastique des îles et royaumes du Japon.


Pour en savoir plus sur Yasuke :

Yasuke, Serge Bilé (2018). Un des seuls livres en Français sur le sujet, seulement un tiers du récit est consacré à la présence de Yasuke au Japon et il tient souvent plus du roman que du récit historique.

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